The Sunday Times voit dans un projet éolien en Dordogne un symbole du style de gouvernance d’Emmanuel Macron (et en France, c’est campagne électorale)  

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Le président de Asso3D Thierry Bonne témoigne dans The Times, avec le maire de Saint-Aulaye-Puymangou Yannick Lagrenaudie (© illustration sarangib-pixabay / © Territoire Magazines / archives)

À une semaine des scrutins des départementales 2021 et des régionales 2021, The Sunday Times s’est emparé de l’exemple du projet éolien des Grands Clos à Saint-Aulaye-Puymangou, en Dordogne. Hier dimanche 13 juin, le quotidien britannique a fait écho à la consternation des élus et des habitants du territoire concerné, témoignages du président de l’association d’opposants Asso3D présidée par Thierry Bonne et du maire PS de Saint-Aulaye-Puymangou Yannick Lagrenaudie, à l’appui. En effet, malgré un « non » ultra-majoritaire, le préfet de la Dordogne Frédéric Perissat a donné son feu vert à l’implantation de 5 éoliennes de 180 mètres de hauteur en bout de pale, en signant récemment l’autorisation de défrichement en forêt de La Double, ultime sésame dont le porteur de projet lié au développeur Abo Wind avait besoin. The Sunday Times y voit une illustration de la détermination d’Emmanuel Macron à augmenter le nombre de grandes hélices pour que la France respecte ses engagements sur le climat. Une détermination qui prendrait des airs de passage en force.

La protestation contre le projet éolien des Grands Clos en Dordogne, qui prévoit l’implantation de 5 grandes hélices de 180 m de hauteur en bout de pale sur les communes de Saint-Aulaye-Puymangou et de Parcoul-Chenaud en forêt de la Double a traversé la Manche. The Times s’est fait l’écho dimanche 13 juin 2021 de la consternation du président de l’association Asso3D Thierry Bonne et du maire de Saint-Aulaye-Puymangou Yannick Lagrenaudie, également à la tête de la communauté de communes du Pays de Saint-Aulaye. The Sunday Times voit dans le feu vert accordé par le préfet Frédéric Perissat (qui a récemment signé l’autorisation de défrichement de moins de 10 ha dans la forêt de la Double) le symbole du style de gouvernance du président de la république Emmanuel Macron, qui, en « poussant » l’énergie éolienne, donnerait le sentiment qu’il n’entend pas la France des territoires dont la Dordogne semble donc, avec ce projet des Grands Clos, une représentation modèle. L’opposition à ce projet éolien eu beau être massive, sa réalisation est désormais autorisée.

Un projet qui ouvrirait une brèche

The Sunday Times fait successivement valoir les arguments des opposants : vents faibles au point d’être insuffisants sur la zone concernée, « non » massif de la population et de nombreux conseils municipaux en Dordogne, le rappel de 54 maires néo-aquitains dans une tribune parue en ligne dans le Journal du dimanche le week-end des 05 et 06 juin. L’enjeu est capital aux yeux de tous ceux qui s’opposent à ce projet car ce serait le premier en Dordogne, et qu’il ouvrirait de fait le chemin pour d’autres, selon le principe de la brèche.

« L’État est devenu encore plus puissant sous le mandat d’Emmanuel Macron »

Un bref résumé de l’offensive du développeur Abo Wind, démarrée dans les années 2010, est dressé, et il pointe que le maire DVG de Parcoul-Chenaud, autre commune directement impactée, est sous le coup d’une mise en examen actée en 2019 suite à une plainte pour un potentiel conflits d’intérêts -celui-ci est parmi les vendeurs de parcelles à défricher pour la réalisation du projet -accusation que l’ancien élu DVG du Département de la Dordogne nie en bloc. Le feu vert du représentant de l’État serait le signe d’ « un État puissant et centralisateur », devenu « encore plus puissant » depuis que le président de la république s’appelle Emmanuel Macron. Le signe aussi d’ « un mépris » des avis des habitants du territoire, alimentant un mécontentement en mesure de compliquer sa réélection. « C’est un scandale », s’insurge Yannick Lagrenaudie, que le peu de cas fait des élus ulcère. Cette décision en faveur du projet éolien des Grands Clos irait dans le sens de l’impression de « ne pas être écoutés » par le gouvernement que les Français ressentent. Emmanuel Macron serait « déterminé » à respecter les engagements du pays sur le climat, qui prévoient de porter le nombre de grandes hélices en France de 8 000 aujourd’hui à 14 500, d’ici à 2028. Et qu’importe si c’est promettre aux habitants une vie à l’ombre de « monstres d’acier » qui abîment le paysage, génèrent du bruit et gênent la trajectoire des oiseaux migrateurs, ce qui serait au demeurant un mauvais coup porté aux chasseurs en Dordogne.

Référence à la tribune de Stéphane Bern

D’autres associations du type de Asso3D voient le jour en France, rapporte The Sunday Times, et elles commencent à travailler ensemble. Par ailleurs, le quotidien fait état de la tribune de Stéphane Bern publiée dans Le FigaroVox qui exhorte à mener un combat commun contre l’éolien « une négation de l’écologie », mode de production d’énergie en outre déployé de manière anarchique et abusive. Cette tribune lui a valu, rappelle le quotidien britannique, les vives critiques du ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, qui a jugé en substance que les accusations portées par celui qui incarne la lutte pour la préservation du patrimoine en France étaient « infondées ».

« Les Français ont d’autres préoccupations en priorité, mais le sujet éolien pourrait être délicat pour Emmanuel Macron »

Les adversaires politiques sur la droite de Emmanuel Macron se seraient emparés de l’opposition aux éoliennes et y verraient « une preuve supplémentaire » de l’indifférence de celui-ci aux avis contraires à son développement, surtout quand ils émanent de la France des territoires. Le sujet éolien figurerait en bonne place -et pas seulement en Dordogne- dans la liste de ceux qui font débat, en pleine campagne des élections territoriales. Le leader du rassemblement national (RN) Marine Le Pen a d’ailleurs indiqué, rapporte The Sunday Times, qu’en cas de victoire à la présidentielle 2022, elle demanderait un moratoire pour les projets en cours, invoquant « une arnaque industrielle ». Dans les Hauts-de-France, le président sortant ex-LR Xavier Bertrand, qui brigue un 2e mandat et a annoncé ses ambitions présidentielles, a, pour sa part, déclaré à nouveau que « les éoliennes (étaient) un scandale » car elles défiguraient les paysages et entamait la qualité de vie des habitants des territoires concernés. Si l’éolien vient loin derrière les préoccupations liées au Covid et aux questions économiques et sociales chez les Français, il pourrait, écrit encore The Sunday Times, s’avérer « délicat » pour Emmanuel Macron. La contestation des Gilets Jaunes, qui a duré plus d’un an et il y a peu (2018), s’est déclenchée sur le coup d’une augmentation annoncée du tarif des carburants au nom du souci écologique. Or, c’est dans la France des territoires qu’une majorité de la population a de faibles revenus et dépend de sa voiture. Le sujet éolien pourrait ainsi, avance enfin The Sunday Times, durcir l’opposition ruraux-urbains. Pourtant, Yannick Lagrenaudie martèle que sa commune est « pour les énergies renouvelables » et qu’elle « fait ce qu’elle peut à son niveau ». En revanche, ce projet éolien est, à ses yeux « inadapté à la Dordogne ».

Pour rappel, l’article de Peter Conradi est consultable ICI.

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