Antoine Audi : « Alain Rousset n’est pas flambant neuf et Germinal Peiro ne fera pas demi-tour dans son impasse »

-

à la une Antoine Audi : « Alain Rousset n’est pas flambant neuf et...

Antoine Audi (© Territoire Magazines)

L’ancien maire de Périgueux et toujours conseiller régional Les Républicains Antoine Audi estime qu’il faut apaiser droite et centre en Dordogne. S’il juge urgent d’attendre que les instances nationales se prononcent, il a aussi demandé à ce que qu’un missus dominicus se déplace en Dordogne pour sortir sa famille de l’ornière. Ce serait quand même en effet ballot de se quereller quand les régionales et les départementales se présentent comme deux opportunités de renverser la table. Mais la crise sanitaire rend la date des élections incertaine et l’opinion pourrait avoir bien vite la tête aux présidentielles. Dans un contexte où Facebook est devenu le corps intermédiaire, où l’on revendique sa citoyenneté sans forcément voter et où Emmanuel Macron sera ou bien celui qui marche sur l’eau ou bien celui qui dope le scénario-catastrophe d’un renforcement du Rassemblement national.

« Pour les régionales, on va attendre que les instances nationales se réunissent en novembre ». Antoine Audi a toutefois demandé un petit quelque chose en plus, spécial Dordogne : la venue d’un missus dominicus « pour sortir droite et centre de l’ornière ». Le signe que deux précautions valent mieux qu’une quand les esprits sont montés si haut en température qu’on redoute qu’ils puissent redescendre automatiquement. Le moyen aussi que les terres périgourdines des partis de la droite et du centre deviennent plus fertiles en procédant, plus généralement, à une remise en ligne de ses plants. C’est qu’ « il existe de vieilles querelles recuites » alors que deux scrutins à « enjeux majeurs » se profilent. En clair, pas question de laisser tourner plus longtemps une lessiveuse susceptible de se transformer en machine à perdre à la veille (ou l’avant-veille, selon que les élections sont retardées ou pas) des régionales et des départementales, alors qu’elles constituent précisément « deux fenêtres de tir » pour l’emporter.

« Alain Rousset n’est pas flambant neuf et Germinal Peiro, qui est dans une impasse, ne fera pas demi-tour »

« Concernant les régionales, Alain Rousset n’est pas flambant neuf ». Le ministre MoDem Geneviève Darrieussecq, qui partira avec la majorité LREM, devrait ponctionner des voix au président PS de la Nouvelle-Aquitaine… « et peut-être aussi chez nous », au passage : Antoine Audi n’a pas la tête toute entière dans les étoiles. Toutefois, il « n’a pas l’impression que le président Rousset se soit rapproché de LREM… En même temps, s’il s’en rapproche trop tôt, il pourrait avoir du souci à se faire… ». Voyons maintenant l’autre fenêtre de tir. « Pour les départementales, Germinal Peiro n’arrive pas à s’en sortir, il est dans une impasse et il ne fera pas demi-tour ».

Aux yeux de Antoine Audi, c’est désormais trop tard, les occasions que le président PS du Département de la Dordogne a eues, il les a laissées filer. À sa décharge, « le préfet Anne-Sophie Baudouin-Clerc n’a pas signé toute seule en se levant l’autorisation des travaux du contournement de Beynac ». Reste qu’aujourd’hui, « Germinal Peiro est un peu empêtré » dans feu ce projet de déviation. Or, avec 25 cantons, pas besoin de sortir la calculette, « la majorité est à 13 ». Oui, « ce serait le moment… (d’espérer renverser celle en place) ». Le maire de Bergerac Jonathan Prioleaud a fait savoir qu’il préparait des binômes issus de la liste Bergerac, une énergie nouvelle qu’il a conduite aux municipales 2020 sur les cantons de Bergerac ? Oui, oui… et, pour sa part, Antoine Audi prépare « aussi », avec la sienne J’aime Périgueux, deux binômes pour les deux cantons de Périgueux. Reste que si y aller, c’est bien, encore faut-il savoir quel président on veut élire. « Ce n’est pas anecdotique ».

« À cette heure, il n’est pas question d’alliance LR-MoDem pour les régionales »

« Il y a moins d’enjeu politique au Département, mais c’est un mandat passionnant, il y a du sens à le mener ». Cependant, Antoine Audi préfère toujours la Région, « plus efficace dans la gestion du quotidien ». À quelle place sur la liste périgourdine ? Il l’a dit : il y a un calendrier et il faut le respecter, sachant que, de plus, la désignation de la tête de la liste régionale interviendra en premier -le maire d’Arcachon Yves Foulon et le président du Département de la Corrèze Pascal Coste tiennent aujourd’hui la corde. Un autre préalable s’imposerait : arrêter une stratégie. Celle-ci commencera à s’écrire en sachant si Les Républicains (LR) iront seuls aux régionales, ou avec l’UDI. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas de déterminer si Untel ou Untel emmènera la liste en Dordogne ». Non pas que la manifestation de certains appétits le « choque ». Libre à Jonathan Prioleaud de se positionner en numéro Un et de pousser d’emblée d’autres candidats à la candidature en numéro 4 et 5-Antoine Audi est de ceux que Jonathan Prioleaud a rétrogradés à ces rangs-là. En revanche, il pointe qu’ « à l’heure où l’on parle, il n’est pas question d’équation LR et MoDem ». Il n’y a pas de spécificité périgourdine qui vaille. « La Dordogne se rangera derrière l’arbitrage stratégique ». Si encore, cette alliance avait fonctionné, il admettrait qu’on y pense. Bref, ce n’est pas demain qu’il oubliera l’échec des sénatoriales 2020. « J’ai soutenu Jean-Pierre Cubertafon au second tour, j’ai fait le job pour me positionner contre Delphine Labails (élue maire de Périgueux le 28 juin dernier), mais là, il n’y a aucune raison de soutenir le MoDem ». De toutes les manières, l’ancien premier magistrat de la capitale de la Dordogne estime que « les alliances, ça affaiblit ». Il en veut encore pour preuve les résultats des municipales 2020. « Avec ma seule liste, j’ai fait 30% (30,46% exactement) au second tour ». Quand Delphine Labails avait agrégé 3 listes pour jouer le 2e set de l’élection et Patrick Palem, 4 listes. Pour mémoire, les scores respectifs de ses concurrents ont été de 40,56% et 28,98%. Si la candidate socialiste s’est imposée, il n’en reste pas moins que Antoine Audi constate que « dans les alliances, tout ne s’additionne pas ». Oui, il a perdu, mais sans être allé voir ailleurs en somme et, son tempérament lui fait penser qu’il « ne perd jamais » car il « apprend à tout coup », citant Marguerite Yourcenar.

LIRE AUSSI : Régionales : pour Nathalie Fontaliran, « les Périgourdins se préoccupent plus du soutien qu’on peut leur apporter que du nom de la tête de liste »

« La crise sanitaire, c’est compliqué, il n’y a pas de « virus pour les nuls ». Si Emmanuel Macron s’en sort, là, il va marcher sur l’eau »

« Pour la droite et le centre en Dordogne, il faut apaiser ». Ne serait-ce que parce que si fenêtres de tir il y a, la date des scrutins reste à fixer, Covid oblige. « La crise sanitaire, c’est compliqué, il n’y a pas de « virus pour les nuls ».  Même si, pour l’opinion, les élus décident. De leur côté, ceux-ci veulent une solution tout de suite, mais les scientifiques ont leur propre temps. Alors si les gouvernants mettent en place des dispositifs expérimentaux et qu’il s’avère qu’il faut rétropédaler, l’opinion ne désapprend pas ce qu’elle vient d’intégrer « comme ça » ». Antoine Audi pense que « les gens croient à tort qu’il y a le choix entre une bonne décision et une mauvaise décision, quand c’est plus souvent la moins mauvaise pour laquelle il faut en réalité. Et de la peur, que fait-on ? ». L’élu de Nouvelle-Aquitaine a pu hélas vérifier que, selon la charge virale, un malade pouvait passer d’une situation assez banale à une situation alarmante dans un service de réanimation. « Je ne suis pas de nature inquiète, mais, à Paris, on sent la pression ». Si l’on travaille dans un environnement très encadré par des protocoles sanitaires, reste qu’on utilise les transports en commun pour rejoindre son entreprise et, souvent, c’est deux fois 1h30 quotidiennement pour l’aller-retour entreprise-domicile. « Si Emmanuel Macron s’en sort, là, il va marcher sur l’eau ». À l’inverse, « s’il a autant crié au loup… et qu’on n’en trouve pas, les votes iront au RN… »

« Le corps intermédiaire actuel, c’est Facebook »

« On voit bien qu’en matière d’action publique, les élus ont de plus en plus de mal à décider, ils se sentent obligés de demander l’avis de tout le monde, faut d’être considérés comme autoritaires ». Antoine Audi redoute ce flottement participatif, qui peut expliquer qu’on entretienne la peur, et qui sert déjà à justifier qu’on en use. « Sauf qu’à force de peur, on s’achemine vers un duel Macron-Le Pen en 2022… et l’énorme risque, c’est que le Rassemblement national s’impose ». En prévoyant de conserver Jean Castex chef de gouvernement jusqu’au terme de son mandat, Emmanuel Macron « brûle ses vaisseaux ». Or, le casting s’avère en-deçà des espérances nourries. Mais le Président de la République aurait aussi à composer avec « la disparition des meilleurs », qui est devenue « une faiblesse des gouvernements dans leur ensemble ». Pour Antoine Audi, les personnalités les plus brillantes vont désormais dans le privé. « Elles n’ont pas envie de se faire allumer en permanence et de gagner 3,12 francs ». La période actuelle serait « un peu inquiétante » car « on a l’impression qu’il n’y a pas de vision à la tête de l’État » et que, sous le pied de Emmanuel Macron, « il n’y a rien, ni au plan des idées, ni au plan des gens ». Les partis politiques se sont à ses yeux affaiblis au point que « le corps intermédiaire actuel, c’est Facebook » où chaque commentateur s’érige en spécialiste -l’indigence des interventions y est pourtant souvent atterrante.

« On est citoyen… mais à Périgueux, il y a 18 000 électeurs inscrits. On ne va pas me dire qu’il y a 12 000 gamins de moins de 18 ans »

« Un élu, c’est un bon généraliste ». Dans les premiers temps de sa mandature à Périgueux, Antoine Audi a pu s’apercevoir qu’ « en n’étant pas dans l’exercice attendu », il pouvait déconcerter des interlocuteurs -en indiquant qu’il « ne savait pas » répondre à une question, par exemple. Des plis, des raideurs, il y en aurait bien d’autres et ils permettraient de mesurer à quel point la chose publique a besoin d’attention. « À Périgueux, il y a 18 000 électeurs inscrits. On ne va pas me dire qu’il y a 12 000 gamins de moins de 18 ans ». Conjointement, pointe-t-il, le leitmotiv est de dire qu’ « on est citoyen ». À croire que cette citoyenneté-là ne prévoit pas d’aller mettre son bulletin dans les urnes… « Je suis pour que le vote devienne obligatoire ».

LIRE AUSSI : Abattoir de Ribérac : Jean-Pierre Cubertafon tend la main au maire Nicolas Platon (va-t-il la saisir ?)… et Philippe Chotard exclut l’idée de « ne pas tout tenter »

« Après la crise du Covid, on va être très vite aux présidentielles »

« Là, on est à une croisée des chemins. L’espoir de voir l’Ancien monde tomber, que le candidat Emmanuel Macron avait fait naître, est anéanti, le Président de la République n’a pas réussi ». La suppression du cumul des mandats de maire et de parlementaire (votée sous le mandat de François Hollande) a été « une erreur ». Total, selon Antoine Audi : « nombre de députés sont hors-sol ». Sauf à porter un projet sur un sujet sérieux comme la fin de vie, ces parlementaires-là sont éloignés de la réalité du terrain. « Quand j’étais maire de Périgueux, j’avais des relations avec le député (Philippe Chassaing -LREM) mais nous ne travaillions pas en commun. Donc l’information que je lui donnais était incomplète ». En tout état de cause, « après la crise du Covid, on va être très vite aux présidentielles ».

« Le stationnement n’est jamais gratuit. Il y a toujours quelqu’un qui paie »

« Oui, ma fonction de maire de Périgueux me manque. D’autant que c’(était) un quotidien abrasif ». Il était impératif de se débrouiller  en permanence pour « avoir à la fois les doigts dans la prise et garder la bonne distance ». Antoine Audi le dit tout net : il lui a fallu trois mois pour passer devant la mairie sans émotion. « C’est brutal ». Même s’il a vécu des sorties de piste plus fulgurantes. « Pour le chef de cabinet d’un ministre (il a été celui du ministre des Sports Bernard Laporte), ça se fait en 2 h ». En outre, à Périgueux, il avait anticipé que « ça pouvait mal se finir ». Maintenant, il lui importe de « voir comment la nouvelle équipe va faire »… et ne peut s’empêcher de revenir sur « la gesticulation » du team du nouveau premier magistrat Delphine Labails sur le stationnement : « c’est le meilleur exemple » et la candidate socialiste a « fait campagne sur sa gratuité ». L’approximation aurait commencé là, selon Antoine Audi. « Non, le stationnement n’est jamais gratuit. Il y a toujours quelqu’un qui paie : l’usager ou le contribuable… ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Dernières Actualités

Éoliennes en forêt de la Double : si le « non » de la population est ultra-majoritaire, le préfet Frédéric Perissat peut-il dire… « oui » ?

Des éoliennes sont-elles sur le point d’être implantées en Dordogne ? Oui, si le préfet Frédéric Perissat donne son feu vert au défrichement de...

L’opposition Agir pour Ribérac écrit des propositions pour un avenir de l’abattoir et rappelle qu’il y a sur-urgence

À Ribérac, les trois élus d’opposition du groupe Agir pour Ribérac ont participé à une réunion que le maire...

Thierry Boidé à Germinal Peiro : « Si la solution du risque falaises à Beynac est une déviation… en ferez-vous une à La Roque-Gageac ? »

Le risque d’effondrement des falaises en Dordogne a occupé près d’une heure et demie la session… du vote du...

Jean Castex confie la tête d’une mission gouvernementale sur la ruralité à Jean-Pierre Cubertafon

Le Premier ministre Jean Castex confie la tête d'une mission gouvernementale temporaire sur la ruralité au député MoDem de...

Action publique : Périgord d’Avenir fait la place à « une réflexion indépendante » en Dordogne (et vous êtes les bienvenus)

Et si, à l’égal des grands think tanks parisiens, les citoyens de la France des territoires faisaient remonter leur réflexion...

Sur le même sujet

Éoliennes en forêt de la Double : si le « non » de la population est ultra-majoritaire, le préfet Frédéric Perissat peut-il dire… « oui » ?

Des éoliennes sont-elles sur le point d’être implantées en Dordogne ? Oui, si le préfet Frédéric Perissat donne son feu vert au défrichement de...

Thierry Boidé à Germinal Peiro : « Si la solution du risque falaises à Beynac est une déviation… en ferez-vous une à La Roque-Gageac ? »

Le risque d’effondrement des falaises en Dordogne a occupé près d’une heure et demie la session… du vote du...

Jean Castex confie la tête d’une mission gouvernementale sur la ruralité à Jean-Pierre Cubertafon

Le Premier ministre Jean Castex confie la tête d'une mission gouvernementale temporaire sur la ruralité au député MoDem de...

Action publique : Périgord d’Avenir fait la place à « une réflexion indépendante » en Dordogne (et vous êtes les bienvenus)

Et si, à l’égal des grands think tanks parisiens, les citoyens de la France des territoires faisaient remonter leur réflexion...

Admettons qu’il faille couper l’année 2020 de la Dordogne en tranches « mémorables »…

L’année 2020 se rapproche de la ligne d’arrivée. Sans surprise, coup d’œil dans le rétroviseur pour rappeler des moments...

A la une