Gérontopôle de Nouvelle-Aquitaine : Murielle Bouin expose un projet phare autour du vieillissement… certes pressé par le « temps politique »  

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Murielle Bouin dirige Autonom Lab’ et s’est vu confier la préfiguration du gérontopôle de Nouvelle-Aquitaine (DR)

Le gérontopôle est un des piliers de la silver économie que la région Nouvelle-Aquitaine prévoit de déployer dans ses 12 départements, avec l’agence régionale de santé (ARS). La Caisse des dépôts prendra sa part, en intervenant en appui -sonnant et trébuchant- de projets, au coup par coup. L’ancien ministre aux personnes âgées Michèle Delaunay (mai 2012-mars 2014) est pressentie pour présider cette nouvelle structure. Qui, pour l’heure… reste dans sa chrysalide. En effet, ses statuts restent à l’étude, sa gouvernance reste à désigner. Ni la Région, ni l’ARS -les deux membres fondateurs- n’ont encore acheminé les 500 000 € et 400 000 € qu’elles se sont engagées à lui apporter. Pas de quoi empêcher une communication au nom d’un gérontopôle qui n’est pas encore créé. La directrice du cocon Autonom’Lab Murielle Bouin qui, depuis deux ans, travaille à sa préfiguration, justifie que la charrue soit mise avant les bœufs : à un moment, il faut… une annonce politique.

Le gérontopôle est un projet phare de la région Nouvelle-Aquitaine. Une note de synthèse de Murielle Bouin, qui est missionnée pour préfigurer la nouvelle structure, indique en effet que, sur son territoire, « 28% de la population est âgée de 60 ans et plus, et atteindra même 35% en 2040 ». Dès les années 2000, les anciennes petites régions qui ont fusionné pour faire la grande région Nouvelle-Aquitaine en avaient pris conscience. Les trois collectivités Aquitaine,Limousin et Poitou-Charentes avaient ainsi décidé de faire preuve d’ « innovation vis-à-vis des personnes âgées ». Total : la région Nouvelle-Aquitaine a programmé la naissance d’un gérontopôle qui devienne « un centre d’expertise permettant de lutter contre la dépendance et les pathologies liées au vieillissement et de favoriser l’autonomie et le bien-être » des intéressés, « en impulsant des actions concrètes » sur l’ensemble de son immense territoire. Cette entité aura une compétence recherche, mais aussi appui aux politiques publiques et aux territoires, ainsi qu’innovation et services aux entreprises, et enfin formation et valorisation des métiers du soin et de l’accompagnement. Voilà les grands axes de la feuille de route qui a été établie. Murielle Bouin a été missionnée pour préfigurer le gérontopôle. Elle indique que, si la crise sanitaire a été facteur de ralentissement à la différence de retard, le gérontopôle est près d’éclore. Dans le même temps, elle confirme qu’il communique… avant d’exister, ce qui lui semble « naturel ».

La communication n’attend pas

Il revient à la directrice de Autonom’Lab Murielle Bouin de « préfigurer » le gérontopôle de Nouvelle-Aquitaine. À l’automne 2020, la création du gérontopôle est annoncée, et Michèle Delaunay est bombardée présidente : la communication s’emballe. En réalité, si le GIP Autonom’Lab est sur le chemin de sa transformation, il n’est pas encore devenu le gérontopole de la Nouvelle-Aquitaine. C’est dire que personne ne le préside. La confusion continue depuis d’être entretenue, alors que l’accouchement s’avère plus long que prévu : le #gérontopôle circule sur les réseaux sociaux, l’entité gérontopôle organise des webinaires, et recrute. Pendant que, sur son site web, Autonom’Lab continue d’afficher : « En décembre 2020, Autonom’Lab s’est transformé pour devenir le gérontopôle de Nouvelle-Aquitaine ». La dernière étape de l’historique en ligne s’arrête aussi au chapitre Vers un gérontopôle. Murielle Bouin a bien volontiers accepté d’apporter des réponses à ce… temps d’avance.

« C’est exactement ça, le gérontopôle n’est pas créé »

« C’est exactement ça, le gérontopôle n’est pas créé ». Murielle Bouin répond sans hésiter. La directrice du GIP Autonom’Lab convoque l’histoire récente pour faire comprendre la situation. Arrivée à la tête du GIP en septembre 2019, elle doit aussi « préfigurer la structuration d’un gérontopôle Nouvelle-Aquitaine ». Le surgissement de la crise sanitaire a pour conséquence de « chahuter un peu » le travail « pendant environ 18 mois ». Pour rappel, le gouvernement impose notamment un 1er confinement le 17 mars 2020 jusqu’au 11 mai ; puis, un second, du 30 octobre 2020 au 15 décembre 2020. Sachant que le télétravail est vivement encouragé. Reste qu’au regard de la communication faite, la création du gérontopôle semble effective à l’automne 2020.

« Au terme d’une réflexion de 18 mois, il fallait qu’il y ait une annonce politique »

Retour donc sur ces 18 mois de travail. Il s’agit, détaille Murielle Bouin, de dresser un état des lieux des dispositifs existants dans l’ensemble de la région Nouvelle-Aquitaine pour évaluer l’opportunité de leur intégration dans l’écosystème en gestation. Pour distinguer ce qui relèverait de la structure Autonom’Lab et d’un gérontopôle. Or, de son point-de-vue, « il n’y aura probablement pas la place pour deux structures ». Aussi est-elle partisane d’asseoir le gérontopôle sur « le socle de Autonom’Lab ». Aux « briques » innovation et valorisation des métiers qui font le cœur de son activité reconnue, deux autres s’ajouteraient : appui aux territoires et politiques publiques et recherche. Option qui sera choisie. Ce « pari » de « capitaliser sur l’expérience de la structure Autonom’Lab » permet de surmonter l’obstacle « du temps nécessaire pour qu’un gérontopôle hors-sol s’impose » à de multiples « acteurs » déjà présents sur le territoire néo-aquitain. La question se pose par conséquent dans d’autres termes. Il n’y a plus, en quelque sorte, qu’à identifier les points absents et ceux qui pâtissent d’un manque de visibilité. « Une feuille de route consensuelle sur trois ans est alors établie ». C’est que les gérontopôles existants sont « très différents », à l’image de celui de Toulouse « très hospitalo-centré », ou de celui de la région Pays de la Loire, « plus tourné vers la silver économie ». De son côté, la région Nouvelle-Aquitaine entend s’appuyer sur les quatre principes fondateurs cités plus haut (recherche, appui aux politiques publiques et aux territoires, innovation et services aux entreprises, formation et valorisation des métiers du soin et de l’accompagnement). La période de « construction » de 18 mois a ainsi trouvé son terme en décembre 2020. Murielle Bouin indique alors qu’alors, « il fallait qu’une annonce politique soit faite ». Elle consiste à faire savoir que « le gérontopôle arrive avec une feuille de route arrêtée sur trois ans, qu’il est financé par ses deux fondateurs la Région Nouvelle-Aquitaine et l’ARS ».

Le parcours reste à boucler

Ce n’est que cette annonce faite que le processus administratif est enclenché. Il faut modifier les statuts du GIP Autonom’Lab pour qu’il devienne le GIP gérontopôle. Si le choix est déjà opéré, encore faut-il en effet réunir une assemblée générale pour l’approuver. C’est Murielle Bouin qui doit assurer cette « phase statutaire ». Fin janvier 2021, l’AG donne son feu vert pour ce changement. Maintenant, « il faut fournir des documents qui accompagnent celui-ci ». Une période d’environ un mois et demi s’ouvre alors, consacrée à la réunion de ces « pièces justificatives ». En mai 2021, l’ARS approuve ce changement structurel. Toutefois, cette phase administrative reste inachevée. Ce sont des statuts d’un GIP dont il est question. Aussi l’étape de « vérification de standards » par la direction régionale des finances publiques (DRFIP) s’impose-t-elle. Sauf que la DRFIP demande d’autres pièces justificatives. Total : aujourd’hui, une période d’ « allers et retours » succède à la précédente. Murielle Bouin « espère » en voir le bout et compte bien que le temps de la validation des finances publiques intervienne désormais dans quelques jours. Validation qui ne signera pas pour autant l’avènement du gérontopôle… La responsable de Autonom’Lab aura en effet à convoquer une nouvelle AG, « constitutive » pour qu’un nouveau conseil d’administration soit désigné, ainsi qu’un bureau, un président et un directeur.

« Michèle Delaunay veut être présidente du gérontopôle et tout le monde est ravi (…) mais elle devra être élue par le nouveau conseil d’administration »

« Oui, on communique toutefois déjà au nom du gérontopôle Nouvelle-Aquitaine ; oui, on communique au nom d’une structure qui n’existe pas encore ». Ce temps d’avance ne chiffonne pas du tout Murielle Bouin, qui assure d’ailleurs également ce faire-savoir, de manière « assez logique » : le GIP existe, il ne s’agit plus que d’ « une évolution de statuts ». Ce fameux changement qui autorisera d’appeler gérontopôle ce qui demeure Autonom’Lab, et « il suffit qu’on ait un coup de tampon » pour transférer les projets déjà élaborés sous la bannière du premier nom de baptême sous la bannière du nouveau. Murielle Bouin affirme que « ça ne va rien changer significativement ». Avant de se temporiser. « On deviendra cette fois une structure active sur toute la Nouvelle-Aquitaine ». Motif qui oblige à « retrouver des adhérents » qui y sont implantés. Motif qui oblige encore à « acter » l’ajout de deux vocations de la nouvelle structure (recherche et appui aux territoires et aux politiques publiques). Côté gouvernance, si l’élection n’a pas eu lieu, on peut comprendre que son résultat semble pourtant… acquis. « La ministre Michèle Delaunay a manifesté son envie d’être partie prenante dans le gérontopôle Nouvelle-Aquitaine et aujourd’hui, tout le monde en est très content ». Mais, il est conjointement impossible pour la directrice de Autonom’Lab de ne pas convenir que la volontaire doit être… élue par le nouveau conseil d’administration, qui reste donc lui-même à constituer. Par conséquent, de fait, elle ne peut écarter la possibilité que « d’autres candidatures » émergent.

« Les financements de la Région et de l’ARS ne sont pas débloqués, mais c’est logique »

« Globalement, le calendrier arrêté par la région Nouvelle-Aquitaine et l’ARS est respecté ». Certes, la crise sanitaire a rendu des étapes plus complexes que prévu. La concertation en visio, notamment, est malcommode, poursuit Murielle Bouin. En revanche, les participations des membres fondateurs sont évaluées : l’ARS, à hauteur de 400 000 € ; la Région, à hauteur de 500 000 €. En revanche, une fois le gérontopôle créé, la Caisse des dépôts contribuera différemment à son fonctionnement. « Celle-ci souhaite être très active, mais plutôt sur des projets ». Et son action sonnante et trébuchante… a, de plus, commencé. « On mène déjà des projets que la Caisse des dépôts finance, et elle continuera donc, au coup par coup ». Aujourd’hui, ni l’ARS, ni la Région n’ont versé les sommes d’argent annoncées. Mais comment Autonom’Lab peut-il tourner aujourd’hui ? « On a du financement classique ». En tout état de cause, « tous les ans », cette situation se présente. Sans qu’il y ait un seul rapport avec le processus d’évolution des statuts, toujours en cours. La directrice doit détenir les comptes validés de l’année précédente « pour pouvoir déclencher les nouveaux versements ». Autrement dit, aucun des membres fondateurs ne traîne des pieds pour financer le gérontopôle.

« Les Départements, qui seraient des partenaires naturels, sont inapprochables en période électorale »

« L’ARS et la DRFIP feront des déclarations officielles pour la création du gérontopôle ». Pour l’heure, la DRFIP est le maître du calendrier qui mène à l’étape ultime. Or, du fait que son examen porte sur un GIP, les comptes sont aisément lisibles. Alors, sur quoi peut donc porter l’attention des finances publiques ? Eh bien sur… les statuts : la manière dont ils ont été élaborés, le respect de la part dominante d’apporteurs publics comparée à celle d’homologues privés, l’organisation des droits de vote… Une étude « à la loupe », insiste Murielle Bouin. « Le siège social du gérontopôle restera à Limoges ». Pas question d’oublier l’histoire patrimoniale de la structure Autonom’Lab et, à vrai dire, « l’histoire tout court » : c’est bien « la région Limousin qui a été visionnaire en son temps ». Il se trouve que, sur ces solutions d’accompagnement aux personnes âgées, elle a été « la première de France », et saluée à cet effet. Cependant, au regard de l’immensité de la Nouvelle-Aquitaine, une première antenne devrait ouvrir à Bordeaux. Il est ensuite envisagé de « mailler » le territoire. Une toile qui, pour l’heure, se tisserait plutôt avec les Départements, dont les compétences légitiment une implication ; mais d’autres partenaires aussi, du moment qu’ils représentent les 12 territoires de la Région. Si l’approche des collectivités a débuté, aujourd’hui, le temps électoral contraint naturellement à mettre ce travail entre parenthèses.

De la perle inventive du Limousin à l’écosystème XXL de Nouvelle-Aquitaine

C’est l’histoire d’une association loi 1901, qui invente et met en place des solutions en faveur des personnes âgées pour surmonter leur perte d’autonomie. Née sous forme de consortium à Limoges en 2009, l’association Autonom’Lab gagne vite une reconnaissance, et à l’échelle européenne. La région Limousin est consacrée pionnière de la silver économie. Dans son rapport Innovation 2030, Anne Lauvergeon a salué son temps d’avance.
Avec la fusion des régions prescrite par la loi NOTRe, Autonom’Lab peut, à partir de 2015, intervenir sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, qui a absorbé le Limousin, avec deux autres petites régions -Aquitaine et Poitou-Charentes.
Son succès lui vaut l’arrivée de beaucoup de fonds publics et Autonom’Lab adopte le statut de groupement d’intérêt public (GIP), mieux adapté, surtout quand, des queues étant ajoutées aux zéros, le contrôle des comptes est plus rapproché. La région Nouvelle-Aquitaine, l’ARS et la Caisse des dépôts assurent son financement.
En 2019, charge à Autonom’Lab de réfléchir à la création d’un gérontopôle. Cette fois, il s’agit, pour le dire vite, d’imaginer le fonctionnement d’un écosystème XXL autour du vieillissement et de la dépendance associée. Mais aussi d’endosser le costume pour le porter. En clair, structurellement, Autonom’Lab doit, une nouvelle fois, évoluer. Cette mutation passe par la modification de ses statuts et l’installation d’une nouvelle gouvernance.

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