Alain Castang en lice aux sénatoriales : « les maires m’appellent pour me voir » (pas besoin de faire du phoning, lui)

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politique Alain Castang en lice aux sénatoriales : « les maires m’appellent...

Alain Castang
Alain Castang (©Territoire Magazines)

Sa 3e lettre aux grands électeurs, le candidat sans étiquette aux sénatoriales 2020 en Dordogne Alain Castang la met au courrier demain lundi 21 septembre 2020. Il y pointe notamment sa légitimité à défendre la ruralité, quand d’aucuns la découvrent. La victoire, le président de l’association des maires ruraux de France (AMRF) en Dordogne, qui a pour suppléante le maire de Saint-Barthélémy-de-Bellegarde Brigitte Cabirol, y croit. Surtout si les grands électeurs font appel au « bon sens ». Son entrée au sénat incarnerait « le changement », il explique pourquoi.

« Tout le monde se positionne sur le créneau de la ruralité ». Sauf qu’entre les candidats aux sénatoriales 2020 qui l’occupent depuis toujours, et ceux qui, réalisant sur le fil qu’elle constitue un enjeu politique déterminant, s’en font aussi les chantres, il y a une différence. Alain Castang « en a marre » de ces engagés de la dernière heure, de ces lève-tard qui présentent leurs dos au vent. Le message est clair : il se sent « légitime », mais il juge qu’il y en a d’autres. Et de citer ses concurrents Jean-Pierre Cubertafon (MoDem) et Serge Mérillou (PS). Bref, les sénatoriales vont, selon lui, se jouer dans ce tiercé, sachant qu’il se voit bien dans le duo de tête.

Le sénat, lieu stratégique pour l’association des maires ruraux

« J’ai été sollicité par pas mal de maires ». Alors, en accord avec le bureau de l’association des maires ruraux de Dordogne (AMRF Dordogne) qu’il préside, Alain Castang a décidé d’aller aux élections sénatoriales. « Au sénat, il n’y a pas que les partis, il y a des associations comme la nôtre ! ». Pas de visée sur la députation en 2022, pas d’ambition aux départementales 2021, non, le premier magistrat de Rouffignac-de-Sigoulès « veut être sénateur car c’est le lieu pour travailler pour les collectivités territoriales ». La formule pourrait paraître convenue si Alain Castang ne faisait pas preuve d’une présence assidue sur le terrain : dans sa commune, au sein de la communauté d’agglomération bergeracoise (CAB), à revendiquer « dire la vérité »… et les quatre vérités des maires ruraux dont il préside l’association en Dordogne. « J’ai été le premier des maires ruraux à remettre ma synthèse des cahiers de doléances ».

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Des résultats à l’actif des maires ruraux

« L’AMRF a obtenu… ». Les résultats, Alain Castang s’en tient aux résultats : c’est sous la pression des maires ruraux qu’une revalorisation des indemnités des élus « de 20 à 50% » été obtenue*, ainsi que l’obligation d’une conférence des maires aux EPCI à fiscalité propre**, mais aussi le remboursement des frais de déplacement des délégués communautaires, celui des frais de garde des enfants*** « liés au rajeunissement des élus ». Le maire de Rouffignac-de-Sigoulès se félicite également que le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti ait prévu de créer le délit d’ « outrage » pour les élus, d’autant que les agressions à leur encontre sont en augmentation (il y en a eu plus de 230 de janvier à juillet 2020). « À la manière dont la justice est aujourd’hui encouragée à condamner les violences faites aux femmes », il acte cette volonté de sanctionner pénalement ceux qui s’en prennent violemment aux élus. C’est que, dans ces cas-là, il constate que « le procureur ne s’en occupe pas, la justice en général, non plus ». Le phénomène n’épargne pas la Dordogne. « Je connais quelques maires qui ont été victimes d’agressions ». Pour Alain Castang, la justice qui tourne la tête à ces délits, « c’est inadmissible ».

« La ruralité se déconfine »

« Les maires ruraux ont fait pression et un secrétaire d’État à la ruralité (Joël Giraud) a été nommé ». C’est encore, pour Alain Castang, la preuve que la mobilisation de ceux-ci a été payante. Ils sont bien, à ses yeux, pour beaucoup dans le « déconfinement de la ruralité ». Et les 178 propositions que l’alors Premier ministre Édouard Philippe a validées, sachant qu’il y en avait initialement 200 dans l’agenda rural ? Un autre pas en avant notable, dont, précisément, il faut vérifier la bonne application. « Or, le sénat est le lieu pour contrôler le gouvernement »… et voilà aussi pourquoi Alain Castang a envie d’y siéger. Il voudrait encore y faire entendre un constat éloquent pour la France des campagnes. « Un habitant urbain vaut deux habitants ruraux aux yeux de l’État. Ainsi, pour un habitant, moi, je reçois 60 € de l’État, quand le maire de Bordeaux reçoit 120 € ». Obtenir 20 € supplémentaires par administré campagnard serait « déjà bien ». N’est-ce pas en outre d’une simple translation budgétaire à laquelle il s’agit de procéder ? Pas tout à fait, précise le candidat. « C’est en réalité un vrai choix politique ». Ne serait-ce que parce qu’il faudrait alors reprendre le budget. Le sénat plaît à Alain Castang. « Quand les Gilets jaunes voulaient le supprimer, ils n’avaient pas compris qu’il avait son rôle dans l’élaboration de la loi ». Des parcours de la loi NOTRe, de la loi Engagement et proximité, Alain Castang qe souvient que les meubles ont été sauvés grâce à la Chambre haute. « Certes, l’Assemblée nationale a le dernier mot, mais il existe quand même une commission mixte paritaire, à 50-50, qui implique que les projets de loi peuvent être amendés ».

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Une recette à 4 ingrédients

« La mobilité, la santé, le numérique, voilà le triptyque des fondamentaux dont la ruralité a besoin ». L’annonce de la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault d’abonder le fonds de solidarité numérique n’a pas échappé à Alain Castang, qui, en plus de siéger au syndicat mixte Périgord numérique et dans l’équipe projet de la préfecture, est, avec John Billard, référent numérique à l’AMRF. Il fonde l’espoir que la trésorerie de la fibre, qui est dans sa deuxième phase en Dordogne, soit « au moins doublée » (elle est égale aujourd’hui à 20 M€). Au triptyque des fondamentaux pour la ruralité, le candidat ajoute le développement du télétravail, parce que « l’avenir du travail passe désormais par une mobilité des postes ». Or, aujourd’hui, « 43% des jeunes aspirent à vivre à la campagne ». Les territoires ruraux ont la chance de séduire de nouveaux habitants potentiels, il est naturel d’exiger qu’ils aient les moyens de les fixer durablement.

« La vraie écologie, c’est de s’occuper des déchets, pas l’histoire du sapin de Noël de Bordeaux »

« Je prêche pour l’écologie, mais la vraie ». Merci de ne pas évoquer « l’histoire du sapin de Noël » de Bordeaux avec Alain Castang : ça le crispe. « La vraie écologie, c’est d’abord de s’occuper des déchets ». On triera convenablement les déchets quand on se montrera pédagogue. Les écoles sont un lieu incontournable, poursuit-il, car les enfants sont des vecteurs -voire des prescripteurs- dans leurs familles. « Il y a 15 ans », il a défendu le projet d’un incinérateur à Saint-Capraise-d’Eymet, qui allait finalement capoter. « Quinze ans après, on sait que des filtres font barrage aux dioxines… mais on se retrouve avec le dépôt saturé de Saint-Laurent-des-Hommes ». Et le syndicat mixte départemental des déchets de la Dordogne (SMD3) a du pain sur la planche, selon lui, en étant « pensé pour les métropoles… et pas pour la ruralité ». Comment vont faire les personnes âgées, les personnes handicapées, celles qui sont sans voiture pour apporter leurs déchets aux plateformes ? Sans compter que le coup de booster pour les dépôts sauvages. « Le Périgord était connu pour ses cèpes, il risque d’être connu pour ses sacs noirs ». La mise en place de la redevance incitative aurait bien besoin de « pédagogie », également. « Les Périgourdins vont penser qu’on leur enlève une taxe pour leur en mettre une autre ». Décidément, il est temps de « faire du terrain et de négocier ». D’autant que les territoires ruraux conservent la valeur de la proximité. « À plusieurs maisons de distance, on se connaît, quand, en ville, deux voisins d’appartements peuvent s’ignorer totalement ».

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Pas besoin de phoning pour la campagne

« Comment je fais campagne ? Ce sont les maires qui m’appellent… ». Et, oui, au contraire, « les autres candidats, eux, appellent les maires ». Alain Castang reconnaît qu’il se déplace peu dans la Bergeracois, où ses homologues le connaissent bien : il siège à la CAB, au syndicat d’énergie et, bien sûr, toujours à l’AMRF. En revanche, il est allé rencontrer des grands électeurs dans la Double, à Montignac, dans le Nontronnais, à Saint-Astier… « Je les réunis à chaque fois. Ils sont entre 4 et 50, comme au Bourdeix ».

Alain Castang
Alain Castang estime que son entrée au sénat incarnerait le changement (© Territoire Magazines)

« Si je suis élu, c’est un candidat libre qui entrera au sénat. Et ça, c’est le changement »

« J’y crois ». Alain Castang a en outre calculé que si le « bon sens » s’invitait, la victoire se profilerait sérieusement.  « Il y a deux sénateurs à choisir. Les grands électeurs peuvent très bien -et c’est là que le « bon sens » intervient- voter pour un candidat politique et un candidat des territoires ». Le maire de Rouffignac-de-Sigoulès estime incarner le second type de parlementaire potentiel à la Chambre haute. Qui, pour mémoire, a inscrit « autre » sur un formulaire de déclaration à la préfecture, qui ne prévoyait que des cases pour se ranger dans un parti. Se voir officiellement associer une étiquette DVG dans l’arrêté préfectoral de déclaration des candidats l’a sacrément mis en pétard, mais il pense que « le préfet l’a certainement découvert » en même temps que lui. Il n’en veut pas pour autant à ses services. « C’est une peau de banane, sans que je sache si elle a été volontairement mise sur ma route. Mais des peaux de banane, j’en ai connu tellement… ». Ainsi, il a été surpris de lire que le président de la CAB Frédéric Delmarès « appel(ait) à voter pour les tickets PS et PS-PC »… mais le candidat a, lui, sa petite idée de la réalité car il connaît l’état des rapports de forces. « Entre un vice-président à la CAB et un président du Département de la Dordogne… Au regard du montant des subventions départementales dont la CAB bénéficie… »… bref, il y aurait des déclarations qui s’imposent. Alain Castang est plus intéressé par ce que représenterait sa victoire. « Si je suis élu, c’est un candidat libre qui entrera au sénat. Et ça, c’est le changement ». Avec « des idées pour bouger les lignes, en respectant la loi ». Le candidat rappelle à ce sujet qu’il a quelques faits d’armes. Peut-être lui valent-ils son entrée au conseil d’administration de l’AMRF, programmée pour bientôt ? S’il y avait (comme c’est probable) un 2e tour dimanche 27 septembre, une chose est déjà sûre : Alain Castang ne cédera à « aucune négociation avec qui que ce soit ».

* pour les communes de moins de 3 500 habitants, loi Engagement et proximité du 27 décembre 2029.

** quand le bureau ne comprend pas l’ensemble des maires des communes membres.

*** dans les communes de moins de 3 500 habitants.

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