Bernard Mazet : « La filière oie n’ira pas à Nontron, elle restera à Sarlat et le nouvel abattoir va se faire »

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Bernard Mazet
Bernard Mazet (© Territoire Magazines)

Le président de la société coopérative d’intérêt collectif agricole (SCICA) La Plume du Périgord Noir Bernard Mazet, producteur de canards à Saint-Geniès, assure que le projet de nouvel abattoir de palmipèdes destiné à protéger la filière oie du Sarladais va aboutir, quoique soufflent de vilains « vents de bouches ». Il assurera à la filière gras de rester sur ses terres sarladaises. Malgré  le désengagement de la coopérative agricole de Sarlat, qui était partenaire du projet, malgré une révision à la baisse de sa voilure. Autrement dit, pas question de laisser migrer l’ADN du Périgord Noir vers le Périgord Vert, comme le dirigeant de La Périgourdine, son « grand patron »* en aurait l’intention. Nontron a ses couteaux, insiste Bernard Mazet, Sarlat va, de son côté, conserver sa filière oie. Et, comprend-on, les vaches seront bien gardées.

« Il faut démentir les rumeurs de vents de bouches. Cet abattoir va se faire ». Si Bernard Mazet convient que la sortie de la SCICA d’un de ses fondateurs a obligé les 5 producteurs restants à redimensionner le projet de nouvel abattoir de palmipèdes, il jure que « ça va le faire ». Refroidi par l’aggravation de la situation de la coopérative d’abattage de Sarlat, Dominique Laleu, un apporteur qui représentait à lui seul un apport de 100 000 têtes dans l’année, a en effet finalement décidé de créer son propre outil. Sans créer donc vraiment la surprise. « Depuis le début, la situation financière de la coopérative, qui n’est pas terrible, lui inspirait des réticences ».

« On entend dire que la coopérative quitte le bateau »

« Nous avions rencontré plusieurs fois le président de la coopérative Xavier Faure ainsi que son directeur Jean-François Fanner et ils nous avaient tous deux communiqué leurs exigences ». Voilà plus de deux ans que les échanges durent avec les producteurs, qui s’attèlent au projet de création d’un nouvel abattoir. Les dirigeants de la coopérative ont des idées sur la capacité de l’outil, sur la découpe, sur l’emballage, sur l’expédition aussi, et ils souhaitent même avoir leurs propres locaux, raconte Bernard Mazet. « On leur a dit qu’on pourrait les leur louer ». En clair, les producteurs sont d’accord et se remettent à leur projet, qui « avance, petit à petit ». Sauf que soufflent d’ « autres vents de bouche »… Avec assez de force pour qu’ils aient besoin de savoir si la coopérative « est toujours là ». On les rassure totalement. De son côté, le premier vice-président de la chambre d’agriculture de la Dordogne, également président de l’association Création dynamique agricole -CrDA- en Périgord Noir Yannick Francès, a eu la parole du « grand patron de La Périgourdine » : hors de question de redouter que « des bâtons se mettent dans les roues » du projet de nouvel abattoir. Qui roule donc harmonieusement pendant cette période d’ « environ deux ans ». Jusqu’à ce qu’un coup de tonnerre claque. « On entend dire que la coopérative quitte le bateau ». Mais alors… et les garanties données – à plusieurs reprises qui plus est- aux initiateurs du projet ? « On nous a dit que c’était le grand patron qui en décidait » -c’est-à-dire le dirigeant de La Périgourdine, que Bernard Mazet ne nomme jamais. Inévitablement, la tenue de l’assemblée générale, une quinzaine de jours plus tard, sera l’heure des mises au point.

« Il a fallu aller au bout du rouleau pour s’apercevoir que c’était cuit »

« À l’AG, on apprend que le motif de ce subit désengagement, c’est le trou dans les comptes de la coopérative ». Bernard Mazet indique que les adhérents ont eu beau interroger les administrateurs, ils n’ont pas pu avoir ne serait-ce qu’une idée, de sa profondeur… tout bonnement parce qu’ « ils n’ont pas eu de comptes depuis deux ans ». Au passage, ils ont aujourd’hui demandé au procureur de la République qu’un commissaire aux comptes réalise un audit. Sans jamais, pendant cette période, les avoir formellement réclamés une seule fois. « Ils se sont laissé endormir. Le directeur Jean-François Fanner leur disait qu’ils étaient dans son ordinateur… ».  Toujours est-il qu’à cette même AG de l’été 2019, il est clairement annoncé que la coopérative « laisse tomber » les initiateurs du projet. « Nous avons alors essayé de nous bouger un peu ». Le président de La Plume du Périgord Noir glisse que, pourtant, la coopérative n’est pas son sujet à lui. Les producteurs comprennent qu’en réalité, les administrateurs « ne croient pas trop » au projet de nouvel abattoir. « Il a fallu aller au bout du rouleau pour s’apercevoir que c’était cuit ». Aujourd’hui, ceux-ci semblent « vouloir rebondir ». Bernard Mazet attend de voir, il est partisan de « laisser pourrir l’affaire ». D’après ce qu’il comprend, les déserteurs tenteraient de « monter un projet par ailleurs ». De quoi justifier une remise des points sur les « i » tout prochainement, à l’abattoir de l’établissement de service et d’aide par le travail (ESAT) de Prats de Carlux.

« Nous voulons démentir les rumeurs qui vont dans la campagne pour dire que l’on ne ferait pas l’abattoir »

« Nous voulons démentir les rumeurs qui vont dans la campagne pour dire que l’on ne ferait pas l’abattoir ». Il s’agira, pendant cette remise des points sur les « i », de réaffirmer que, même « moins important » que prévu, « il y a un potentiel à Sarlat ». Si, « de 200 000 têtes, on va tomber à 100 000 », il y a un nouvel apporteur potentiel et il pèse à lui seul 100 000 têtes. « Aujourd’hui, il est empêché d’adhérer à la SCICA à cause de son emploi ». Reste que Bernard Mazet croit qu’avec un tout petit peu de patience, ce blocage sera aisément levé, et, comme « il s’agit d’une personne de parole », son président  compte bien que ces 50 000 têtes supplémentaires viendront rehausser un jour le volume d’abattage de l’outil programmé. D’autant qu’entretemps, de petits apporteurs locaux sont montés dans le train. « L’abattoir, il est nécessaire à Sarlat ». En premier lieu pour y maintenir la filière oie. « Ce qui intéressait le directeur de la Périgourdine, c’était d’emporter à Nontron cette clientèle en oie qui est à Sarlat. Alors, si l’on dit facilement « les couteaux de Nontron », on ne dit pas « le foie gras d’oie de Nontron »… ». Dans le même temps, le dirigeant « a aussi emporté le fichier clients »… avant de formuler une autre ambition, poursuit Bernard Mazet : « s’approprier le dernier couvoir qui reste en oies dessaisonnées qui appartient à la coopérative de Sarlat et qui est situé à Parts de Carlux, à l’ESAT ». Le producteur de canards de Saint-Geniès se rassure sur ce « dernier objectif ». Il pense que « le « grand patron » aura cette fois à faire à d’autres personnes (que les producteurs sarladais), qui ne céderont pas ». En effet, le partenaire de ce couvoir est « géré par une autre coopérative, Vivadour, sise dans le Gers. Or, Vivadour ne se laissera pas torpiller ». Actuellement, explique Bernard Mazet, Vivadour est « le plus gros apporteur d’œufs à Prats de Carlux et il gère le planning de mise en place d’œufs là-bas ». En tout état de cause, « si le groupe n’arrivait pas à gérer, il les garderait pour lui… et le couvoir tomberait à zéro ». Sauf que « ce n’est pas trop le but » et « les politiques se sont mouillés ». Même si ces derniers « ne peuvent rien faire contre » les différents scenarii, ils ont déjà pu, las, le vérifier par eux-mêmes. Toujours est-il qu’ils « sont alertés depuis un an et demi ».

[caption id="attachment_3064" align="aligncenter" width="696"]filière gras Des canards gras tapissent les prés… comme des pâquerettes à la fermes des Fages de Bernard Mazet (© Territoire Magazines)[/caption]

« Ce qui est sûr, c’est que les élus nous ont toujours suivis dans le projet de l’abattoir (…) et ils nous font toujours confiance »

« Nous sommes revenus à la charge avec les élus. Ces derniers ont fini par comprendre ce qui pouvait se passer. Je pense qu’ils n’y croyaient pas, qu’ils ont été naïfs. Alors, certes, à un moment, c’était trop tard. ». Pas question pour autant pour le président de la SCICA de les bâcher, loin de là. « Ce qui est sûr, c’est que les élus nous ont toujours suivis dans le projet de l’abattoir, j’insiste beaucoup sur ce point. Ils ont toujours fait confiance au noyau qui restait et ils nous font toujours confiance ». Les producteurs ont encore tiré la sonnette d’alarme quand le volume d’abattage est passé de 200 000 têtes à 60 000, en leur posant  la question sans détour : que fait-on maintenant ? « Les élus nous ont répliqué qu’il fallait que nous arrivions à faire ce nouvel abattoir, leur discours n’a jamais varié ». Bernard Mazet juge leur appui « très, très, très important ».

« On espère y voir plus clair d’ici un an ou un an et demi (…) Il faut faire vite pour que personne d’autre ne quitte le bateau »

« Dans l’idéal, il faudrait que ce nouvel abattoir ait un potentiel de 120 000 têtes ». Aujourd’hui, Bernard Mazet pense « arriver facilement à 90 000 ou 100 000 têtes ». C’est tout simple, précise-t-il, il convient d’atteindre le double objectif qui consiste à « abaisser le coût de l’abattage et à sécuriser l’emploi ». En effet, si le nouvel outil ne devait tourner qu’une fois par semaine, il faudrait trouver les employés… qui travaillent une fois par semaine. « Là, ce serait délicat ». Ce qui est sûr, c’est que la communauté de communes Sarlat-Périgord Noir va assurer le financement de la « partie immobilière », avant de la louer à la SCICA. « Ensuite, c’est la SCICA qui porte le financement du matériel ». Au vu des derniers évènements, les chiffres ont naturellement été révisés, mais Bernard Mazet estime à 1,5 M€ le montant de l’investissement à mobiliser. Les producteurs invitent les politiques à « travailler comme eux », soulignant déjà que « si seuls des particuliers étaient impliqués dans cet investissement, il tomberait à 1,2 M€ ». L’appel d’offres à maître d’œuvre a été lancé semaine dernière, vendredi 16 octobre 2020. « Là, on a bien progressé ». Date d’ouverture programmée ? « On espère y voir plus clair d’ici un an ou un an et demi ». Le travail engagé durant depuis déjà deux ans, l’urgence est d’autant plus de mise « pour que d’autres personnes ne quittent pas le bateau » – les volontés sont toujours susceptibles de fondre avec le temps. « En attendant, on abat à l’ESAT ». Conjointement, la partie qui abattait pour la coopérative s’amenuise au fil du temps, avant qu’à la fin de l’année, l’abattoir de l’ESAT n’abatte plus du tout pour celle-ci. « L’ESAT abattra donc pour des particuliers ». Aussi, la structure de Prats de Carlux veut-elle aussi faire savoir, au moment de la « remise des points sur les « i », qu’elle « tiendra le plus longtemps possible… mais qu’il ne faudra pas non plus que ça traîne pendant 10 ans -l’outil est vieillissant ». Mais elle veut qu’on retienne sa présence, sachant qu’elle est aussi partenaire de la SCICA.

(*) La SA Sarlat Périgord foie gras réunit la société coopérative agricole de Sarlat Périgord foie gras et la société coopérative du Périgord dite La Périgourdine.

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