Renaud Denoix de Saint Marc : l’article 24 du projet de loi sécurité globale « tanne le cuir » de Gérald Darmanin… qu’aucun pare-feu n’a non plus freiné (épisode 1)

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Renaud Denoix de Saint Marc (© Territoire Magazines)

Parmi ses citoyens, la Dordogne compte Renaud Denoix de Saint Marc, un homme qui n’est pas passé à côté de son destin : il s’est vu confier d’éminentes responsabilités au cœur du pouvoir*. Le haut-fonctionnaire a bien voulu donner son sentiment sur l’article 24 du projet de la loi sécurité globale chère au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Si ce dernier s’est, selon lui, engagé sur un chemin périlleux, reste qu’on ne l’en a pas empêché.

« Je crois qu’il y a une grande imprudence de la part du gouvernement de s’être lancé dans quelque chose qui peut toucher à la loi sur la presse ». Alors que l’article 24 de la proposition de loi sécurité globale du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ne cesse de faire monter en température le débat dans la classe politique et, plus généralement, le débat public, Renaud Denoix de Saint Marc attribue spontanément la responsabilité de « l’imprudence » de ce dernier… à l’ensemble du gouvernement. Avant d’expliquer pourquoi l’entreprise de son intégration était, à ses yeux, périlleuse. « La loi sur la presse fait partie des vaches sacrées auxquelles il ne faut pas toucher… sauf s’il devait s’agir de la rendre plus libérale encore ». Toutefois, le haut-fonctionnaire constate conjointement que les réseaux sociaux posent un problème sérieux. « Publier sans filtre le visage d’un policier en disant qu’il mérite qu’une balle dans la tête et que c’est un salaud, c’est inadmissible ». Renaud Denoix de Saint Marc ne cache pas son aversion pour les réseaux sociaux. « C’est une calamité ». Il observe au demeurant que les victimes des chasses à l’homme qui s’y mènent ne sont pas uniquement des policiers : médecins, préfets… sont susceptibles, eux aussi, d’y être lynchés. « Cela dit, à mon avis, il fallait faire bien davantage attention à la façon de mener cette affaire… ».

« Tout réussissait » à Gérald Darmanin… et voilà deux ratés

« On aurait pu consulter très largement tout le monde ». Ce préalable aurait permis de recueillir les points de vue de la commission consultative des droits de l’homme, des sociétés de journalistes… certes. Prendre langue avec le Conseil d’État « n’aurait pas été plus mal », non plus. Force est de constater que ce n’est pas le choix qui a été fait et « Monsieur Darmanin est en train de se tanner le cuir » en ayant dû réécrire l’article controversé, épreuve qui l’amène à céder du terrain à ses contempteurs, et encore un peu, et encore un peu. Sachant que que ladite épreuve vient avec une autre : l’évacuation, parfois musclée, de migrants place de la République par les forces de police. Voilà deux ratés coup sur coup, après que « tout lui a réussi ». Cette « imprudence » est ainsi déjà celle du ministre de l’Intérieur, dont on comprend qu’il ne sait pas encore tout du métier. « Gérald Darmanin a beaucoup trop pris fait et cause pour les policiers au sujet du floutage de leurs visages ». Même si, loin de Renaud Denoix de Saint Marc l’idée qu’il ne faille pas « responsabiliser » ceux qui prennent des photos de ceux-ci à l’arrache et les postent sur les réseaux sociaux illico en invitant au meurtre. Encore une fois, « c’est inadmissible ».

« Même les journaux les mieux pensants à l’égard du gouvernement ont été extrêmement réservés à l’égard de cet article 24 »

Mais ce fameux article 24 apporte-t-il un outil supplémentaire à l’arsenal juridique pour empêcher pareils comportements… ou ne sert-il à rien, tout en envoyant un mauvais signe sur une idée de notre vie en commun ? En tout état de cause, la fermeture des réseaux sociaux n’est pas pour demain… « Oui, le ministre de l’Intérieur est jeune en politique… ».  Erreur de jeunesse du ministre de l’Intérieur donc… mais qui aurait dû pourtant être empêchée, à entendre Renaud Denoix de Saint Marc. Ses conseillers auraient dû avertir le ministre de l’état du terrain sur lequel il entendait s’aventurer -lui rappeler notamment qu’il y trouverait la fameuse « vache sacrée de la société ». Le résultat de ce manquement est que « toute la presse écrite, parlée, télévisée » s’est dressée contre Gérald Darmanin. « Même les journaux les mieux pensants à l’égard du gouvernement ont été extrêmement réservés ». La maladresse est patente, même si elle paraît faire un heureux : son prédécesseur à la Place Beauvau Christophe Castaner, qui « s’en réjouit méchamment ». Ceci étant dit, un autre pare-feu aurait dû contenir la fougue du ministre… Le poids de la responsabilité migre cette fois à Matignon. Son nouveau locataire semble avoir l’immense avantage de répondre à une volonté du président de la République : « prendre l’intégralité du pouvoir ». D’ailleurs, Jean Castex s’est vu assigner un directeur de cabinet qui vient de l’Élysée –Nicolas Revel. CQFD -pour ceux qui douteraient encore du motif qui animait Emmanuel Macron quand il l’a choisi pour remplacer Édouard Philippe.

« Verrait-on le Général de Gaulle ou bien François Mitterrand dire aux Français « Lavez-vous les mains. Ouvrez vos fenêtres pour faire des courants d’air » ? »

« Si les choses vont mal, à l’occasion des prochaines élections présidentielles, on saura à qui s’en prendre… ». En clair, au bout du bout, le président de la République pourrait payer son appétit d’ogre. « C’est très imprudent de sa part parce que l’Élysée n’est pas équipé pour tout suivre directement ». À cet effet, l’affaire de l’article 24 serait exemplaire. Reste que, pour Renaud Denoix de Saint Marc, il revenait au Premier ministre de demander à son ministre de l’Intérieur de l’aviser de son projet… puis de lui dire de ne surtout pas s’y prendre comme il l’a fait. On peut cette fois entendre que Jean Castex occupe à dire vrai un seul couloir, celui de la Covid-19. Le risque qu’il « fasse de l’ombre » au président de la République est, de fait, réduit à zéro, d’autant que l’homme Castex n’apparaît pas comme un contestataire en chef. Sa docilité naturelle pourrait trouver un écho amplifié dans le tempérament du Chef de l’État. Renaud Denoix de Saint Marc a connu plusieurs présidents de la République, et il en a même fréquenté deux de très près –François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. En revanche, il ne connaît « pratiquement pas » Emmanuel Macron. On lui parle de sa « grande intelligence », et il n’en doute pas une seconde. Mais il voit dans le même temps une « grande inexpérience », qui s’accompagne d’une « grande sûreté en lui-même ». Une assurance qu’il estime… dangereuse -sachant que, dans son entourage proche, il y aurait encore plus fort sur ce plan. Mais c’est cette fichue tendreté politique du président de la république qui préoccupe le plus haut-fonctionnaire. « Verrait-on le Général de Gaulle ou encore, car De Gaulle est un peu atypique, François Mitterrand, dire aux Français « Lavez-vous les mains, ouvrez vos fenêtres pour faire des courants d’air » ? ». Renaud Denoix de Saint Marc a alors une pensée émue pour sa Dordogne. « Imaginons le paysan périgourdin l’entendre. Il éteint aussitôt la télévision ou le radio ».

  • Renaud Denoix de Saint Marc a notamment présidé le Conseil d’État, été Secrétaire général de l’Élysée, mais aussi membre du Conseil constitutionnel.
L’entretien avec Renaud Denoix de Saint Marc a eu lieu avant les débats enflammés de ce vendredi 26 novembre 2020.

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