Issu d’une famille d’agriculteurs de Dordogne, Timothée Dufour, l’« avocat de la ruralité » qui tient tête aux « personnalités déconnectées »

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Me Thimothée Dufour (© Territoire Magazines)

Issu d’une famille d’agriculteurs, Timothée Dufour a choisi de creuser son sillon ailleurs que dans les terres de Dordogne, et c’est dans les prétoires. Le jeune collaborateur du fameux cabinet Gide a le sentiment de s’inscrire dans les pas des siens, en exerçant une profession essentielle, de sorte qu’entre générations, le fil rouge tient. Ses ancêtres ont nourri les citoyens, le petit dernier de la maison de Daglan, de son côté, les pourvoit de conseils pour tenter qu’ils obtiennent réparation devant la justice. « Il y a toujours un fil rouge entre ce que je vais faire et ce que les miens continuent de faire ». En assurant aujourd’hui la défense d’un agriculteur, dont des néo-ruraux refusent l’installation, le jeune avocat se retrouve sous les feux des projecteurs médiatiques. Au cœur d’une histoire tellement dans l’air du temps que les parlementaires ont souhaité faire évoluer la législation, en votant le texte trivialement dénommé Sons et odeurs des campagnes. Au cœur d’une histoire à l’écho assuré car elle implique, parmi ses protagonistes, Odile Jacob, fondatrice de la célèbre maison d’édition éponyme, elle-même défendue par le ténor du barreau Me Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement par-dessus le marché. Par deux fois, Me Timothée Dufour l’a emporté. Prochain rendez-vous d’ici la fin juin 2021 au tribunal administratif de Versailles, pour un examen du litige, au fond. L’entourage périgourdin du jeune avocat tremble, incapable d’imaginer que leur David puisse encore bousculer Goliath.

« Cette affaire a pris des proportions de dingues ». Les ingrédients qui propulsent une histoire de prétoire sur la scène médiatique paraissent s’être donné rendez-vous dans le conflit qui oppose des riverains à un agriculteur des Yvelines, que son projet d’installation à Adainville hérisse. Au point que le conseil de l’exploitant Me Timothée Dufour évoque un litige « archétypal ». Il y a d’abord la… nature de ce conflit, très mode : des néo-ruraux contestent la vocation agricole des terres qu’ils ont investie pour profiter de la nature à leurs moments perdus parce qu’ils redoutent qu’on les leur gâche. Puis il y a, parmi les protagonistes, des noms qui comptent à Paris, dont notamment celui d’Odile Jacob. Qui s’est adjoint les services d’un poids-lourd du barreau de la capitale : Me Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement (1995-1997) par-dessus le marché. Enfin, le calendrier judiciaire est venu télescoper le calendrier législatif : la loi visant à définir et à protéger le patrimoine sensoriel des campagnes françaises (baptisée couramment loi Sons et odeurs) a été débattue à l’assemblée nationale puis au sénat jusqu’au 21 janvier, avant d’être promulguée le 29 janvier 2021. Le conflit a même interpellé Charles Bremner, qui, le 05 avril 2021, a signé un papier dans The Times. À 30 ans, le Périgourdin Timothée Dufour qui, à ce jour, tient la corde de ce marathon judiciaire, se retrouve à composer avec la pression des regards des médias, de l’opinion et de ses pairs. En tout état de cause, d’ores et déjà, ce spécialiste en droit des affaires est bombardé avocat de la ruralité, et ça lui va bien.

« On tient un modèle de ces personnalités déconnectées. Elles aiment le vent, mais pas les odeurs »

« On tient un modèle de ces personnalités déconnectées. Elles aiment le vent, mais pas les odeurs ». Les 13 vaches bretonnes Pie noire et les 28 chevaux de Fabien Le Coïdic, cinq riverains n’imaginent donc pas qu’ils puissent un jour vivre « à plus de 600 mètres » de leurs habitations. Odile Jacob mène la fronde des plaignants. Elle a notamment évoqué l’arrivée d’ « un champs de courses », quand Me Timothée Dufour défend l’attachement de son client à perpétuer une race de bovins rare, et met en avant son identité bio. En tout cas, ses contempteurs ont bloqué son projet. « Lorsqu’il y a un recours, les banques refusent leurs financements ». Le 11 décembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a statué en référé (c’est-à-dire dans l’urgence) : le permis de construire de Fabien Le Coïdic est bien légal. Pourtant, l’agriculteur apprend vite que les riverains saisissent le Conseil d’État. L’avant-veille du jour de Noël -et un ingrédient de plus pour la story. Le contentieux ne s’éteint donc pas pour l’année nouvelle. Or, il est un projet de loi qui se met à fort occuper les médias : ce débat qui doit précisément déterminer si les bruits et des odeurs relèvent ou non du patrimoine sensoriel des campagnes, et il passionne l’opinion. « L’avocat doit participer aux débats de société. Des combats se mènent en dehors des prétoires. À l’image de François Sureau, en matière de défense des libertés publiques, j’ai décidé de m’exprimer sur la ruralité ». Me Timothée Dufour a une idée plutôt précise du sujet… -il rencontre régulièrement les institutions agricoles- et son attachement à la France des territoires ne faiblit pas -il revient  en Dordogne plus d’une fois par mois. Le 11 janvier 2021, la tribune qu’il a écrite est publiée pour le FigaroVox Le Figaro. Elle lui vaudra d’être contacté par l’initiateur du projet de loi sur le patrimoine sensoriel, le député UDI de la 1èrecirconscription de la Lozère Pierre Morel-À-L’Huissier. Le 19 mars 2021, la plus haute juridiction de France rejette le pourvoi des riverains : « il n’y a pas de doute sérieux sur la vocation agricole du projet ». Reste que ceux-ci sont déterminés à aller jusqu’à « la cour européenne des droits de l’homme » pour empêcher sa concrétisation. Pour l’heure, le tribunal administratif de Versailles va devoir se prononcer sur le fond.

« L’avocat qui veut réussir son exercice est angoissé, il faut l’être un peu… sinon ça ne va pas cartonner »

« Dès que la date de plaidoirie est donnée, les soirées et les débuts de nuit sont pas mal occupés… ». La fixation du jour de l’audience au fond, c’est le drapeau qui s’abaisse sur une ligne de départ. « Tu vas perdre, Timothée, car tu es face à un ancien ministre, qui a, avec lui, la séniorité et la notoriété ». En Dordogne, les siens ont découvert l’affaire des vaches bretonnes dans La France agricole, dans L’Essor sarladais… et ils ne donnent pas cher de la peau du petit : depuis la nuit des temps, les grands les gloutonnent, il est inimaginable à leurs yeux que Timothée renverse l’ordre des choses. Après les médias, l’opinion, ses pairs, voilà que le cercle intime se mêle de lui mettre la pression. Sauf que le petit est rompu à vivre avec l’anxiété. « L’avocat qui veut réussir son exercice est angoissé, il faut l’être un peu… sinon ça ne va pas cartonner ». Et puis, si Timothée « n’a jamais été premier de la classe », il a « toujours donné le maximum ». La préparation de ses plaidoiries tient du réglage d’une pièce d’horlogerie. D’abord, elles sont écrites. « Chaque mot est soupesé, les silences sont notés » -la puissance éloquente de ceux-ci est « extrêmement importante ».  Ses plaidoiries prévoient les rythmiques. « Même les virgules sont notées ». Pas question de ruiner tout ce travail, en négligeant un risque mécanique : l’assèchement de la bouche, qui bride l’élocution. « Avant de plaider, je prends soin de l’humidifier ». Sans oublier le front, non plus -un truc plus classique pour se ressaisir. Puis, coup d’œil au miroir…

« Quand la présidente m’appelle, je ne me lève pas comme quand je vais voir un copain au café. Il faut rentrer en scène »

« Je me dis alors : Timothée, c’est à toi, donne tout ! ». Le maintien participe pleinement de l’exercice, comme la qualité des mots et la manière dont ils vont résonner. « Quand la présidente m’appelle, je ne me lève pas comme quand je vais voir un copain au café. Il faut rentrer en scène ». Me Timothée Dufour tient des dossiers « nickel », dans lesquels les feuilles glissées sont imprimées en corps de caractère 16. « Chaque page a une vocation ; une page égale une idée, une autre page égale une autre idée ». Pour le coup, ce choix est dans la nature du jeune homme. Jamais il n’a rendu quatre copies doubles à ses enseignants, mais bien une seule, « dans l’esprit Go to the point ». À l’audience, son tour pour plaider vient « après que son client a été massacré pendant une petite demi-heure ». Cette « tornade », il faut en tout premier lieu s’appliquer à la « laisser passer ». En marquant un silence. « Il faut se mettre au niveau d’élocution de l’adversaire », sachant donc que ce dernier a eu le temps de prendre ses marques sur le terrain. « Tu n’as que quelques secondes pour te mettre dans le rythme… ». Dans un cadre à la solennité écrasante. Sans répétition en amont. Sans séance de rattrapage sur laquelle compter. « Perdre, c’est une remise en question personnelle, forcément ». Dans cette affaire des vaches bretonnes, bien sûr que Me Timothée Dufour a eu, avant les deux premières audiences, peur de ce scénario. S’il ne s’est pas déplié, il est inenvisageable de « se reposer sur ses acquis » pour aborder le prochain round. « Je sais qu’en face, il y a des ténors du barreau ». Le jeune conseil devra certainement faire preuve d’ « autre chose ». Qui pourrait se traduire par le témoignage d’ « un peu d’audace ». S’il a parfaitement en tête que les jeux sont loin d’être faits, il y croit. « Je rêve déjà du jugement, je l’imagine déjà… ».

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