« M. Jean Lassalle, on croirait que vous connaissez mieux mon village de Beynac que moi (…) Et où est l’écologie que vous prétendez défendre ? »

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à la une « M. Jean Lassalle, on croirait que vous connaissez mieux...

Gilles Pelissier a tenté de discuter avec Jean Lassalle… en vain (© Territoire Magazines)

Retour sur le dimanche 13 septembre 2020. Il y a alors presque 3 mois que Conseil d’État a refermé définitivement le dossier de la déviation de Beynac. L’association des partisans du projet J’aime Beynac et sa vallée organise une manifestation pour dire son ulcération. Le président du Département de la Dordogne Germinal Peiro défile en tête de cortège, avec, à ses côtés, le député Jean Lassalle, venu spécialement de la 4circonscription des Pyrénées-Atlantiques pour lui témoigner son soutien. Hissé sur une estrade, l’ancien compagnon de route de François Bayrou va même entonner le Chant des Partisans, en écho à « l’entrée en résistance du Département » annoncée dès juin par la collectivité, en réaction à la décision de la plus haute juridiction de France. Dans le camp des opposants, Gilbert Pélissier -dit Gilou– qui habite Beynac depuis qu’il y est né, est attristé. Il cherche à comprendre le sens de la démarche de Jean Lassalle, qui se fait fort de défendre la ruralité… et qui ignore tout du projet d’infrastructure routière qui était prévu, ici, dans le sud du Périgord. Un échange de SMS s’amorce entre les deux hommes, mais le député pyrénéen y met brusquement fin. Alors Gilou va lui adresser une longue lettre, dans laquelle il va prendre le temps de dire pourquoi il s’est toujours opposé à l’idée de ce contournement, et pourquoi voir le parlementaire se rallier à ses partisans -auxquels la justice a en outre donné tort- le désarçonne. Le 12 octobre, ce dernier en accuse réception, en se montrant soucieux de prévoir une rencontre avec son contradicteur. Et puis… plus rien. Gilou est déçu qu’un élu se contente d’une réponse convenue à son courrier argumenté, déçu qu’un élu évite la confrontation des idées. Et attend toujours de savoir où Jean Lassalle a bien pu mettre l’écologie qui lui tiendrait à cœur. Gilou a donc décidé de révéler le gros des termes en lesquels il a interpellé l’élu pyrénéen, considérant qu’ils peuvent éclairer le débat public.

La présence du député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle à la manifestation en faveur du projet de déviation de Beynac qui n’existait plus a meurtri Gilou Pélissier. Ce Beynacois ne s’était pas imaginé qu’un élu qui s’érige en héraut des territoires ruraux fasse bloc avec les partisans de pareille infrastructure routière dans le Triangle d’or de la Dordogne. Surtout, il n’aurait pas pu penser que Jean Lassalle, qui ignorait tout du projet, s’y déplace pour reprendre à son compte les arguments de ses défenseurs, sans se préoccuper de connaître ceux de ses opposants. Gilou a bien tenté que le député en ait connaissance. Mais, après avoir un temps semblé y être disposé, celui-ci a mis fin à leur échange. Alors, après ce rendez-vous de la mi-septembre 2020, Gilou lui a écrit. Trois semaines plus tard, le parlementaire lui a répondu. Pour prendre acte des éléments exposés par cet habitant de Beynac, pour indiquer qu’il acceptait la rencontre que son correspondant lui avait proposée. En donnant le sentiment d’y tenir autant que lui. Sept mois se sont écoulés, sans que le député lui fasse signe. Au moment où la perspective des départementales 2021 et des régionales 2021 réveille le débat public, Gilou espère l’éclairer, en y versant le gros des termes en lesquels il a interpellé l’élu pyrénéen.

Jean Lassalle a, un temps, doublé le cortège. (DR)

Monsieur le Député, je vous fais une lettre… 

« Monsieur le Député, 

Je tenais à poursuivre par courrier le dialogue commencé par SMS. Je vous disais que je suis un Beynacois de souche qui a toujours vécu dans la ferme où il est né il y a 73 ans, exerçant le dur métier d’agriculteur. Mais quelle chance n’ai-je pas eu de vivre au contact de la nature, dans cette belle vallée et près de ce village splendide !

De plus j’ai participé à la vie de mon village en tant que conseiller municipal et adjoint au service de tous les habitants en sauvegardant le patrimoine dans la convivialité et la sérénité qui me font tant chaud au cœur.

« Je n’ai jamais été bloqué dans Beynac. Si ça ralentit, eh bien on patiente tranquillement. À ce compte, on peut faire des déviations tous les 5 kilomètres pour gérer le pic de trafic de 5 semaines l’an »

Une question pour vous : « C’est quoi le progrès ? ». Je vois tous les jours les gens courir après le temps. Rien ne va assez vite. Ils ne supportent rien. Parlons de la traversée du Bourg que j’ai maintes et maintes fois empruntée avec mon tracteur tirant des remorques de quinze à vingt mètres. Je ne suis jamais resté bloqué. Si ça ralentit, eh bien on patiente tranquillement. A ce compte, on peut faire des déviations tous les cinq kilomètres pour gérer le trafic routier augmenté cinq semaines par an et carrément doubler la route existante tout le long de la vallée !

A quoi bon faire une déviation quand on peut faire autrement ? Pour les poids lourds, il suffisait de très peu d’argent. En effet, pendant les travaux de la traversée de Beynac, soit un an et demi, on n’a pas vu un seul camion, bizarre ? Mais trop simple ! Pourquoi un tel acharnement ? J’ai toujours été opposé à ce projet de cinquante millions d’Euros pour trois mille cinq cents mètres. Tout ça pour gagner quatre minutes, uniquement en haute saison et seulement à certaines heures de la journée.

(…)

Connaissez-vous beaucoup de villages de cinq cents habitants dotés d’une épicerie, d’une boulangerie, d’une boucherie, d’un salon de coiffure, d’une pharmacie, d’un médecin, d’un garagiste, ainsi que de trois restaurants et d’un bar tabac ouverts à l’année ?

Les partisans de la déviation affirment qu’elle n’aurait aucun effet sur notre activité économique locale si fragile. Au contraire, son ouverture signerait son arrêt de mort : aucun automobiliste en provenance ou à destination de Sarlat, ne ferait le détour pour venir acheter quoi que ce soit.

« M. Jean Lassalle, où est l’écologie que vous prétendez défendre ? J’ai du mal à vous suivre »

Pourquoi envisager de détruire dix hectares de terres fertiles, avoir déjà saccagé des arbres centenaires en bord de rivière et dévasté un site gallo-romain splendide et parfaitement conservé ? Où l’être humain en est-il arrivé ?

Et où est l’écologie que vous prétendez défendre ? J’ai du mal à vous suivre. Vous pensez ce que vous voulez, mais je sais de quoi je parle. A vous entendre, on croirait que vous connaissez mieux mon village que moi. C’est quand même un peu fort, M. Lassalle. Je ne comprends pas votre attitude. Elle me surprend beaucoup.

(…)

Je ne comprends pas (la) rancœur et (la) jalousie (de Germinal Peiro) envers les châtelains. Je les côtoie tous les jours avec plaisir. Ce sont bien eux qui maintiennent le patrimoine depuis des dizaines d’années et entraînent l’afflux de touristes. Que serait le Triangle d’or sans ses châteaux ?

(…)

« M. Lassalle, votre présence à la manifestation de Beynac a encouragé la division de notre village et ça me fait très mal »

Je peux vous dire que vous avez également encouragé par votre présence la division de notre village et cela me fait très mal. Les nouveaux élus (…) fréquentent très peu les commerces. (…) C’est le cas en particulier du Bôbar, seul établissement de son genre à dix kilomètres à la ronde, envié par toutes les communes alentour*.

(…)

Ce n’est pas ainsi que l’on va sauver le monde rural et la beauté de nos campagnes. Il faut raison garder, M. Lassalle, il est temps de faire marche arrière.

Je serais content de vous rencontrer. Si vous revenez par ici, je vous invite chez moi pour en discuter. Je suis aussi prêt à me rendre chez vous. Si vous ne me considérez pas comme assez important, continuez votre chemin mais sans votre fourche ni votre bâton de berger.

Gilbert Pélissier dit Gilou »

Jean Lassalle coupe à travers champs

Le député Jean Lassalle prend soin de répondre au Beynacois, et dans un délai plutôt rapide : son courrier est daté du 14 octobre 2020.

À la main, il a notamment ajouté « Cher Gilbert Pélissier » pour l’entamer, annotation chaleureuse.

Toutefois, après avoir indiqué qu’il avait lu sa lettre « avec beaucoup d’attention », le parlementaire résume ce que son correspondant a cherché à lui exposer : « Vous m’indiquez être opposé à ce projet de déviation pour des raisons financières et économiques. En tant qu’ancien conseiller municipal et adjoint, vous regrettez que ce dernier divise les habitants de votre commune ». Avant d’ajouter qu’il a « pris acte de (ses) arguments ».

Cette fois, il apparaît que le député coupe à travers champs.

En effet, la sauvegarde du patrimoine historique et paysager, celle du monde rural, la définition du progrès, la conception de l’écologie sont autant de mentions à avoir disparu, sauf à comprendre qu’elles tiennent dans les chapitres « économiques et financiers ».

En revanche, Jean Lassalle « aimerait », à l’égal de Gilou, qu’une rencontre les yeux dans les yeux soit possible. Au cas où il reviendrait « rapidement » sur place, il préviendrait le Beynacois. « Sinon, j’essayerais de trouver une solution », insiste-t-il.

Sept mois se sont écoulés, sans que Jean Lassalle ait encore pu la trouver.

(*) Le propriétaire du Bôbar, opposant au projet de contournement, organisait notamment une animation musicale hebdomadaire, de juin à septembre. La tenue de de ce rendez-vous semblait devenue moins évidente. La crise sanitaire a, en tout cas, clos provisoirement la question.

2 Commentaires

  1. Manifestation du 13 septembre à Beynac (24)
    Un coup d’épais (péri)gourdin dans l’eau !
    L’image de Jean Lassalle ne sortira pas grandie de sa participation à la manifestation en faveur de ce projet abandonné ! Car le Conseil d’État a statué sans possibilité de recours : la déviation de Beynac ne se fera pas et le Département devra remettre le site en état.
    Le député a quand même marché avec les autres, par une journée anormalement chaude, sans sentir le vent contraire de l’Histoire. Sans réfléchir à l’urgence de décarboner la société, donc à l’anachronisme d’un nouvel axe routier qui aurait fait se ruer les camions dans cette vallée préservée !
    Quelle mouche a donc piqué l’ex-président du parc national des Pyrénées pour venir soutenir un G. Peiro auquel l’écologie n’est qu’un faire-valoir, un habile camouflage pour ses infrastructures inutiles, coûteuses et dommageables à l’environnement. Tel ce projet personnel dont on se demande quel(s) intérêt(s) il sert. Le gourdin porté par J. Lassalle était-il donc si épais pour que l’ancien berger ne puisse voir à ses pieds le site classé, le site Natura 2000 et le cœur d’une réserve de biosphère ? Et, plus loin, les ignominieuses excroissances de béton, plantées dans le lit de la rivière comme des injures à la naturalité du lieu ! L’adepte de l’exploitation maîtrisée et respectueuse des ressources naturelles, de la sauvegarde des territoires d’exception, n’a-t-il pas vu non plus la voie ferrée, sous utilisée même en période estivale, et toutes les potentialités de mobilités douces, bien plus conformes à la transition écologique qu’une voie rapide ? A-t-il pensé à demander à G. Peiro s’il avait étudié ces alternatives ?
    Le promoteur de la Charte des populations des montagnes du monde (source : Wikipédia), a marché le long de la rivière Dordogne, un gourdin à la main, dont il eût mieux valu qu’il se serve pour éloigner les « loups » pro-déviationnistes, les prédateurs de paysages protégés et de biodiversité, qu’il avait autour de lui, le chef de meute à ses côtés, au lieu de le brandir comme symbole de révolte ! Fallait-il que Germinal Peiro l’eût bien embobiné avec son « Non à la pollution, oui à la déviation » pour qu’il se trompât ainsi de combat ! L’hydre de Lerne départementale a su engluer l’Héraclès pyrénéen !
    Quelle mouche a piqué le jusqu’au-boutiste gréviste de la faim, grand marcheur, à l’écoute de toutes les voix citoyennes, pour qu’il soit resté sourd aux 80 % de « non à la déviation » (enquête publique de septembre-octobre 2017) ? Et comment le (toujours ?) président de l’Institut du Haut Béarn, adepte de développement durable, donc en principe féru de concertation entre protection de la nature (ours) et développement socio-économique (vallées montagnardes), n’a-t-il pu écouter ce que les opposants auraient eu à lui dire ? N’entendant que le chant de la sirène Peiro qui, retournant à son avantage ce qui est réellement polluant (la déviation de Beynac aux ponts surdimensionnés), lui a fait croire au faux verdissement de son béton-bitume.
    Une entourloupe bien huilée, mais un massacre de l’intelligence !

    Bernard Bousquet
    Ecologue forestier
    membre des opposants à la déviation

  2. Une fois encore , un représentant du peuple se permet de parler sans connaitre le fond d’une affaire très sensible. En réfléchissant un peu sur ce projet pharaonique pour le plaisir, on peut se rendre compte du désastre évité à terme. En réalité, non seulement Beynac mourait économiquement, mais le village de Castelnaud y aurait succombé également. En regardant bien la situation , on se rend compte que Vezac (récepteur de ce projet) pouvait sans grande contrainte ouvrir un centre commercial, en pleine vallée et aurait drainé le chaland des deux autres villages qui n’auraient eu aucune chance de survie. les promoteurs étaient sur les rangs et commençaient à se faire des idées « économiques » de ce développement – suicidaire pour notre tourisme, notre environnement, notre patrimoine. La protection Natura 2000 et la protection Biosphère UNESCO étaient très loin des soucis de nos inventeurs de déviation inutile. Les opposants peuvent être très fiers d’avoir sauvé une zone aussi convoitée. Le député Lassalle aurait mieux fait de passer son chemin et inviter son « grand »ami dans son fief pyrénéen.

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