Joëlle Huth écœurée par la politique en Dordogne : « Thierry Boidé nous disait toujours qu’il était trop tôt pour critiquer la politique de Germinal Peiro »

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Joëlle Huth (© Territoire Magazines / archives)

Élue au Département de la Dordogne, Joëlle Huth a renoncé à briguer un nouveau mandat. La politique telle qu’elle va, elle en a assez. La volte-face de dernière minute de Thierry Boidé l’ulcère. Après avoir piloté « d’une main de fer » le groupe Le Rassemblement de la Dordogne à l’assemblée de la collectivité, en empêchant ses troupes de s’opposer à la politique du président du Département Germinal Peiro au prétexte que « c’était toujours trop tôt », en jurant de les mener aux départementales 2021. Joëlle Huth est atterrée que le même ose encore demander qu’on croie à sa soudaine envie de régionales. À ses yeux, faire passer le souci de soi-même avant l’intérêt collectif participe à renforcer le désamour de l’opinion pour la chose publique. Joëlle Huth quitte le Département « écœurée ».

« Thierry Boidé n’aurait pas pensé aux régionales… ». Voilà comment, rapporte Joëlle Huth, le maire de Saint-Géraud-de-Corps a motivé son renoncement aux départementales 2021… et sa soudaine appétence pour les régionales 2021, en remplacement. Lui, le chef du groupe d’opposition à la majorité PS-PCF à l’assemblée du Département de la Dordogne, lui, celui qui visait le fauteuil de Germinal Peiro, lui qui a « participé à évincer Dominique Bousquet (ex patron de LR Dordogne)». Lui, le boss qui pilotait « d’une main de fer » Le Rassemblement de la Dordogne. « Il disait toujours « Tu ne dis rien, c’est trop tôt… » ». L’heure de s’opposer à la politique du président du Département Germinal Peiro n’avait pas encore sonné, c’était soi disant le stratège qui parlait. Et Thierry Boidé a entretenu l’illusion aussi longtemps qu’il a pu. « Je vais vous trouver des binômes ». Joëlle Huth l’entend encore. « Première réunion, deuxième réunion, troisième réunion… et puis rien ». Pas même un égard pour son alter ego féminin de 2015 Christel Defoulny, qui « heureusement, repart avec un très, très bon candidat (Éric Fretillèrecanton Pays de Montaigne et Gurson) ». Qui ne serait pas forcément l’homme auquel Thierry Boidé avait pensé. « Il avait semble-t-il proposé à Christel d’y aller avec… un partisan de Germinal Peiro ». Et comme si le spectacle de son patron à l’assemblée départementale, qui « tourne le dos, plante des coups de couteau dans celui des autres » ne suffisait pas, Joëlle Huth serait « priée de le croire quand il avance qu’il n’avait pas tout simplement pas pensé aux régionales 2021 ». En effet, Thierry Boidé conduit, en Dordogne, la liste du Mouvement de la ruralité, parti qui souligne qu’il a le soutien du député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle. « De mon côté, au lendemain des sénatoriales 2020, en interne, j’avais prévenu que je ne retournais pas aux départementales 2021 ». Déjà, le dos de Joëlle Huth était précisément entaillé de trop de « coups de couteaux » de sa famille politique, bref, des coups « venus d’où on ne l’aurait pas imaginé ».

« Au Département, vous ne pouvez pas affronter le président de la majorité bille en tête quand vous êtes élu par ailleurs (…) C’est qu’il faut obtenir des subventions… »

« Je ne repars pas également parce j’ai programmé ma seconde vie autrement ». La vie d’après la retraite, qui approche. Joëlle Huth tient à le préciser car elle refuse de mentir, en prétendant que les trahisons tiennent à elles seules d’explication à son refus de retourner à la bataille des départementales. « Pourquoi faire des cachotteries ? C’est le pire de la politique ! ». Et il y eu assez de ces six années de mandat à la collectivité pour qu’elle comprenne à quelle « difficulté » l’opposition à la majorité PS-PCF se heurtait. « Vous ne pouvez pas affronter le président de la majorité bille en tête quand vous êtes élu par ailleurs, à une communauté de communes, à une commune… et même dans votre canton tout simplement. C’est qu’il faut obtenir des subventions… ». Autrement dit, poursuit-elle, s’opposer ferait courir le risque de se priver des moyens d’agir en faveur de son territoire. Reste que, même en considérant cette épée de Damoclès, le comportement de Thierry Boidé, « là, c’est trop ». Pas trop lisible au plan personnel, par-dessus le marché. Pour peu que la liste qu’il emmène ne passe pas la barre des 5%… et celui-ci basculerait alors dans les camp des candidats non recyclables sur une autre liste ; et au-delà de 10%, quelle écurie pourrait l’intégrer ? « Il joue gros ».

« Germinal Peiro critique Jérôme Peyrat car il a été condamné… mais il l’a aussi été… et il doit encore être jugé dans deux affaires, sachant qu’il est mis en examen dans une troisième… Ce deux poids-deux mesures est inexplicable »

« Le président du Département critique Jérôme Peyrat (tête de liste pour les régionales en Dordogne sous l’étiquette LREM-MoDem) car il a été condamné… mais le président du Département l’a aussi été… et il n’en a pas fini avec la justice puisqu’il doit encore être jugé dans deux affaires, sachant qu’il est mis en examen dans une troisième… ». Joëlle Huth considère ce « deux poids deux mesures inexplicable et étonnant ». C’est la 3e raison pour laquelle elle ne se représente pas au scrutin départemental. « J’ai de la bienveillance et j’ai une éthique dans mon travail, que je pense devoir aux citoyens en tant qu’élue ». Se faire reprocher son incompétence à déterminer de quelles ressources humaines elle avait besoin dans le dossier de la maison départementale de santé à Excideuil, ça n’a clairement pas de sens pour celle qui est médecin. « Si l’on avait contesté ma compétence de principe au sujet de la déviation de Beynac, passe encore, j’en parle en effet avec mon cœur de citoyen… mais là, les sujets santé, c’est… le cœur de ma vie professionnelle et je suis en activité ». Qu’un clan se prive des contributions d’un autre et tant pis pour l’intérêt collectif, Joëlle Huth est incapable d’en supporter l’idée. Le temps des « lignes pures et dures » dans les partis politiques, chez LR comme au PS, est passé, même si, nuance-t-elle, en Dordogne, « le PS a la particularité d’être toujours fait de ces gens-là ». Bref, quand les représentants politiques se décideront-ils à réaliser que les époques De Gaulle ou Mitterrand sont révolues ? « On n’est plus au temps du minitel ! ». Alors, ici, Joëlle Huth est contente de voir que, parmi ses collègues, la « dureté » s’émousse. « C’est vrai qu’il faut désormais prendre les gens par la main. Mais chacun a une place à tenir dans la société -l’éboueur, l’assistante maternelle, l’avocat, le président du Département…. Sans cela, les rouage se grippent, ça ne marche pas. C’est un discours social, pas un discours socialiste ».

« Nous, citoyens de base comme moi, on ne veut plus d’œillères, sans pour autant se renier. Souvenons-nous que ce qu’on a appris n’est pas parfait, qu’il faut se reposer des questions de temps en temps »

« La majorité PS a un boulevard, c’est tondu ; à côté, il y a des friches ». Pourtant, selon la formule consacrée, « le PS n’a pas le monopole du « social » ». Bien sûr qu’il faut être extrêmement attentif à ce secteur, insiste Joëlle Huth. « Mais si, en donnant de l’argent aux chômeurs, on se donne bonne conscience, je me demande si c’est forcément ce qu’ils attendent. C’est ma différence avec le PS ». Le médecin « a pris des baffes »… mais ça ne lui a pas fait changer d’idées. « Moi, je suis dans la bienveillance, l’honnêteté et l’écoute des autres, et ce sont des points de convergence pour agir ». Même si celle qui a siégé six ans au conseil départemental « n’ira jamais rejoindre les rangs de La France insoumise ». En revanche, qu’on ne lui reproche pas un manque de sensibilité verte. « Aujourd’hui, qui n’a pas la fibre écologique ? ». Qui pourrait ne pas défendre l’évidence environnementale, en résumé. « Nous, citoyens de base comme moi, on ne veut plus d’œillères, sans pour autant se renier. Il faut se souvenir que ce qu’on a appris n’est pas parfait, il faut se reposer des questions de temps en temps ». Et non, Joëlle Huth « n’est pas macroniste ». Simplement, elle a en tête que le président de la République essaie de desserrer les couloirs idéologiques. Au demeurant en vain. « Quand on est trop en avance dans les idées, on n’est pas compris… mais dans 8 ou 10 ans… ». La pandémie qui s’est abattue sur la planète aurait illustré la nécessité d’un changement de paradigme. « Avec le covid, ce que nous, médecins, on a appris à la fac, ça a volé en éclats ». Sauf que, comme l’enjeu des nouvelles considérations est la santé des gens, elles finissent par s’imposer, malgré les résistances. « En politique, on devrait faire pareil : au minimum écouter, et pas davantage l’un que l’autre ». Conférer le cas du Pr Didier Raoult. « Sa voix était claire, certes, mais son institut est financé par des fonds privés et au conseil d’administration, on trouve Renaud Muselier, Philippe Doute-Balzy… Il y avait un intérêt à accueillir davantage de patients ». Or, les faits parlent d’eux -mêmes, tranche le chirurgien ORL. « Il s’est trompé sur tout… C’est quand même un comble ! ». Joëlle Huth a parfaitement en mémoire l’accueil qu’on lui a réservé – y compris des médecins- lorsqu’elle s’est pour sa part prononcée en faveur de la vaccination. « J’ai eu un déferlement d’appels pour me donner des recettes de grand-mère ». Sauf que, les patients auxquels on ne peut pas ôter l’oxygène depuis 3 semaines, ceux qui continuent de souffrir de vertiges… sont hélas bel et bien là. « Et on n’a rien qui marche. Mais qu’un docteur, un professeur dise « Je ne sais pas, et c’est la cata » ».

« Il y a peu de candidats PS qui repiquent. À savoir pourquoi… »

« Il y a peu de candidats PS qui repiquent ». De ce constat à la prévision d’un cataclysme au Département de la Dordogne le soir du 27 juin (date du second tour) prochain, il y a un pas que Joëlle Huth se garde bien de franchir. « Je suis incapable de dire s’il se produira. Cette hémorragie peut avoir plusieurs origines, de la même manière que mon écœurement de la politique, spécialement en Dordogne, n’est pas la seule explication au fait que je ne me représente pas ». En clair, il serait hâtif de penser que ces nombreux départs chez les élus socialistes sont le signe d’une opposition interne à la politique menée par le président du Département de la Dordogne. Même si, dans ses rangs, d’aucuns ont manifesté une saturation de panurgisme.

4 Commentaires

  1. Une femme haut de gamme qui présente une personnalité qui dérange. Conseillere Departementale qui a du courage, de l’audace, de la ténacité. Elle n’hésite pas à dire la vérité crue et sans bavure. Il faut la féliciter. Cette femme exceptionnelle refuse de faire partie du clan des « pieds Nickelés ». Bravo. Si le département avait un peu plus de charisme et d’éthique nous n’en serions pas à de telles agressivités que font place au gaspillage de fond public, d’arrangements qui n’en sont pas, de politique à la petite semaine qui a ruiné le développement du département. Félicitons Madame Huth, elle mérite de se faire dire «  Chapeau bas ». Votre exemple mérite d’être cité.

  2. Bravo Madame Huth,
    Enfin pas de langue de bois. Éclairage avoué enfin, de ce qui est du comportement de nos élus PS-PC en Dordogne. Le clientélisme fait loi, la transparence enfumée, les voix mielleuses.
    Merci, respect pour votre choix, mais nous perdons les meilleurs éléments par le découragement provoqué par cette politique départementale.
    Faisons changer le système électoral qui donne une trop grande participation à celui qui obtient la majorité. Un peu plus de proportionnelle serait plus juste.

  3. Madame Hugh, comment osez vous comparer les rappels à la loi envers Monsieur Peiro et la condamnation pour violences conjugales de Monsieur Peyrat. Je trouve cela déplacé.
    Nous sommes les seuls en France en Dordogne à avoir une tête de liste condamnée pour violences conjugales.
    Le pire est qu’il semblerait que personne ne disent rien.

  4. Je vois le commentaire de Nous 24 et suis assez surpris de ce genre de propos. Il peut y avoir une campagne électorale où les mots se durcissent, mais on ne peut pas laisser croire de la « blancheur » d’un candidat « protégé » en proférant des accusations sur un autre !!!! Le président du département est condamné en diffamation avec une amende de 500€ avec sursis, Il n’a pas fait appel de cette condamnation, puis pour dire la vérité TOTALE, il fut également condamné et a fait appel sur deux autres condamnations : l’une pour port de décoration illégale ( usurpation de la fonction de député) et l’autre pour injures publiques. les deux font l’objet d’un appel de sa part. Puis pour compléter l’affaire du candidat aux élections actuelles, il est mis en examen à la Cour de Bordeaux. Cette dernière affaire est confirmée.
    Il serait bon que l’on cesse de faire croire à la pureté politique …… A cet effet, tous les conseillers départementaux ont été informés !!!!! pas de réponse…. la presse a été informée !!! silence radio …. le PS par son secrétaire Mr. Faure a été informé!!! et là encore on met la tête sous l’oreiller …. tout cela donne l’envie de voter ….
    merci de rectifier et même de vous le faire confirmer directement… c’est public.

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