Régionales : pour la tête de liste EELV Nicolas Thierry, « les écologistes n’ont pas le droit d’échouer »

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Nicolas Thierry
Nicolas Thierry (© Benjamin Boccas)

2020-2030. Les scientifiques l’ont appelée « la décennie critique », autrement dit l’ultime fenêtre de tir pour repenser notre modèle sociétal, faute que l’écosystème soit irréversiblement endommagé. 2021-2027. C’est la durée du prochain mandat des élus régionaux. Pour le candidat qui emmène la liste EELV en Nouvelle-Aquitaine Nicolas Thierry, c’est tout simple, « les écologistes n’ont pas le droit d’échouer » au prochain scrutin. Pendant la campagne, le vice-président sortant à la grande collectivité s’attachera à démontrer que les Verts ont pensé des moyens concrets pour empêcher le crash environnemental et qu’ils vont servir à préserver notre fonctionnement économique et social. En clair, le sauvetage du Vivant est indissociable de l’invention d’un horizon pour les entreprises et les citoyens, dont le quotidien est aujourd’hui mis à mal. Si la survenue de la grave crise sanitaire du nouveau coronavirus est un drame, au moins pourrait-il accélérer notre prise de conscience de cet entremêlement.

« Face au réchauffement climatique et au creusement des inégalités sociales, nous avons les moyens de négocier la bifurcation qui s’impose à notre pays ». Non, l’urgence à changer nos modes de vie n’est pas une lubie des écolos, décidément légers à se focaliser toujours sur la disparition des vers de terre et des oiseaux. C’est le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui le martèle et qualifie la décennie qui s’ouvre de « décennie critique ».

Or, « au regard des compétences de la Région », le candidat chef de file EELV Nicolas Thierry souligne l’importance du prochain rendez-vous électoral. Si le vice-président actuel à l’Environnement et à la Biodiversité est sorti du bois tôt (26 octobre dernier), c’est pour que le projet qu’il porte ait le temps d’être versé au débat public. « Les écologistes, c’est le parti de demain. À nous de prouver que nous sommes capables, en pratique, d’inventer un horizon ». En pratique, Nicolas Thierry insiste… et revendique la mise des mains dans le cambouis (…l’expression ne lui revient pas) -c’est que les Verts ont longtemps été soupçonnés d’occuper la seule sphère des idées… et en évitant de s’aventurer sur les terrains de l’économie et des conditions sociales. Le candidat choisit aussitôt un exemple qui illustre cette emprise au sol.

« L’avion vert ne nous permettra pas de passer le cap fatidique de la décennie critique dans laquelle on entre »

« Beaucoup d’élus, dont le président Alain Rousset, sont partisans d’investir dans l’avion vert ». En effet, la crise sanitaire percute de plein fouet le secteur aéronautique, qui pèse 75 à 80 000 personnes en Nouvelle-Aquitaine. Mais la couleur de l’avion, signe qu’il y a une dimension environnementale dans l’intention, ne convainc pas du tout Nicolas Thierry. En « garçon studieux », il s’est renseigné. Et, des rapports d’experts, il y en a. Un, ceux-ci sont confiants sur l’avenir de l’avion solaire : « ça va marcher »… à condition que l’animal soit « moins gros » que ceux que nous connaissons. Bien sûr, le redimensionnement des avions est une piste incapable de répondre à l’urgence qu’il y a faire quelque chose pour éviter d’atteindre le point de bascule, à partir duquel les dégâts faits à l’écosystème seront à jamais irrattrapables. Deux, comment imaginer que les lobbies des carburants vont rester les bras croisés ? Trois, en admettant qu’on alimente les avions en hydrogène plutôt qu’en kérosène, il faut « re-designer » les avions… « et le temps de la mise en application, on est rendus à 2050 ». Conclusion du leader écologiste : pas question de retenir l’avion vert comme une solution qui permette de passer le cap fatidique de la décennie dans laquelle on entre. « Avancer que la croissance du secteur aéronautique va pouvoir se poursuivre, que le développement de la filière va continuer, c’est impossible ». Et combien de salariés vont tomber ? Le candidat des Verts a des propositions à faire valoir.

« C’est à nous de nous adapter au problème environnemental, et pas l’inverse »

« Les écologistes vont plutôt miser sur les énergies renouvelables, sur l’eau… donc les salariés menacés vont pouvoir travailler ». L’idée consiste déjà à cesser de tout parier sur la technologie, qui est, au passage, le symptôme d’une quête de confort intellectuel. Reste que changer d’emploi demande du temps… « Mais la question est qu’on n’a pas le choix ». Nicolas Thierry le dit fermement. « C’est à nous de nous adapter au souci environnemental, et pas l’inverse ». Or, « la certitude, c’est qu’on n’abaissera pas le volume des gaz à effet de serre lié à l’aéronautique en 2020 ». Mais… pour les employés au bord de l’abîme, que fait-on ? En se demandant comment réorganiser les filières, il ne faut pas forcément inventer, explique le numéro Un de la liste écologiste. « Ça passe par une espèce de protectionnisme vert qui défend nos terroirs, et au demeurant, il vaut pour le pays, au-delà des frontières de la Nouvelle-Aquitaine ». Merci de se souvenir que pour les gens qui seront « dans des zones d’entre-deux », c’est la Région qui tient le manche de la formation. Les Verts entendent -pour mémoire, le Vivant et le quotidien économique et social sont indissociables à leurs yeux- « réduire la fracture de la société en termes d’inégalités d’ici à 2030 et mettre sur pied un bouclier social ». Dès le début des années 90, puis sans pouvoir passer sous les radars depuis l’entame du XXIe siècle, le monde connaît la date du fameux basculement -2030, mais business as usual, n’est-ce pas. Sauf qu’aujourd’hui, le mur est à deux pas. « Maintenant, on n’a plus de temps ».

« L’enjeu social est déjà le sujet. Entretemps, comment vont vivre les plus pauvres d’entre nous ? La voilà la vraie question »

« Aujourd’hui, en Nouvelle-Aquitaine, 800 000 personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté et un enfant sur cinq vit dans une famille pauvre ». Ce peuple de gens en grande difficulté est un fait qui cohabite, suivant une sinistre mais implacable logique, avec un autre : les oiseaux ne chantent plus. Ajoutez-en un autre encore, poursuit Nicolas Thierry : des crises sanitaires comme celle que nous traversons, les scientifiques prévoient qu’il y en aura désormais de pareilles « une fois tous les dix ans ». Sachant que notre modèle de société « abîme déjà » la population, qu’en sera-t-il demain ? « L’enjeu social est déjà le sujet. Entretemps, comment vont vivre les plus pauvres d’entre nous ? La voilà la vraie question ». Pourtant, c’est de « montée en puissance » de l’agriculture, du numérique dont on entend parler à l’envi, en assurant que l’une et l’autre échapperont à la délocalisation. Si l’affaire peut a priori s’entendre pour l’agriculture, pour « engager la transition », il faudrait se souvenir que « le numérique n’est pas une fin en soi. Ce qui compte, c’est ce que l’on en fera, son usage donc ». S’il s’agit de créer des start-up qui s’installeront en Californie, eh bien les écologistes disent non. Le numérique a du sens s’il sert des moyens au service de la santé, de l’analyse de l’eau, de la surveillance de l’environnement… « On peut aussi devenir une région créatrice d’emplois, avec des entreprises qui se positionnent sur des enjeux de politique publique ». Le sens viendra de l’émergence de ces entreprises en faveur du bien public. La Nouvelle-Aquitaine a les outils qui vont bien pour que la pousse soit effective, avec des universités reconnues pour leur qualité. « Ces entreprises pourraient par exemple développer des applications qui rendent service à la société ». Sauf qu’aux yeux de Nicolas Thierry, s’il est impératif que la Région aide à la création de ces entreprises du numérique, il est hors de question de ne pas leur conférer des obligations, en retour.

« Les aides au numérique de la Région doivent imposer des contreparties; sinon, c’est assumer de ne pas vouloir changer les choses »

« Nous tenons à éco-socio-conditionnaliser les aides de la Nouvelle-Aquitaine ». Dit de manière plus ramassée, c’est imposer le sens de la marche à ces porteurs de projet d’entreprises du numérique que la Région soutient, à raison. « Sinon, c’est assumer de ne pas vouloir changer les choses ». Avec le président Alain Rousset, qui ne demande aucune contrepartie à ces porteurs de projets du numérique, c’est une « grosse différence que nous avons, nous, écologistes », si marquante qu’elle ressemble à une ligne de fracture. À entendre Nicolas Thierry, les Verts n’ont eu de cesse, depuis le 1er janvier 2016, de réclamer ces « éco-conditionnalités »… sans qu’il en soit introduite une seule. Les aides publiques ont continué d’être attribuées sans contrepartie. C’est, comprend-on, s’asseoir sur l’intérêt collectif.

« il y a un lien direct entre la destruction des espaces naturels et les pandémies »

« Cette crise sanitaire a, plus que jamais, mis à jour nos fragilités ». Là encore, il y a eu des alertes, pointe Nicolas Thierry, et depuis… les années 2007-2008. GIEC et plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques (IPBES) établissent qu’ « il y a un lien direct entre la destruction des espaces naturels et les pandémies » -pour le dire vite, c’est la plus grande proximité que les animaux sauvages sont contraints d’avoir avec les humains qui réalise le risque. Or, « il n’y a rien dans le plan de relance régional, ni dans le plan de relance national d’ailleurs » qui réponde à l’urgence de la transition écologique. Voilà pourquoi, avant tout, en Nouvelle-Aquitaine, les Verts se sont abstenus le jour du vote. Il n’y aurait pas que dans notre région que l’on juge que « ce n’est jamais le moment, et qu’on retarde, qu’on retarde… ». On procrastine toujours, bien qu’on se lamente qu’il n’y a plus de saison. Edgar Morin aurait tout dit sur cette logique. « À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ».Mais, si cette logique a la peau dure, c’est que des croyances sont à l’œuvre, selon Nicolas Thierry. Avec leur pendant : la commodité intellectuelle.

« En croyant à la seule technologie, on économise l’idée de changer le modèle économique et social »

« Il y a des responsables politiques qui sont persuadés que les nouvelles technologies vont nous sauver ». On n’a que trop tardé pour opérer la transition écologique ? Certes, certes… mais « on croit que le génie humain aura une solution ». Total, on assiste à « une déification de la technologie ». Nicolas Thierry a le sentiment qu’à son sujet, le débat a pris une tournure « très manichéenne ». Qu’il avance, avec les Verts, qu’il la considère comme « un outil », en pensant qu’il en existe d’autres, et c’est haro sur ces écolos qui veulent qu’on s’éclaire à la bougie. Sans s’apercevoir qu’ « en croyant à la seule technologie, on économise l’idée de changer le modèle économique et social ». Et ce n’est pas en se contentant que les moteurs d’avion consomment moins de carburant qu’on s’engage sur la voie de la nécessaire et profonde reprise en main du modèle. Pour ceux qui en douteraient encore, il n’y a qu’à se souvenir de l’intention de la politique agricole commune, qui « voudrait aller vers une agriculture de précision » -et le président Alain Rousset adhère à ce projet, précise le candidat des Verts. Cette horlogerie agricole revient à « avoir de moins en moins de personnes sur les exploitations, qui s’industrialisent peu à peu ». Alors, « peut-être que ce sera très compétitif, mais ça ne redonnera pas de vie aux territoires. En revanche, ça creusera la fracture avec les métropoles ». Et si révérer les nouvelles technologies était le réflexe naturel d’élus nés avant elles ? Nicolas Thierry n’exclut pas que les 55-60 ans associent en effet le progrès à la technologie. Si leur génération a constaté que le compagnonnage avait fonctionné, elle en oublierait toutefois qu’elle a conjointement fait naître des problèmes. Et ce n’est pas faute que, ces trente dernières années, les scientifiques aient tenté de leur rappeler qu’il serait difficile de s’extraire de ces très ennuyeuses conséquences, de « bifurquer ».

« Imaginer que notre survie dépend de celle des autres espèces, ça bouscule… surtout au moment où l’on envoie des hommes sur Mars »

« Comment infléchir la trajectoire qui mène à la fin du monde quand on a du mal à boucler ses fins de mois ? ». C’est la sempiternelle question qu’on oppose aux Verts, qui sont sidérés qu’on refuse d’être pénétrés de la nécessité de protéger la biodiversité. Sauf que, déjà, il faudrait se souvenir que « la société est fracturée depuis plusieurs décennies » et que le modèle économique qui la régit « empêche aussi de se projeter » -il est au contraire fait pour anticiper à court terme, pas au-delà. En clair, les problèmes de fin de mois ne datent pas d’hier. On comprend qu’accuser maintenant les écologistes de prétendument les oublier serait un tantinet gonflé. Cette observation faite, la réponse de Nicolas Thierry tombe comme un couperet. « Il est déjà bien tard… ». Autrement dit, ceteris paribus, la protection de la planète est un impératif, donc il ne se discute plus. Il faudrait plutôt se demander urgemment comment on l’habite. « Très longtemps, on a pensé que, d’un côté, il y avait les humains, et, de l’autre, la biodiversité. Imaginer que notre survie dépend de celle des autres espèces, ça bouscule… surtout au moment où l’on envoie des hommes sur Mars ». Un philosophe originaire de Nouvelle-Aquitaine (du Lot-et-Garonne) avait pourtant lui aussi expliqué que l’ « on vivait en suspension »… jusque dans notre vocabulaire. Michel Serres voyait ainsi dans le mot « environnement » une mise à distance incongrue car nous sommes l’environnement, nous ne sommes pas dans une enveloppe. « Depuis la Révolution industrielle, on se croyait hors du monde vivant ». Les vers de terre, les abeilles, les oiseaux… étaient autour de nous, voilà tout. Aujourd’hui, il y a des constats si désastreux qu’ils commencent à être appréhendables. « En 15 ans, un tiers des oiseaux ont disparu en Nouvelle-Aquitaine ». Plus la peine non plus de demander à quoi on reconnaît un motard heureux, la blague éculée s’est vidée de son sens : son sourire tapissé de moustiques ne se pourrait plus parce qu’il n’y a plus guère de moustiques. Le premier confinement, au printemps dernier, a provoqué ses petits émerveillements : on ré-entendait les oiseaux chanter. S’il fallait trouver une vertu – si le terme est malheureux, c’est bien de sens avantageux dont il s’agit – à la crise sanitaire du SARS-CoV-2, c’est l’affirmation douloureuse que « le changement de modèle est inévitable et urgent ». Encore une fois, « il est déjà bien tard », mais les constats alarmants, ce type de redécouverte synonyme de prise de conscience de l’opinion, sont, pour Nicolas Thierry, autant de signes que désormais, « dans la décision publique, plus rien ne sera comme avant ».

« Je ne suis pas du tout pessimiste, élaborer une réponse sociétale, c’est passionnant. Et… il est trop tard pour être pessimiste »

« Dire qu’aujourd’hui, la question du Vivant est une priorité implique que nous revoyions nos manières de nous déplacer, nos manières d’habiter ». Le moment est venu, poursuit le leader des Verts aux régionales 2021, de penser de nouveaux indicateurs de richesse, exit le règne sans partage du PIB pour la mesurer : « l’état de santé de la biodiversité, le nombre d’associations, la répartition de la richesse sur un territoire, la présence des services publics… », voilà autant d’instruments de mesure pour apprécier comment la société se porte. « Je ne suis pas du tout pessimiste, élaborer une réponse sociétale, c’est passionnant ». Il se trouve en outre qu’ « il est trop tard » aussi pour voir la vie en noir. « On doit relocaliser nos entreprises, faire des efforts sur les transports… il faut y aller ! ». La plainte ne va pas au responsable politique, il doit agir.

« En Dordogne, le projet de déviation de Beynac a provoqué l’indignation nationale »

« Le projet de déviation de Beynac a provoqué l’indignation nationale ». Nicolas Thierry assure qu’à la Région, les écologistes ont été sur la même ligne que celle qu’ils ont adoptée en Dordogne. Un peu plus de 3km de route dans une zone classée réserve biosphère par l’UNESCO, au beau milieu du triangle d’or de châteaux en surplomb de la rivière, l’idée même était renversante. Le Conseil d’État a donné un coup d’arrêt définitif au projet. Reste que, malgré cette « bonne nouvelle », qui démontre que la contestation a été extrêmement forte, « le dénouement a un goût amer : les impôts des Périgourdins sont partis en fumée ». Le chef de file des écologistes ne tourne pas autour du pot quand il s’agit d’expliquer pareil fiasco. « L’entêtement du président du Département de la Dordogne Germinal Peiro est une faute politique, qui coûte cher ». Au demeurant, le mal des décideurs politiques serait profond : il durera « tant qu’ils croient qu’il n’y a rien de plus important qu’une route, qu’en dehors de sa réalisation, il n’y a pas de salut ». En Dordogne, Germinal Peiro s’arc-boute pourtant contre la décision de justice qui s’applique, en invoquant… son injustice. « C’est une faute politique très lourde : la justice a tranché ». Et traîner des pieds pour appliquer sa décision « est dans la droite ligne de la manière dont le dossier a été géré depuis le début ». Nicolas Thierry voit là « le sentiment qu’on est au-dessus de la loi ». Mais il y a « plus triste » à ses yeux, « c’est que le Département de la Dordogne n’a toujours pas compris. Et ça, c’est navrant ». Il est une autre « faute » qui a été commise en terre périgourdine, aux conséquences elles aussi pénibles au plan écologique. C’est l’affaire récente du boisement compensateur dans la forêt de la Double, opéré par-dessus le marché « en catimini ». Quoiqu’on sache qu’ « on (allait) perturber le système de l’éco-biodiversité parce qu’on avait choisi, en plus, la méthode des coupes rases ». La logique à l’œuvre ici, c’est que « les écosystèmes naturels ne comptent pour rien ».

« J’assume de dire que l’éolien a toute sa place dans le mix énergétique, à condition que les projets soient co-construits avec la population »

« Les projets éoliens, comme la création de champs voltaïques doivent être réalisés dans le cadre de projets de territoires ». C’est le cadre des projets Territoires à énergie positiveTEPOS– qu’ « il faudrait privilégier », explique Nicolas Thierry. L’intention de favoriser le recours aux éoliennes, pour parler d’un sujet notoirement sensible dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine, ne se ferait ainsi pas en avançant façon char d’assaut. « On ne peut pas faire n’importe quoi n’importe où ». En Dordogne, le préfet Frédéric Perissat a d’ailleurs tout récemment retoqué le projet de la Queue d’âne fin octobre dernier. Le numéro Un de la liste écologiste aux régionales 2021 juge important le critère de « l’acceptabilité ». Les opérateurs qui déboulent tout à trac, les concertations qui sont vite pliées, les habitants qui découvrent tout ce dont il retourne sur le fil… c’est non. Pour autant, le leader des Verts affirme qu’il y a des opérateurs qui font leur travail convenablement, refusant ainsi de jeter l’opprobre sur le secteur. Oui, maintient-il, des projets éoliens peuvent être bien menés. Quand, en substance, « on peut garantir qu’ils sont des investissements concourant au redressement d’un territoire et que les particuliers peuvent eux-mêmes miser des apports personnels ». Oui, Nicolas Thierry « assume de dire que l’éolien a toute sa place dans le mix énergétique ». À la condition que les projets soient « co-construits avec la population ». Une méthode qui en « casserait » une autre, qui relève d’ « une vision très verticale des décisions publiques ». Inutile pour autant d’imaginer que la co-construction empêchera qu’il y ait des anti-éolien qui continuent de se manifester –« ne serait-ce que le lobby pro-nucléaire ». Mais, ce qui semble sûr à l’écologiste tête de liste EELV, c’est qu’ « un projet qui n’est pas accepté par la population ne se fait pas ». Toutefois, celui-ci maintient que la part des énergies renouvelables doit s’accroître, et qu’il revient aux élus de « faire émerger des projets ». Et maintient également… que « chaque territoire doit prendre sa part ». En Nouvelle-Aquitaine, avec plus de 800 km de côtes, il y a un potentiel éolien off shore qu’on ne peut pas ignorer. « J’ai confiance dans l’intelligence collective quand le problème est bien posé ». On peut en déduire que nombre de crispations autour de projets éoliens auraient pu être évitées. En matière de crispations, la Dordogne est plutôt bien placée, précisément. « Le Périgord, c’est vrai, est un cas particulier, avec ses paysages mondialement connus ». Toutefois, « il faudra trouver d’autres solutions pour contribuer à l’effort collectif ».

« La redevance incitative est pertinente, mais le ramassage des ordures ménagères doit avoir lieu »

« Mettre en œuvre la redevance incitative, c’est appliquer le principe pollueur-payeur ». La collecte des déchets et la tarification est un autre sujet inflammable en Dordogne. Première observation de Nicolas Thierry : « la redevance incitative (RI) est pertinente, mais le ramassage des ordures ménagères doit avoir lieu. Les containers des usagers peuvent être dotés d’une puce ». Il est d’avis d’encourager l’application de la RI car « elle démontre que plus vous êtes vertueux, moins vous payez ».  Collecte, traitement des déchets entrent dans les compétences du vice-président Nicolas Thierry et, assez récemment, la Nouvelle-Aquitaine a mis sur pied un « plan » dédié. Il s’appuie sur « le partage des bonnes pratiques », de sorte que la mise en place de la RI soit facilitée. « On soutient le déploiement de ce partage, qui revient à aider les collectivités ». Le coût substantiel qu’elles supportent au début de l’application de la RI n’a pas échappé aux concepteurs de ce « plan déchets ». Même s’il est vertueux à terme -plutôt court, selon l’élu Vert- ce mode de tarification a entraîné une réflexion sur des aides financières à apporter à celles-ci. « Ce sera dans mon programme ». De nouveau, le succès de la mise en œuvre de la RI « passera en n’imposant pas les choses ». Il s’agira d’identifier les freins des usagers, les facteurs bloquants et de proposer des solutions pour les lever. Et il apparaît évident qu’il faille éviter l’antienne gouvernementale « si ça ne marche pas, c’est que l’on a mal expliqué ». C’est répondre à côté aux grondements de l’opinion. En réalité, « c’est qu’on n’a pas co-construit ». Parmi les motifs à protestation, l’accroissement des dépôts sauvages revient régulièrement en Dordogne. Le phénomène serait dopé par la mise en place de la RI. « Une étude de l’ADEME concernant la région Grand Est établit qu’il l’est faiblement ». En revanche, un autre phénomène aurait été pointé : les gens vont mettre leurs poubelles dans celles des voisins. Si c’est ennuyeux, ce dégât collatéral « dure 6 mois ». En revanche, l’effet positif de la RI est notable sur la réduction des déchets, et il motive qu’on y recoure.

« Au second tour, au moment des alliances, la seule boussole sera le programme et sa matrice sera l’écologie »

« Aujourd’hui, je suis convaincu qu’on arrivera en tête de la gauche au premier tour des Régionales… et j’espère qu’on sera en tête tout-court ». À quelles alliances les écologistes sont-ils prêts pour le second set ? « Notre responsabilité sera de créer les conditions du rassemblement ». Oui, oui… mais avec qui ? « Avec les forces de gauche ». Le scénario se précise… Oui encore, on pourra discuter projet, indique Nicolas Thierry. « Mais la seule boussole sera le programme et sa matrice sera l’écologie ». Et qui sont ceux, sur leur flanc gauche des écologistes pourraient répondre à ce dernier impératif ? « Je ne demanderai pas d’où viennent (les interlocuteurs) mais où ils veulent aller ». Bien, bien… et s’il faut négocier avec le président sortant Alain Rousset ? « Ce n’est ni à lui, ni à moi d’en penser quelque chose, c’est l’écrasante majorité des citoyens qui aspirent à engager la transition écologique ». Le véritable adversaire, composite, lui, est identifié. « Le projet de LREM est de refonder la droite et nous, écologistes, on souhaite changer sa traduction par Emmanuel Macron, qui est injuste aux plans social et écologique ». La droite, c’est « la ligne rouge » : pas question donc de prévoir de pactiser. Ni avec les troupes de Emmanuel Macron, président qui n’aurait rien appris du long épisode des Gilets jaunes, qui s’arrêterait à des actions « cosmétiques » pour répondre à la convention citoyenne pour le climat, bref, qui n’aurait rien planifié de sérieux en matière de transition écologique. Aujourd’hui, le calendrier des régionales 2021 risque fort d’être décalé… « La question de la santé passe avant tout autre sujet ». Il est aussi utile de se souvenir que la date du scrutin n’est pas toute l’élection. « S’il n’y a pas de campagne, la démocratie claudique ». Si l’urgent est d’attendre l’avis de Jean-Louis Debré, Nicolas Thierry garde en tête qu’ « il faut refuser de sacrifier les libertés publiques » sur l’autel de la combinaison politique, qui plus est. Il voudrait être sûr de pouvoir écarter l’hypothèse que « la peur de perdre l’élection » pèse sur la décision que le gouvernement va prendre… et, à cette heure, la preuve ne vient pas. En tout cas, un éventuel changement de calendrier « n’entamera pas détermination des écologistes ». À ce scrutin des régionales 2021, « les écologistes n’ont pas le droit d’échouer ». Ce mandat 2021-2027 est « probablement la dernière fenêtre avant de dépasser les seuils d’irréversibilité ».

1 COMMENTAIRE

  1. Ayant été en prise directe avec le scandaleux projet de la déviation de Beynac, je lis avec un grand intérêt les arguments exposés par EELV. Si ceux-ci sont justes, il est navrant de constater qu’aucune démarche EELV sauf les nôtres ont été faites à l’UNESCO, aucun dossier contradictoire EELV, instruit totalement, ne fut déposé dans les mains du premier ministre, sauf le nôtre, aucune présence lourde de EELV n’était au rendez vous des actions en Cour Administrative ni en appel, Aucun avocat EELV n’était là pour plaider avec les opposants. Ne parlons pas de la question financière; là ce serait désastreux. Cette affaire, depuis le début, fut menée avec l’entêtement du Porteur de Projet. Comment se fait-il que personne dans la sphère politique n’a levé le ton en mettant en avant chiffres et analyses à l’appui, que ce gaspillage financier était de la seule responsabilité du projeteur de projet. Nous avons été étonnés de constater que personne ne s’est approchée de nous afin de connaitre les chiffres apportant l’évidence de ce désastre, et surtout intervenir pour bloquer le bétonnage d’ une dalle de passage sous voie SNCF, LA VEILLE de la décision de suspension des travaux par le Conseil d’Etat. Aujourd’hui, il est assez facile de donner des avis; mais des actions politiques fortes depuis le début de cette affaire auraient peut être permis d’éviter ce gouffre financier dont le citoyen est encore victime. Pourquoi EELV ne dit pas haut et fort que ce chantier en est à peine à 27% d’avancement et que l’on clame sous tous les toits que l’avancement est de 60%- serait-ce au plan financier ? pourquoi ? Pour changer de sujet; comment se fait-il que EELV se reveille aujourd’hui sur le cas de la Forêt de la double alors que le dossier a déjà deux ans d’age ! Comment un parti écologiste peut accepter que l’on rase une forêt active et non « stérile » pour opérer une « reboisement compensatoire » quand la preuve était faite sur place que les anciennes plantations n’ont rien donné ! Toute cette réflexion met en avant le long chemin qui reste à parcourir pour que l’électeur de demain ait confiance de nouveau dans les partis politiques sensés les représenter .

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Il y aurait mille et un châteaux en Dordogne....