Nouveau BTS à la MFR de Périgueux : le pari que « les jeunes sont des vecteurs de développement du territoire »

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La première promotion du BTS développement et animation des territoires ruraux à la MFR de Périgueux (© Territoire Magazines)

La maison familiale rurale de Périgueux a ouvert, en septembre 2020, une nouvelle formation supérieure qui apparaît pile en phase avec les préoccupations des zones rurales. Ce BTS entend en effet participer à fixer les jeunes gens sur le territoire, en leur donnant les clés pour l’animer et le développer. Il a fallu une décennie à ses initiateurs pour surmonter les résistances des autorités de tutelle.

« Quand je suis arrivé, j’ai été frappé par l’absence de projets des jeunes. Chez les filles, il y avait même une certaine fatalité. Celles-ci pensaient l’avenir uniquement à travers le mariage et le fait d’avoir des enfants ». Pourtant, conjointement et « de manière apparemment paradoxale », d’aucuns aspirent à suivre des études supérieures… ambition à laquelle ils renoncent trop souvent car elle les obligerait à quitter le territoire. Le constat date d’il y a 15 ans. Raphaël Rialland prend alors la direction de la maison familiale rurale (MFR) de Périgueux. Le projet de BTS développement et animation des territoires ruraux ne va pas tarder à émerger. « Comme à chaque fois », il apparaît sur deux plans : en entendant « la demande des familles dans le domaine des services aux personnes sur le territoire » et « une demande du territoire, où l’on ressentait que les collectivités locales exprimaient des besoins un peu particuliers ». Sachant que les familles doivent composer avec les évolutions du paysage de la formation -ainsi, il n’y a plus aujourd’hui de concours d’aide-soignant, il faut accomplir le bac pro en 3 ans au lieu de 4… tous ces changements adviennent petit à petit avec des jeunes gens qui abordent plus jeunes le temps des études supérieures car le redoublement est passé de mode. De leur côté, en Dordogne, les collectivités recherchent des solutions en matière de tourisme, de patrimoine, de développement local, de dynamisation du milieu associatif (qui se mobilise souvent pour l’aide aux personnes ou l’insertion)… bref, des solutions d’ « animation du territoire », sans que leurs élus aient forcément le temps ou connaissent le moyen de trouver la subvention qui va bien. Pourtant, « les collectivités restaient frileuses car elles ne comprenaient pas que les jeunes (qui seraient ainsi amenés à devenir en somme des « chefs d’orchestre » de leur territoire) ne leur coûteraient rien ». Toutefois, la MFR de Périgueux formalise son idée : elle conçoit un BTS développement et animation du territoire – le BTS.A D.A.T.R. Ses initiateurs ignorent qu’il leur faudra dix ans pour convaincre leurs autorités de tutelle.

« Garder nos jeunes pour répondre aux besoins du territoire, ça peut créer une dynamique »

« Répondre à un besoin du territoire et garder nos jeunes, ça peut impulser une dynamique ». En clair, la MFR de Périgueux croit dur comme fer que le nouveau BTS qu’elle défend pourrait panser trois plaies de la France des territoires. Tout le monde s’accorde, n’est-ce pas, à constater que les jeunes qui sont diplômés ne restent pas sur les terres rurales où ils ont grandi, qu’elles n’utilisent donc pas leur potentiel.  Or, ce BTS-là est une formation supérieure qu’ils peuvent suivre sur place. Elle les fait devenir des « porteurs de projet ». Autrement dit, on peut leur confier les clés du camion. L’affaire n’a rien d’anodin : les défenseurs de ce BTS sont persuadés, à l’heure où l’on prône le tourisme rural, la diversification agricole, les circuits courts… qu’ils tiennent la possibilité de « créer une dynamique ».

« Un BTS qui exclut d’être une formation pour une formation »

Le directeur de la MFR de Périgueux Raphaël Rialland (© Territoire Magazines)

« Ce BTS développement et animation des territoires ruraux, ce n’était pas créer une formation pour une formation ». Le conseil d’administration de la MFR et les parents d’élèves montent à l’assaut du ministère de l’Agriculture, dont la structure dépend, via la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêtDRAAF. Sauf que de l’autre côté du bureau, il s’avère qu’il y a une montagne de résistances… et le dossier est « plusieurs fois retoqué ». Les motifs qu’on oppose à Raphaël Rialland et son équipe sont ceux qu’on fustige aujourd’hui très officiellement. À croire que le team de Périgueux pâtit… d’avoir un temps d’avance. Déjà, de l’autre côté du bureau, on s’étonne que les MFR puissent se mêler d’initier des BTS. Ensuite, il y a « la pression des syndicats agricoles », auxquels ce projet de nouvelle formation supérieure ne parle pas, du tout -pas assez agricole à leur goût, peut-être. « On nous rappelait aussi de faire d’abord nos preuves aux examens », alors que les MFR affichaient déjà de très bon taux de réussite. Une autre fois encore, de l’autre côté du bureau, un changement de directeur de la DRAAF empêche de valider le dossier.

Un précédent : « à Bordeaux, on estime que le bac pro n’est pas pour les territoires ruraux, qui n’embauchent que du niveau IV »

« Au moment de la réforme de la voie professionnelle, on avait déjà pensé mettre en place une filière environnementale ». Il s’agissait d’un bac techno. C’est alors avec deux ministères qu’il faut engager les discussions – l’Agriculture, bien sûr, mais aussi cette fois l’Éducation nationale également pour la partie enseignement jusqu’à la classe de seconde. Or, dans celui-ci, ça va irrévocablement coincer. « À Bordeaux, on nous a clairement dit qu’un bac techno, ce n’était pas pour nous, territoires ruraux. D’ailleurs, a-t-on ajouté, votre territoire n’embauche que du niveau IV ». Le souvenir de cette cuisante remise en place n’allait pas entamer l’endurance de l’équipe de Raphaël Rialland pour défendre le projet de BTS D.A.T.R. « On a tenu car on était convaincus que les jeunes pouvaient être des vecteurs de développement de notre territoire ». Et, au terme d’une décennie, les verrous ont fini par sauter. Certes, en « étant attendus sur notre premier recrutement ». La première promotion fait sa rentrée en septembre 2020, à la MFR de Périgueux et le BTS D.A.T.R. est proposé « en alternance ». Au total, 18 jeunes gens la composent, dont 17 étudiants et un apprenti -garçons et filles sont au rendez-vous. Un résultat obtenu après s’être consacrés au déroulement d’un plan de communication – portes ouvertes, entretiens individuels -en visio pour cause de Covid- participation aux salons dédiés à l’orientation à l’automne 2019. Sachant que le nouveau BTS était aussi intégré aux choix de la plate-forme Parcoursup.

Témoignages en VIDÉO : pourquoi ils ont intégré la 1ère promotion du BTS.A D.A.T.R. de la MFR de Périgueux

« Nous avions eu le soutien de l’association des maires » 

« Cinq jeunes sont issus de la MFR, où ils ont fait la terminale Services, les autres, de divers horizons, et un quart d’entre eux viennent de départements hors Dordogne : Gironde, Charente, Landes, Lot-et-Garonne ». Raphaël Rialland espère que le milieu associatif sera un pourvoyeur d’emplois car il est en train de se professionnaliser. À l’époque de l’instruction du dossier, « nous avons eu le soutien de l’association des maires » -qui sait si ce soutien d’alors ne va pas se transformer aujourd’hui en propositions de débouchés pour les jeunes diplômés. « Ce BTS peut aussi être une passerelle pour devenir moniteur éducateur ». En tout état de cause, il est déjà le moyen, pour ceux-ci, de « gagner en maturité ». Au fil du temps, la MFR va finir de « construire le projet » pour lequel elle s’est battue 10 ans. Déjà, les membres de la première promotion vont engranger des expériences en rencontrant les acteurs du territoire. De quoi « agrandir leur champ des possibles ».

Le moniteur responsable du BTS.A D.A.T.R. est Martin Crouzal, et la responsable du pôle D.A.T.R. est Fabienne Raynaud.

MFR Périgueux : 20 rue de Beaulieu BP 70053 à Périgueux (24002). Tel 05 53 45 44 et mail mdr.perigueux@mfr.asso.fr

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