Bernard Cazeau : le chantier de Beynac n’est pas démonté car « personne ne dit rien, les gens ont peur en Dordogne »

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Le sénateur LREM Bernard Cazeau a précédé le PS Germinal Peiro à la tête du Département de la Dordogne (© territoire-magazines.com)

Bernard Cazeau a décidé de ne pas repartir aux élections sénatoriales. Il quitte le Palais du Luxembourg « satisfait » : il y a « beaucoup travaillé », et pendant 21 ans. Sur cette tranche de vie qui lui a tant appris, il ne se retournera pas : la nostalgie est un sentiment qui lui est étranger. Il va écrire le lendemain en mode « open », à dessein, et il a donc délibérément évité de dresser une todolist de projets. Côté face, il s’alarme de constater que « les gens ne respectent plus les institutions »… et la Dordogne décroche le pompon en la matière, avec un président de Département « qui se dit républicain et incite à la désobéissance civile » pour continuer à défendre le projet de déviation de Beynac, auquel le Conseil d’État a mis un coup d’arrêt définitif. Du jamais-vu chez ses homologues de toute la France, insiste-t-il.

Quatre jours hebdomadaires à Paris, qu’il faut rejoindre sans liaison de transport directe… le sénateur LREM Bernard Cazeau n’est pas fâché de rompre avec le rythme des navetteurs pour retrouver à plein temps sa « vie dans la nature, au fil des saisons » -en soutenant la candidature du député MoDem de la 3e circoncription Jean-Pierre Cubertafon. Vingt-et-une années durant, il a « beaucoup travaillé » au Sénat, au sein de la commission des affaires sociales, puis, à peu près à parts égales, de la commission des affaires étrangères et de la défense -dont il est le vice-président- sans compter ses voyages pour missions diplomatiques ou de surveillance. Bien que la France détienne la force nucléaire de dissuasion, il s’est convaincu de la nécessité qu’elle s’arme, nécessité au demeurant mal appréciée par l’opinion, alors que des dirigeants comme Recep Tayyip Erdogan, Xi-Jinping ou Trump incarnent des dangers. Mais les gens le désarçonnent sans doute encore davantage, en montrant qu’ils « ne croient plus en rien ». Y compris dans les fondations de notre pays.

« Germinal Peiro oppose les uns aux autres. Ça ne se fait pas »

« Les gens ne respectent aucune institution ». À entendre le sénateur Cazeau, il n’y a qu’à regarder… le président du Département de la Dordogne. « Cet homme se dit républicain et il ne respecte pas le principe de la séparation des pouvoirs. Inciter à la désobéissance civile n’est pas digne d’un élu ». Ayant lui-même précédé Germinal Peiro dans la fonction de président du Département, Bernard Cazeau souligne la différence radicale de leurs conceptions. Il était, lui, attaché à « ressouder » les uns avec les autres quand son successeur les « oppose ». Or, « ça ne se fait pas ». Et quelle image du territoire l’actuel président du Département est-il en train de donner à voir ? Les touristes venaient goûter la beauté des paysages de la Vallée de la Dordogne et les voilà invités à « visiter les ruines d’un chantier ». Sur lequel, qui plus est, « la sécurité n’est pas assurée » à ses yeux. Sur le projet avorté de déviation de Beynac, Germinal Peiro, qui, au passage, « n’a pas eu d’argent pour les routes », cherche conjointement des « bouc émissaires », et Bernard Cazeau rappelle avoir précisément été « désigné » comme tel car il a acheté des terrains. Or, ces acquisitions sont, pour un patron de Département, routinières, explique-t-il, et « des terrains, ça se revend ». Oui, à la tête de la collectivité, Bernard Cazeau a « suivi le projet ». Sauf que celui-ci lui a ensuite paru « obsolète », et il était alors toujours à la tête du Département -la mise au point a pourtant déjà été faite lors du congrès des maires à Périgueux, en octobre 2019. Décidément, le rappeler par la manche comme le fait Germinal Peiro, est « lamentable ». Au total, l’attitude de son successeur lui semble « de la déraison, au sens étymologique du terme -pas au sens pathologique ».

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« Aucun autre président de Département en France ne se comporte comme ça »

« Personne ne dit rien, les gens ont peur, tout le monde a peur en Dordogne ». Pour le sénateur Cazeau, il n’y a pas d’autre explication à l’enlisement de la situation au pied de Beynac -il se dit d’ailleurs « effaré » de constater qu’au Département, l’opposition est « inutile ». La possibilité de « rétorsions » maintiendrait les élus sous cloche. On lui a déjà confié qu’on redoutait, en ne suivant pas, des coupes dans ses subventions, voire leur suppression, ou bien encore de voir ses dossiers faire du sur-place. « C’est facile de ralentir un dossier au Département ». Bernard Cazeau se souvient d’ailleurs que Germinal Peiro lui a « sucré sa déviation », à Ribérac, alors qu’elle devait être réalisée, en 2017. La manière également dont le propriétaire du château de Castelnaud été dernièrement traité par ce dernier le sidère : au manque de respect, s’ajoute le manque d’à-propos. « Kléber Rossillon fait venir 150 000 personnes en Dordogne, avec toutes les retombées économiques associées… ». La collectivité, qui multiplie les pages de publicité sur ses réalisations –« énumération complète comprise »- lui apparaît une autre curiosité ahurissante. En refusant de communiquer des documents comptables, malgré un avis favorable de la commission d’accès aux documents administratifs, elle alimente l’idée « qu’il y aurait quelque chose à cacher ». Au total, « aucun autre président de Département en France ne se comporte comme ça ». Sans surprise, Bernard Cazeau pense qu’il serait déjà grand temps de clore le dossier de la déviation de Beynac. « Il faut essayer que l’État fasse le nécessaire ».



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