Saint-Astier : après la contre-attaque du maire Élisabeth Marty, Daniel Benoist riposte

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Daniel Benoist
Daniel Benoist (© Territoire Magazines)

Les habitants de Saint-Astier devraient savoir en début de semaine prochaine si le tribunal administratif de Bordeaux décide que les élections municipales 2020 doivent être rejouées, comme le rapporteur public l’a demandé dans ses conclusions, le 06 octobre. Moins d’une semaine plus tard, la justice pénale a, de son côté, prévu d’étudier une plainte en diffamation déposée contre trois personnes, dont Élisabeth Marty, aujourd’hui maire de la cité. Si celle-ci était absente à l’audience de consignation le 12 octobre, elle avait, via un post Facebook, lancé une contre-attaque à l’adresse de l’ensemble des 24 plaignants, dont son unique concurrent au 2nd tour Daniel Benoist. Élisabeth Marty pointait notamment le montant de 96 000 € de dommages et intérêts réclamés par l’ensemble des requérants. Riposte de Daniel Benoist… et aperçu de l’ambiance qui règne à Saint-Astier…

« Si vous allez au tribunal correctionnel en demandant 1€ de dommages et intérêts, quand bien même la décision vous est favorable, vous encourez le risque qu’elle ne dissuade pas les mis en cause de recommencer ». Daniel Benoist revendique donc les 96 000 € de dommages et intérêts qu’avec 23 co-plaignants, il a réclamés. Cette somme qui se pose là n’aurait rien de singulier. Sachant qu’un post Facebook publié le 13 octobre sur la page de la liste Avec vous Saint-Astier autrement qu’il a conduite dans la bataille des municipales 2020, précise que, si la décision du tribunal correctionnel de Périgueux était favorable aux plaignants, honoraires d’avocat déduits, ils destineraient les dommages et intérêts qui leur seraient accordés à « des associations astériennes œuvrant dans le domaine de la solidarité ». En clair, en saisissant la justice pénale, ceux-ci ne cherchent pas à se constituer un petit matelas perso. « Si les personnes mises en cause savent qu’elles ne risquent rien, elles ne se gêneront pas (pour réitérer) », martèle Daniel Benoist. Qui n’a pas encore fini d’enfoncer le coin, en rappelant l’histoire locale.

Quand Élisabeth Marty portait plainte pour diffamation

« En 2018, Élisabeth Marty avait porté plainte pour diffamation sur la page Facebook de notre équipe ». Daniel Benoist indique qu’alors, « une vingtaine de personnes (avaient) été convoquées à la gendarmerie de Périgueux ». Ou bien en tant que témoin ou bien comme mis en cause (« 4 ou 5 personnes au total »)… ou bien les deux à la fois. Daniel Benoist était de ceux qui avaient été entendus à ce double titre. « Or, Élisabeth Marty avait alors fait prendre en charge par la Ville les frais inhérents à sa démarche en justice ». En effet, quand un élu local pourrait être victime de diffamations ou injures à l’occasion, ou du fait de sa fonction, il peut bénéficier de la protection de sa commune -c’est la protection fonctionnelle– et, quand « Élisabeth Marty avait fait valoir qu’elle avait été agressée », le conseil municipal de Saint-Astier l’avait votée. Toutefois, Daniel Benoist maintient qu’avec les autres mis en cause, c’est seulement à réception des convocations des gendarmes qu’ils ont « découvert la plainte ». Son équipe avait alors protesté, dit-il. « Nous n’avons jamais été diffamants, nous sommes restés sur des éléments factuels ». Point de vue qui n’était manifestement pas celui du premier magistrat.

« La Ville avait assuré les frais d’avocat du maire… mais la justice avait jugé que c’était Élisabeth Marty, personne privée, qui était concernée »

« Suite aux auditions, une des personnes mises en cause a été convoquée par le tribunal correctionnel en juillet 2020 ». Daniel Benoist convient que, dans son commentaire posté sur la page Facebook de son équipe, la personne poursuivie avait lâché les freins. « Pour autant, Élisabeth Marty a été déboutée » car le commentaire en question « était formulé au conditionnel », c’est-à-dire qu’une place avait été laissée pour le doute, qui bénéficie alors à la personne poursuivie. Surtout, indique Daniel Benoist, toutes les autres personnes mises en cause avaient vu l’affaire « déclassée » : la justice avait en effet considéré que la requérante faisait état d’agressions verbales « qui la visaient au plan privé » quand elle avait saisi la justice en qualité de maire et elle l’avait classée sans suite. « Élisabeth Marty va-t-elle donc rembourser les frais d’avocat que la Ville a pris en charge ? ». Le conseil choisi ayant été parisien, Daniel Benoist redoute en outre que ses tarifs survolent ceux de ses homologues de la France des territoires. « N’y avait-il pas assez d’avocats à Périgueux ? Il y en a cent qui sont inscrits à son barreau… Souvenons-nous que facture est réglée avec de l’argent public… ».

« Sur les réseaux sociaux, vous sur-communiquez et votre vocabulaire cède à la surenchère » (Daniel Benoist)

« Élisabeth Marty disait que quand on est maire et femme, on est agressé sur les réseaux sociaux ». Daniel Benoist avait alors invité la plaignante à « (se) poser les bonnes questions », en lui faisant observer qu’elle y allumait elle-même les incendies. « Vous sur-communiquez sur les réseaux sociaux, en cédant, dans le choix de votre vocabulaire, à la surenchère ». Selon le leader de l’opposition toujours, c’est une marque de fabrique du maire, qui « n’hésite pas à y affirmer des choses inexactes -à dessein ou pas, je l’ignore ». Toujours est-il que cette critique vaudrait encore pour aujourd’hui et pas seulement sur les réseaux sociaux. Le leader de l’opposition a ainsi appris que, pendant le confinement, un habitant avait écrit au premier magistrat pour lui reprocher d’avoir avancé dans la presse qu’elle contacterait « toutes » les personnes âgées de plus de 70 ans… alors qu’avec ses trois voisines, il était dans ce cas mais n’avait vu personne. Le maire lui aurait répondu, poursuit Daniel Benoist, sans que « 80% des motifs » invoqués soient valides. L’habitant en question l’aurait fait observer à Élisabeth Marty dans un nouveau courrier, qui, cette fois, serait resté sans réponse.

« Quand nous avons perdu la mairie en 2014, nous étions très incisifs en début de mandat… et j’étais de ceux-là » (Daniel Benoist)

« Quand Élisabeth Marty a gagné la mairie en 2014, elle a sans doute pensé qu’elle finirait par faire l’unanimité dans l’équipe municipale ». Sauf que l’opposition se montre alors « très critique en début de mandat, c’est vrai ». La perte du bastion socialiste n’est pas digérée, les perdants sont « très frustrés, très incisifs » et Daniel Benoist « (se) compte dedans ». Il reconnaît que « forcément, ça a crispé Élisabeth Marty ». Mais le chef de file PS de l’opposition constate que « pour autant, celle-ci ne s’est alors pas dit qu’elle allait nous démontrer qu’elle pouvait bien travailler, alors que le travail commun avait été un axe de sa campagne ». Quand ceux-ci lui reprochent qu’aucune commission n’ait été réunie pendant à peu près un an et demi, le premier magistrat « montre son exaspération »… mais met en place ces commissions. Leur mode de fonctionnement sera contesté. « Nous lui avons indiqué qu’elles n’étaient que des chambres d’enregistrement. Or, on ne ficèle pas les choses comme ça ». À entendre Daniel Benoist, Élisabeth Marty se serait cette fois « raidie ». Il en veut pour exemple de preuve son annonce en réplique, qui consistait à expédier les convocations au conseil municipal en suivant les textes à la lettre, de sorte qu’elles parviennent à leurs destinataires 5 jours avant sa tenue. « On est entré dans une espèce de marquage ». Daniel Benoist raconte que « dès qu’on s’abstenait ou que l’on votait contre une délibération, le maire s’emportait, et ne répondait pas aux interrogations ». De là à ce que « s’énerver au lieu d’apporter des réponses aux questions gênantes » soit devenu une technique, il ne sait pas.

« Huit jours après le tract qui motive notre action judiciaire, Élisabeth Marty nous fait le coup de la main tendue. C’était un peu fort de café » (Daniel Benoist)

« Le premier mandat de Élisabeth Marty a donc été un peu tendu ». Toutefois, Daniel Benoist souligne que les élus d’opposition « restent des républicains » et « on se dit bonjour ». Mais l’ambiance se serait encore dégradée, après que le maire a été réélu en 2020. « Au conseil municipal d’installation, qui a lieu 8 jours après la diffusion du tract (qui a motivé le recours au TA, puis la plainte au pénal pour diffamation), la gagnante nous fait le coup de la main tendue ». Cette fois, c’est Daniel Benoist qui se fâche. « C’était un peu fort de café ». La « main tendue » restera en suspens, lui dit-il alors, « au sens propre comme au sens figuré » en précisant que ceci vaut pour toute l’équipe de la majorité. Qui s’en serait amusée, en relevant que le Covid-19 empêchait en tout état de cause de se serrer la main. L’ambiance aurait cependant changé de nouveau depuis le conseil municipal de rentrée, en septembre. « On a mis nos questions en sourdine et ça les déstabilise ».

« Si le TA décide de faire rejouer l’élection, nous ne devons pas lasser les gens non plus » (Daniel Benoist)

« Si la décision du tribunal administratif de Bordeaux nous est favorable, nous ignorons comment s’organisera l’élection ». La crise sanitaire est en outre une période pendant laquelle il arrive que l’on déroge aux délais usuels, compliquant encore les tentatives pour les apprécier. « Non seulement on ignore la date qui pourrait être retenue, mais l’on ignore s’il y aura un ou deux tours… et si Élisabeth Marty fera appel, ce qui impliquerait d’attendre que le Conseil d’État se prononce ». En clair, si le camp de Daniel Benoist obtient qu’on rejoue le match, il sera alors urgent d’attendre. Or, qui dit élection dit préparation. Sauf qu’ « il ne faut pas lasser les gens non plus ». L’équipe de la liste Avec vous Saint-Astier autrement était partie en campagne en septembre 2019, son numéro Un le garde en tête. « L’idéal serait qu’il y ait deux listes… mais ne nous précipitons pas et essayons de rester sereins, comme d’habitude. Chaque chose en son temps ».

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