Nouvelle collecte des déchets : le SMD3 remonte comme des pendules les habitants de la Dordogne

collecte déchets

Exemple de débordement de déchets (© SEPANSO Dordogne)

La mise en place progressive d’un nouveau mode de collecte des déchets en Dordogne lève un vent de protestations chez les usagers, qui sont tous concernés, du nord au sud et de l’est à l’ouest du territoire. Avant même que la redevance incitative soit entrée en vigueur – la RI est le futur mode de calcul du prix à payer, avec une part variable, indexée sur le nombre (donc le poids) des sacs noirs d’ordures ménagères et une part fixe qui représente le coût d’un abonnement annuel. Cette colère montante coïncide exactement avec la tenue du second tour des municipales. Un télescopage imprévu, qui intervient de plus au moment où l’ampleur du contrecoup de la mise à l’arrêt de l’économie pour cause de confinement rend la question du pouvoir d’achat notablement sensible. Des éléments de contexte qui rendent l’entreprise du syndicat mixte départemental des déchets de la Dordogne (SMD3) plus délicate. De quoi le contraindre à ajuster les modalités d’une petite révolution qui inquiète ? Hier lundi 15 juin, son directeur Sylvain Marty a annoncé qu’il allait rencontrer les représentants de la SEPANSO Dordogne, le 1er juillet.

« Le traitement des déchets concerne l’ensemble des habitants de la Dordogne, qu’ils soient de droite ou de gauche ». Inévitablement, la SEPANSO Dordogne suit la question de près : l’association a vocation à défendre l’intérêt collectif -elle est déclarée d’utilité publique. Reste que si elle est représentée à la commission locale d’information et de surveillance (CLIS) Enfouissement des déchets du SMD3, elle s’indigne d’ « avoir été tenue à l’écart » de la réflexion sur ce sujet brûlant. « On était d’accord sur le principe pollueur-payeur, mais ce n’est pas ce que le SMD3 est en train d’appliquer ». Voilà « quelques mois » que le président de la SEPANSO Dordogne Michel André a d’ailleurs procédé à une autre forme de collecte, en réunissant les doléances des usagers recueillies. En effet, à terme (en 2023, dans le Périgord Noir, qui fermera le ban), tous les Périgourdins verront la redevance incitative remplacer la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), via une facturation établie à partir du comptage d’une puce (insérée dans un badge) qui enregistre le nombre des sacs noirs (les déchets organiques) jetés. Au-delà d’un quota d’ores et déjà arrêté en proportion de la taille du foyer, chaque sac d’ordures ménagères supplémentaire sera facturé, en plus par conséquent. Par ailleurs, dans les communes rurales, les collectes collectives, opérées au niveau de plates-formes de containers se substitueront aux collectes en porte-à-porte, mode de ramassage qui ne perdurera que dans les villes importantes. Il reviendra donc aux habitants des villages de transporter leurs poubelles jusqu’à ces plates-formes. Pour rappel, chacune est prévue pour accueillir plusieurs containers, afin de renforcer le tri sélectif, objectif écologique qui motive ce changement de la méthode de collecte par le SMD3. « Les gens peuvent porter des sacs noirs pour leurs ordures ménagères tout-venant dans un container pour déchets fermentescibles, des sacs jaunes (appelés d’ailleurs à disparaître) dont ils doivent cette fois vider le contenu dans un container réservé aux déchets plastiques, leurs cartons d’emballage dans un 3e, et leurs verres dans un 4e ». Première question qui tourmente les usagers : le lieu d’implantation de ces containers.

« Les personnes dépendantes seront lésées »

« On s’aperçoit que les élus implantent les plates-formes n’importe où ». La feuille de route initiale, qui prévoyait que ces espaces poubelles soient tenus à distance des habitations serait imparfaitement respectée, sans que le SMD3 puisse en être tenu responsable. En tout état de cause, elle pourra impliquer qu’on rejoigne la plate-forme la plus proche de son domicile en voiture (et bravo pour la taxe carbone)… si l’on en a une. Michel André pense à ce Périgourdin de 92 ans, dont l’assistante de vie se voit interdite par son centre intercommunal d’action sociale de transporter ses sacs poubelles. « Ce monsieur va devoir payer une autre personne pour qu’elle s’en charge ». Un de ses parents a calculé combien lui coûterait le nouveau mode de collecte des ordures ménagères dans ces conditions : 782 € pour l’année, sachant que l’intéressé perçoit une pension mensuelle de 662 €. Toutefois, d’autres foyers se sont entendu dire que le SMD3 envisagerait d’attribuer deux badges aux personnes en perte d’autonomie, le second permettant précisément aux aides à domicile de s’occuper du transport des poubelles -une intention qui pourrait mécontenter ces employées, ne serait-ce qu’elle créerait la possibilité d’une utilisation abusive du badge de l’employeur.

« Rapatrie-t-on ses poubelles quand les containers sont pleins ? Non »

Ensuite, il apparaît que l’appréciation des volumes de déchets qui seront acheminés à ces points de collecte collective n’ait pas été une préoccupation qui a mobilisé le SMD3, sans compter que la Dordogne, département touristique, voit sa population augmenter notablement en période estivale. « Comment va-t-on recenser les volumes des déchets des touristes ? », sachant que le nombre exact de campings et le nombre exact de gîtes ou locations meublées est mal connu -selon qu’ils s’acquittent ou non de la taxe de séjour, une obligation qui semble mal comprise. En l’occurrence, là où les plate-forme sont déjà implantées, il arrive déjà que les usagers se retrouvent face à des containers pleins. Difficile alors de trouver le ressort de faire marche arrière avec ses sacs d’ordures ménagères… Total : les sacs noirs surtout sont déposés au pied des containers -et les photos de ces dépôts sauvages déboulent à la queue leu leu sur Facebook. Double effet détonant garanti : visuel, polluant. « Seules les villes auront le moyen de faire face à ce phénomène ; les petites communes rurales, qui manquent de moyens, ne le pourront pas ».  D’autant que notre civisme n’aura pas nécessairement besoin qu’on le décourage (voir ci-après l’analyse de l’ancien maire de Beynac Alain Passerieux).

« L’hygiène et la santé des habitants mises en danger »

« Les sacs noirs contiennent tout et n’importe quoi ». En tout état de cause, un mélange de déchets qui, constate Michel André, attirent rats, renards et corneilles. Le tempérament ardent des rongeurs omnivores expose le voisinage à les voir se multiplier ; leur tempérament voyageur, à l’instar des renards et des corneilles au demeurant, à emmener volontiers la nourriture qu’ils ont trouvée dans les alentours -les propriétaires des terrains voisins, agricoles parfois, apprécieront. En admettant que ces stockages à côté ne constituent pas un garde-manger, ils seront de toute manière, dit Michel André, des sources de pollution des nappes phréatiques. En tout état de cause, les animaux en quête de nourriture ou bien le stationnement de ces poubelles à même le sol mettent « l’hygiène et la santé des habitants en danger » -enfants des habitations voisines compris. Aujourd’hui, le SMD3 assure deux nettoyages par an des sites des espaces poubelles, tandis que les communes prennent à leur charge tous les autres. Demain, des garanties seraient prévues avec les entreprises qui aménagent les containers de sorte qu’elles prennent en charge cet entretien. Le risque de pollution serait significativement abaissé avec la présence d’une dalle en béton, ce qui sera le cas des containers en surface ou bien de ceux dits « semi-enterrés », interdits d’être implantés en zone inondable de surcroît. Au passage, les containers « aériens » présentent l’avantage que la commune se passe de travaux de génie civil, dont elle doit sinon s’acquitter pour moitié avec le SMD3. Michel André reste pourtant dubitatif. Même si une convention acte cette veille hygiénique, le président de la SEPANSO maintient que l’on ignore les conditions que les entreprises entendent mettre en place pour remplir cette garantie. Leur « logique » de course à la rentabilité serait susceptible, dans la réalité, de les faire surseoir à cet engagement. « Si elles ont programmé de mobiliser un employé une journée, elles ne prolongeront pas sa mission s’il a besoin d’une demi-journée supplémentaire ».

« Bruit des véhicules : les riverains des containers vont être contents… »

« Non seulement le bruit empoisonne le quotidien, mais il impacte aussi la santé ». Les Périgourdins qui habitent à proximité des plates-formes goûteront celui des voitures des usagers venus apporter leurs sacs de déchets et celui des camions venus vider les containers, notamment quand il s’agira de ceux destinés aux verres. Un nouveau trafic va donc s’inviter à proximité des habitations –« cas fréquent d’implantation des plate-forme » en vertu de l’anarchie qui présiderait au choix de leur implantation- voire de lieux patrimoniaux. Initialement, le SMD3 a pourtant évoqué 500 mètres de séparation avec les maisons.

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« Prix au sac : et les foyers périgourdins dont le volume de déchets est incompressible ? »

« Dans les sacs noirs, il y a du méthane ». Que la fermentation s’active et le risque d’explosion s’accroît, donc le risque associé d’incendie. Pour peu que la plate-forme se situe à proximité d’une maison… les conséquences potentielles s’imaginent facilement. « Or, il n’y a pas de point d’eau près des containers ». Mais ce ne sont encore pas tous les motifs de la fronde que soulève le nouveau mode de collecte des déchets en cours de déploiement sur l’ensemble du territoire de la Dordogne -du jamais vu en France à pareille échelle. L’augmentation attendue du coût pour ce service d’enlèvement des déchets fait également bondir. En impactant inégalement les foyers, mécaniquement -comment des parents d’enfants en bas âge, des personnes en perte d’autonomie, des foyers nombreux et peu argentés pourront-ils espérer abaisser, comme le SMD3 pense les y conduire mécaniquement, le volume de leurs déchets ? Si la production de déchets par Périgourdin (664 kg car 399 396 habitants égalent 257 093 tonnes de déchets par an) n’atteint pas la moyenne nationale (700 kg) -Michel André cite le SMD3- la loi sur la transition énergétique « incit(ait) » le SMD3 à diviser par deux le poids des sacs noirs, d’ici à 2025. « 75% des déchets » qu’y coule l’habitant de la Dordogne « pourraient aller ailleurs », avait détaillé son co-président François Roussel. Or, presque 20% de ceux qui ne devraient pas s’y trouver –« sans compter le verre »- sont recyclables -Michel André referme la citation.

Le directeur du SMD3 va recevoir la SEPANSO Dordogne

« Je préfère toujours la conciliation. Or, le directeur du SMD3 nous reçoit le 1er juillet ». Au nom de la SEPANSO Dordogne, Michel André n’avait pas de retour au courrier qu’il avait adressé le 18 mai au syndicat départemental… jusqu’à hier, lundi 15 juin. Le président de l’association fonde l’espoir qu’il aura les explications sur les sujets qu’il évoquait dans sa lettre du 18 mai. Non seulement il y récapitulait les motifs de la colère que le nouveau mode de collecte faisait naître chez les habitants de la Dordogne, mais il y demandait pourquoi l’exécutif du SMD3 avait prétendu que la SEPANSO avait été associée à la réflexion… quand, au contraire, l’association reproche au syndicat de réfléchir et de décider tout seul. Or, écrivait aussi Michel André, « la constitution de CLIS intégrant des administrés tirés au sort permettrait une cogestion des plates-formes dans chaque commune ». Ensuite, il dénonçait dans sa lettre l’implantation anarchique des points de collecte collectifs, en soulignant une autre conséquence dommageable : ces « terres agricoles ou des bois initialement classés en zone protégée (qui) ont été au passage grignotés ». À croire, selon lui, que le syndicat départemental se préoccuperait avant tout de « rentabilité ». Pourquoi d’ailleurs des personnels responsables n’étaient-ils pas fixés à proximité des plates-formes ? Enfin, Michel André ne voyait pas trace de « contrôle réellement indépendant » de leurs activités.

« Un collectif des usagers en embuscade ? Oui, selon la SEPANSO… et alors ? »

« Qui est derrière le collectif des usagers qui s’est monté ? ». Michel André l’ignore… ou presque. Dans les rangs de la fronde, l’entreprise de récupération a commencé, explique le président de la SEPANSO Dordogne. Si c’est déplaisant, l’affaire reste classique quand un mouvement contestataire prend de l’ampleur, surtout lorsque « un véritable dossier » est en jeu. Or, au seul plan de la sécurité, les problèmes soulevés plus avant (hygiène, santé) concernent bien directement le préfet de la Dordogne, via les services de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP). Sauf que la manœuvre des récupérateurs laisse Michel André de marbre. « La SEPANSO est la seule association à bénéficier de la reconnaissance d’utilité publique ». Autrement dit, c’est le seul ensemble structuré qui garantisse que c’est bien l’intérêt de l’ensemble des habitants de la Dordogne et celui-là seul qui est défendu, sans accointance politique.

Contact SEPANSO : 13 Place Barbacane – 24100 Bergerac Tél : 06 40 60 09 11 et andrejomi44@gmail.com

 

 « C’est l’enjeu participatif qu’il faut désormais prendre en compte » (Alain Passerieux, ancien maire de Beynac)

Alain Passerieux

Alain Passerieux, ancien maire de Beynac (© territoire-magazines.com)

L’ancien maire de Beynac Alain Passerieux a longtemps siégé au syndicat de la collecte et du traitement des ordures ménagères (SICTOM) de la communauté de communes du Périgord Noir. Il souligne que, quand la redevance incitative sera effective, « la tentation sera grande de mettre le plus possible de déchets dans les containers réservés au tri sélectif ». Tentation à laquelle le SMD3 aurait trouvé une parade, avec le déclenchement d’une alerte en cas de remplissage. « Mais on ne fera pas l’économie de… la répression », même si l’ancien élu rechigne fort à utiliser ce terme. La pose de caméras de vidéo-surveillance est, à ses yeux, « une fausse bonne idée ». Vite repérées, elles ne feraient que « déplacer le problème » : on déposera ses poubelles « plus loin, dans le bois ». Surtout, Alain Passerieux croit bien plus aux vertus de la pédagogie, et il voit dans les enfants des vecteurs convaincants puissants. « Il faut expliquer que si vous vous adaptez au nouveau système, vous serez gagnant et que c’est seulement si vous ne vous y adaptez pas que vous serez perdant ». L’angle psychologique aurait d’ailleurs été mésestimé par le SMD3, à propos du quota de sacs attribué. « Il aurait mieux valu en donner un maximum et rétrocéder le prix de ceux qui avaient été économisés » plutôt que facturer un à un ceux qu’on consomme au-delà du quota. « Il faut que les gens soient récompensés de leurs efforts, il faut qu’ils comprennent leur intérêt individuel, celui de leurs enfants, pour comprendre l’intérêt collectif ». C’est que si, depuis les Trente Glorieuses, on a entendu à l’envi que l’ « on vivrait de mieux en mieux »… on a constaté que « ce n’(était) pas le cas ». Le « mieux » ne passerait plus par des biens matériels. « En plus de l’enjeu en termes de communication, il faut prendre désormais en compte l’enjeu participatif ». Car aujourd’hui, si « on a intégré qu’on doit payer pour soi, être bénévole pour contribuer à la vie de la collectivité est loin d’être évident ». La diminution du nombre des associations serait un symptôme de cette dichotomie.

« Isoler le coût des ordures ménagères de la taxe foncière était maladroit »  

« Jusqu’à présent, les gens payaient l’enlèvement des ordures ménagères sans s’en rendre compte : le prix était fondu dans celui de la taxe foncière. Avec la redevance incitative, ils auront une facture ordures ménagères à part ». Alain Passerieux voit là une autre maladresse psychologique, et ce n’est pas le contexte économique et social qui se dessine après le confinement lié à la crise sanitaire du nouveau coronavirus qui va le faire changer d’avis. « On aurait dû continuer à fondre le coût des ordures ménagères dans celui de la taxe foncière ». L’ancien élu redoute en effet que les habitants de la Dordogne retiennent qu’ils reçoivent « encore une facture supplémentaire ».

« Les élus ont voté la redevance incitative car on leur a dit qu’elle était obligatoire »

« Tout le monde a voté le passage à la redevance incitative. On nous a dit qu’elle était obligatoire ». Or, la loi sur la transition énergétique « incitait » sans « imposer ». Alain Passerieux n’est pas certain que, cette nuance connue, le passage à la redevance incitative passerait aujourd’hui.



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