Charles Combès : la religion du rugby (mais chut…), le culte des cartes postales, la révérence à Sarlat capitale du Périgord Noir

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Charles Combès (© Territoire Magazines)

Charles Combès, c’est Charly. Dans le Sarladais, on rebaptise souvent les gens qui inspirent de l’affection et/ou qui comptent dans le paysage. Avec 22 ans d’affilée à jouer au rugby, plus d’un demi-siècle à collectionner les cartes postales anciennes qui ont saisi des instants de la vie quotidienne du Périgord Noir, Charly a tout bon aux deux exigences qui vous intriquent avec le territoire, qui font de vous une de ses indéboulonnables personnalités. Anar’ et rigoureux, artiste et besogneux, Charly a le talent rare de témoigner de l’intérêt aux gens. Il a récemment accepté d’écrire un livre de « bavardages » autour du rugby, « une religion… à condition de ne pas le dire », et continue d’abonder sa collection de cartes postales anciennes -peut-être la plus belle qui existe sur le sud est de la Dordogne. Il l’a commencée le jour où, perché dans sa chambre de surveillant tout en haut d’un bâtiment du lycée Saint-Joseph, il a posé son regard sur Sarlat. Depuis, il s’applique à faire une fervente révérence à la capitale du Périgord Noir.

« J’ai écrit ce livre toujours debout, éclairé à la lumière du téléviseur dans mon dos… là, sur un meuble… semblable à celui-ci, qui est plein de Alain Carrier… et de Jacques Hurtaud, aussi, mais moins ». Inutile de chercher Le bonheur est sur le pré et peut-être même au comptoir, le livre que Charles Combès -Charly- a écrit, que Laurent Travers a préfacé, que Francis Annet a édité : il est épuisé -vous seriez charitable, si vous remettiez la main sur un exemplaire en réserve… d’avance, merci. « Ce livre, ce n’est pas tout à fait une fantaisie ». En clair, ils sont lestés de vrai, ces « bavardages » entre fondus de rugby, qui peuvent se reconnaître, sans être (presque) jamais cités. Charly a convoqué ces émotions brutes qui couraient dans les vestiaires, sur le terrain, alentour -une équipe a besoin de son public pour exister pour de vrai, sauf à jouer une autre partition, football, patinage artistique, ou marelle, choisissez : « si toi, tu ne pensais pas à ton match, le public, il y pensait toute la semaine ». Quand le rugby se tenait, que surgissaient « des attaques de première main », rien de commun avec le spectacle qu’il offre aujourd’hui, trop prévisible, dénué d’imagination, qui compte sur le recrutement d’un joueur qui sort de l’ordinaire, sans penser que ses jeunes équipiers vont se sentir lâchés. C’est simple, hier, les rugbymen « voulaient gagner le dimanche » et cette perspective suffisait à les galvaniser. « C’était une religion… mais il ne fallait pas le leur dire ». Charly en a la preuve : le bouclier de Brennus, il succède de près au jour de Pâques et allez croire à l’intercession du hasard. « Après Donnez-moi du pain, nous, on prenait des pains… ». Qu’on allait chercher en rigolant et en car, trajet vers le stade interrompu par une pause pour un déjeuner « un peu léger » dont on veillerait à combler les carences plus tard : « le soir, on se rattrapait ». Pas facile d’ailleurs cette opération compensation pour Charly, qui devait trop souvent embaucher en fin de journée, et quitter la famille de « Lapin », « Grand lapin », « Petit lapin » … C’est qu’ « à Sarlat, ça fait des siècles qu’on donne un surnom aux joueurs de rugby, et il se transmet de père en fils. Je n’ai jamais vu ça qu’ici ». Il est arrivé que Charles Combès ignore toujours leurs vrais noms. Sachant qu’on les lui aurait appris… qu’il les aurait oubliés. « Moi, je me faisais un plaisir de les appeler par leurs surnoms… Ah, le rugby… comment dire ? C’est… prenant ».

Charles Combès feuillète son livre de « bavardages » sur le rugby (© Territoire Magazines)

« J’ai passé mon bac en candidat libre… de ne pas y aller »

« J’ai pourtant commencé tard le rugby… Au départ, je faisais du foot ». Charly se convertit en 1971, à Sarlat. Il jouera au rugby 22 années consécutives, et rien que sous les couleurs de Sarlat. Parti du Tarn-et-Garonne, passé par l’Aveyron où il a suivi « la seule scolarité qui lui ait apporté quelque chose », décroché le brevet d’État et le brevet religieux dans un cours complémentaire, c’est avec « un niveau d’études très bien agencé dans la tête » qu’il met le cap sur Villefranche-de-Rouergue. Pourtant, au lycée, il va caler. La vie au pensionnat le vide de son énergie, il perd le goût de l’apprentissage des connaissances. « Ça ne m’intéressait plus ». Un détour par Montluçon, qui lui coûte, depuis Naucelle, « 14 ou 15 h de train, une de ces galères, pas possible… », n’y fera rien. « J’ai passé mon bac en candidat libre… de ne pas y aller ». Avec les études, cette fois, le divorce est consommé. Entre deux postes de surveillant, il opte pour celui qu’on lui propose à Sarlat parce qu’il y est payé 12 mois et demi quand, dans le Gers, on ne lui en réglerait que 10. Il fait la rentrée qui succède aux « évènements » au lycée Saint-Joseph. Une soixantaine de gamins sur lesquels veiller. « Il fallait les aider dans leurs devoirs, leur faire réciter leurs leçons, c’était du suivi, pas du gardiennage ». Avec « les gosses », ça passe. « Aujourd’hui encore, quand je les croise, ils me font la bise ». Échappée d’un an à Campagnac, puis retour à Sarlat, avant une halte à Rochebois, « une DS par rapport à la 2CV de Campagnac », Charly est désormais éducateur. Ici, il s’agit de « redonner un cadre » à des enfants que « leurs familles désorientées ne peuvent plus tenir ». Une mission bien éloignée de celle de Saint-Joseph, « un établissement de riches intellectuels et de fortes têtes ». Mais Charly monte aussi à l’assaut d’autres fronts, qui le ramènent à Sarlat. « J’ai passé des disques pendant une quinzaine d’années au Griot. Pas celui d’aujourd’hui… À l’époque, on embauchait à 9h30, pas à plus de minuit… ». Avant de « finir surveillant de nuit à l’ADAPEI du Périgord Noir ». Né un 18 mars, Charly prend sa retraite… un 18 mars. « À 60 ans pile ». Il va pouvoir se consacrer à sa première passion, la plus ancienne.

LIRE AUSSI : Sarlat : Alain Carrier, le Résistant, l’affichiste, une vie gouvernée par la surprise

« La carte postale, c’est tout le contraire de l’expression « C’est comme une carte postale », qui m’énerve à un point… (…) Si l’on photographie aujourd’hui un café, d’abord, on « se » photographie -en tout cas, tout le monde va faire le con »

« Avant, les cartes postales, c’était le journal télévisé. À l’époque, on ne sortait pas comme maintenant ». Charly loge à Saint-Joseph, « 3e fenêtre à partir de la gauche, au plus haut du bâtiment ». La vue sur Sarlat l’impressionne, il achète une première carte postale ancienne… et, c’est décidé, il va entamer une collection. « La carte postale, c’est tout le contraire de l’expression « C’est comme une carte postale », qui m’énerve à un point… Ce n’est pas ça du tout puisque précisément, c’est la vie. Ça permettait de voir comment on faisait chez les autres, et surtout comment vivaient les gens ». Des gens qui, parfois, se reconnaissent ou retrouvent la maison qu’ils habitaient. En collectionneur patenté, Charly continue de chercher ces traces de vie dans tout le Périgord Noir. En évitant presque la cité de Montignac, « sans savoir pourquoi », il s’y rend en effet rarement, et comme à reculons. « Les cartes postales, c’est le premier patrimoine vivant, après, tu as le film… et il n’y aura pas plus ; mais, dans le film, ce n’est pas un instant ». Un saisissement, qui a surpris sur le vif une scène de la vie quotidienne, une vérité. Inévitablement, Charly a du mal avec les manies actuelles. « Si l’on photographie aujourd’hui un café, d’abord, on « se » photographie bien souvent -en tout cas, tout le monde va faire le con ». Et puis, sur cette armée d’instants aux couleurs pâlissantes, qui ont illustré l’ouvrage de Michel Lasserre Sarlat, impressions du temps passé, avant, dix ans plus tard, deux autres de Jean Bonnefon, Contes sepia et Le diable et le Caïffa*, Charly retrouve justement ces fameuses épiceries où grand-mère, mère, petite-fille, parfois toutes ensemble comme à Beynac, (après l’hôtel Bonnet en direction du cœur de bourg), vous dégottaient, au milieu d’articles de pêche, de mercerie, derrière des cartouches, la paire de pantoufles dont vous aviez besoin. En temps ordinaire, ce trésor mange tout l’espace privé de Charly… non à dire vrai, il en déborde. Seul le cheval de bois que son père lui a offert en cadeau quand il avait 5 ou 6 ans sauvegarde sa place nette sous le toit de l’ancien enfant de chœur, qui a, quoi qu’il en dise, gardé le goût du travail – à condition, certes, qu’il l’ait choisi. Qu’il s’y perde aux heures qui lui vont bien, aussi, et, sans grande surprise, elles sont à l’envers de celles que toute le monde adopte. Le travail échappe ainsi tout à fait à son sempiternel parent, le sacerdoce. Pourtant, ce labeur heureux a été récemment contrarié, et le demeure en partie. « Le confinement, une heure fixée pour rentrer chez soi, ça m’a rappelé la pension. Non pas que, sans ces dispositions, je serais davantage sorti, mais, j’ai senti une pression… à l’intérieur, et je constate qu’on a vécu par défaut ».

(*) « Le Caïffa est le premier épicier à avoir fait un groupement dans la France entière ».

En vous adressant à l’ange qui campe sur votre épaule, demandez-lui de vous dénicher…

Le bonheur est sur le pré et peut-être même au comptoir (2019) Charles Combès / illustrateur Jacques Hurtaud, préface de Laurent Travers ; Contes sepia (2015) de Jean Bonnefon / Charles Combès illustrateur ; Le diable et le Caïffa (2015) de Jean Bonnefon / Charles Combès illustrateur ; Sarlat, impressions du temps passé (2005) de Michel Lasserre / Charles Combès illustrateur.

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