Liquidation de l’abattoir de Ribérac : le scénario était-il écrit ? Que disait Nicolas Platon avant d’être élu maire ?

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L’élevage de veau sous la mère est un atout du Ribéracois (© zdenet/Pixabay)

La liquidation de l’abattoir de Ribérac a été annoncée hier jeudi 04 février 2021 par France Bleu. L’absence de publicité préalable à la décision du tribunal de commerce de Périgueux, qui, toujours selon France Bleu, datait de l’avant-veille, ajoute de la brutalité à la tristesse de la nouvelle. Sans compter que les déclarations volontaristes du candidat Nicolas Platon, aujourd’hui maire de Ribérac, pendant la campagne des municipales 2020, ne laissaient pas présager pareille issue -c’est d’ailleurs un écart fâcheux entre les intentions du candidat et les actions du premier magistrat que la conseillère municipale d’opposition Continuons ensemble pour Ribérac Delphine Sallaberry a dénoncé dans un post Facebook, hier. En tout état de cause, depuis plusieurs mois, c’est bien le scénario noir de la liquidation judiciaire qui était redouté par l’ancien candidat aux municipales 2020 Philippe Chotard, aujourd’hui conseiller municipal d’opposition Agir pour Ribérac, puis par le député de la 3e circonscription de la Dordogne Jean-Pierre Cubertafon.

À Ribérac et plus généralement dans le Ribéracois, la déflagration de l’annonce de la liquidation de l’abattoir (information France Bleu), presqu’un an jour pour jour après le départ du principal apporteur Arcadie, semble inversement proportionnelle à la publicité faite ces derniers mois autour du sort du site. En effet, après la campagne des municipales 2020, une extrême discrétion* s’était invitée autour de ce dossier que tout un chacun s’accordait à juger complexe.

Le conseiller municipal d’opposition Philippe Chotard, qui avait été, en emmenant la liste Agir pour Ribérac, un concurrent de Nicolas Platon, aujourd’hui maire, avait au demeurant plusieurs fois déploré d’ignorer tout des actions entreprises ou envisagées par le premier magistrat pour tenter de sauver le site ICI ou encore ICI.

Même s’il avait décidé de de raccrocher de tout après sa défaite aux municipales 2020, son prédécesseur Patrice Favard, qui avait conduit la liste Continuons ensemble pour Ribérac, était sorti de sa réserve pour faire savoir qu’aucun projet concernant l’avenir du site ne lui était revenu aux oreilles.

Le député MoDem Jean-Pierre Cubertafon avait, de son côté, évoqué sa satellisation, après avoir décroché un rendez-vous entre Nicolas Platon et le cabinet du ministre de l’Agriculture, qui avait permis de confirmer que l’État pouvait intervenir dans le cadre du plan de relance, si tant est qu’un projet lui soit soumis. Il croyait qu’un dossier avait été déposé avant le 31 décembre 2020, sans avoir le moyen d’en être certain. Ce vendredi 05 février 2021, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a réaffirmé que l’État avait vocation à « accompagner (…) des abattoirs territoriaux » (information France Bleu), sans laisser du tout accroire qu’un dossier ribéracois était à l’étude.

À l’annonce de la fermeture de l’abattoir, les élus d’opposition Agir pour Ribérac ont fait connaître les premiers leur réaction dans un post Facebook, qui redit leur incompréhension face à la gestion de ce dossier. Puis le conseiller municipal d’opposition Continuons ensemble pour Ribérac Delphine Sallaberry leur a donc emboîté le pas.

Le maire se voit reprocher une gestion solitaire 

Après Philippe Chotard, qui avait battu en brèche la gestion solitaire du dossier de l’abattoir par le premier magistrat de Ribérac, tout comme l’a fait le député Jean-Pierre Cubertafon après lui, Delphine Sallaberry s’est à son tour inquiétée que le projet de nouvel abattoir évoqué par Nicolas Platon soit totalement inconnu de l’ensemble du conseil municipal, après que la nouvelle soit tombée sur la place publique avant qu’il soit informé -une assemblée municipale prévoyait une déclaration du maire Nicolas Platon au sujet de l’abattoir ce soir, vendredi 05 février.

Pourtant, quand il était encore candidat aux municipales 2020, Nicolas Platon avait déclaré « J’ai l’esprit village et clocher. Aussi, je veux adopter une méthode participative de gestion » (ICI, le 14 janvier 2020).

La liquidation pour stratégie ?

De l’avis de tous les élus qui se penchaient sur le dossier de l’abattoir de Ribérac, il était en effet ardu de lui bâtir un avenir, d’autant qu’après le départ du principal apporteur Arcadie, c’est un homologue de poids – Le Pré vert– qui avait indiqué pudiquement se mettre en retrait. Expression qui pouvait laissait craindre une manière d’éviter d’annoncer sur le champ qu’il trouverait le moyen d’abattre ailleurs.

Au total, l’élu d’opposition Agir pour Ribérac Philippe Chotard, qui ne voyait pas d’initiative se dessiner, redoutait que la stratégie de l’équipe municipale ne laisse place qu’à une seule issue : la liquidation du site. Le député Jean-Pierre Cubertafon, également.

La liquidation pouvait délester de la responsabilité de licencier

Si cette liquidation catastrophait l’ensemble des élus, aux yeux des opposants de Agir pour Ribérac et du parlementaire du Nontronnais, elle pouvait permettre toutefois à l’équipe aux affaires d’éviter d’endosser la responsabilité d’un plan social qui semblait un préalable à toute solution de sauvetage, mesure d’autant plus détestable à prendre que son camp politique n’avait pas été aux commandes du destin du site depuis 6 ans. En clair, l’histoire pourrait alors retenir que le fossoyeur de l’abattoir était l’ancien maire Patrice Favard. Sachant qu’en outre, le site était un fardeau pour les finances déjà extrêmement fragiles de la Ville.

Pendant la campagne des municipales 2020, le candidat  Nicolas Platon avait pourtant plusieurs fois manifesté sa détermination à empêcher le naufrage de l’abattoir, tout en blâmant précisément l’inaction du maire encore en place Patrice Favard. Verbatim.

Abattoir de Ribérac : le candidat Nicolas Platon se disait décidé à défendre l’abattoir

24 février 2020, l’intégralité des propos est ICI.

« Si, après le rapport de la chambre régionale des comptes, on avait travaillé sur la transformation, il me semble qu’on aurait pu le rendre un peu plus compétitif (…) J’émets des réserves sur la restructuration juridique de l’outil et les orientations prises depuis quelques années (…) Sur le fond, je défends l’abattoir (…) Même si (son) déficit chronique notamment n’était pas un secret, c’est un dossier qui sort alors que personne ne l’attendait. Mais le temps n’est pas à faire son Caliméro (…) (Je ne vais pas) jouer le vautour. Pour nous, Thiviers paraît loin pour le label Veau sous la mère car le transport stresse l’animal et abaisse la qualité de sa viande ».

09 mars 2020, c’est ICI.

« L’abattoir a été un thème assez consensuel (pendant la campagne) (…) (Je me suis démarqué en émettant l’idée d’) élargir la consultation aux intercommunalités des secteurs sud et nord de Ribérac (de sorte d’) alléger sa gestion (…) (Il s’agira plutôt) dès la fin mars (date du 1er tour des municipales) (de s’atteler à) un travail de fond avec les éleveurs, les artisans, les élus (que de se pencher encore sur) l’habillage juridique (…) on n’a pas tiré les leçons de l’abattoir de Ruffec (…) on a embauché un chargé de mission (pour) quasiment se consacrer (au dossier du site de Ribérac) ».

08 avril 2020, c’est ICI.

« Je ne veux surtout pas faire de polémique. Simplement, on a vraiment perdu du temps. Avant le 17 mars, il était possible de mettre conseil d’administration, éleveurs, élus, artisans autour de la table (…) (Avec mon équipe de campagne) nous avons proposé que les intercommunalités rejoignent ladite table (…) Pourquoi ne s’est-il rien passé entre mi-février et le 17 mars ? (…) L’abattoir, c’est une vieille histoire… Arcadie a fait tomber le couperet (Car, de fait) « si, (il existe un motif pour revenir sur ses engagements) : quand les difficultés sont insurmontables… (Pourtant) les parts de Arcadie, c’est marginal, même si l’entreprise apportait presque 50% de l’activité. (…) Être à Ribérac (se traduisait par un coût) en termes d’emploi (uniquement) (…) Ce n’est pas élégant et c’est assez affligeant de profiter de la crise sanitaire actuelle (D’autant que j’ai le sentiment que) les consommations de viande n’ont pas dû trop chuter (…) (malgré des amplitudes horaires réduites liées au confinement) les bouchers travaillent toujours ! Les administrateurs (de la SEMOP) n’ont pas eu les réponses directes à leurs questions (Un sort qui aurait aussi été réservé à la Région. Alors, stop) il ne faut pas voiler la face (…) On (Patrice Favard) ne va pas demander conseil, ni accompagnement… c’est une preuve de nombrilisme (…) (Si l’on veut de l’abattoir, il s’agit dare-dare) d’aller voir tous les utilisateurs de l’abattoir et les élus (…) (Sans oublier conjointement de regarder) à quel jeu joue aujourd’hui la coopérative Univia (, autrement dit d’y voir clair dans) sa relation avec Arcadie » (Sans omettre non plus de se demander) pourquoi ne pas aller à l’abattoir de Chalais plutôt qu’à celui de Thiviers (…) cette fois, on connaîtra forcément le rapport de la chambre régionale des comptes (…) C’est un élément nouveauDans ce rapport, il y a forcément des éléments d’analyse (…) La crise sanitaire n’empêche pas le débat, la vie continue. (Je refuse qu’) on laisse disparaître un outil, comme ça (…) (Avec la liste Ribérac l’avenir avec vous, je) « prône les circuits courts (tout en ayant déjà) pointé les difficultés de l’abattoir (…) le paradoxe, c’est que l’on va certainement avoir davantage besoin de l’abattoir demain (…) S’il y a une leçon à tirer de tout ça, c’est qu’on perçoit mieux ce qui se fait chez soi (…) la seule (solution), c’est que les intercommunalités voisinent avec celle de Ribérac, ainsi qu’avec les communes (…) (En menant un effort de) sensibilisation (auprès des élus, des éleveurs et de la population. Histoire) de ne pas manger de la saucisse de Hollande. (Oui, la crise de la vache folle a marqué le début de la diminution de la consommation de viande, mais elle ne l’a pas stoppée. En outre, la viande est, somme toute) dans les gènes du territoire ».

08 juin 2020, c’est ICI

« L’abattoir, on n’en parle plus. Il ne s’est rien passé… mais Arcadie et Univia sont partis avant le délai promis. Les employés ont reçu leurs courriers. Les orientations sont prises, ça tombe clairement (…) (Je veux) aller plus loin » (…) Je proposerai que le Département soit impliqué -en tant qu’actionnaire ou en tant que partenaire (…) La SEMOP -société d’économie mixte à opération unique- c’est une usine à gaz » (…) (qui permettrait au maire sortant Patrice Favard de) dire qu’il a fait quelque chose. (En réalité, on est en droit de se demander, à propos de cette SEMOP) qui fait quoi ? Qui a le pouvoir dans cette affaire ? ». D’autant que si « les chiffres ne sont pas donnés, les arriérés de loyer sont connus ».

Un rapport accablant des services vétérinaires qui reste secret

Aux difficultés financières de l’abattoir, s’est greffée, à l’automne dernier, la transmission au maire de Ribérac d’un rapport accablant des services vétérinaires (aujourd’hui direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des pollutions- DDCSPP). Contactée, la DDCSPP n’a pas répondu.

(*) Contactée aussi, la Région elle-même n'a jamais répondu.

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