Municipales à Ribérac : sans décision urgente à prendre, Patrice Favard estime qu’il n’y avait pas besoin de conseil municipal pendant le confinement

Patrice Favard

Le maire de Ribérac Patrice Favard, candidat à sa succession (© territoire-magazines.com)

À Ribérac, le déconfinement a coïncidé avec le lancement de la campagne du second tour des municipales, même si, officiellement, elle débute le 15 juin. Chaque jour qui passe creuse les différences entre les trois candidats en lice –Patrice Favard, Nicolas Platon, Philippe Chotard. Sur le fond des programmes, dans la forme choisie pour les défendre. Sachant qu’entre les deux tours, la gestion de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus est aussi un sujet de débat actif. La parole est aujourd’hui au maire sortant Patrice Favard, qui brigue un deuxième mandat.

« Nicolas Faukon n’a jamais été à l’exécutif. Philippe Yaka nous balance son CV long comme un jour sans pain ». Le maire sortant Patrice Favard, qui conduit la liste Continuons ensemble pour Ribérac se dit toutefois compréhensif. « Mes deux concurrents acceptent mal que les maires aient rempilé pour deux mois ». Reste que son empathie ne l’empêche pas de faire un constat : dans d’autres cités de la Dordogne, « ça s’est mieux passé ». L’explication tiendrait à la tradition ribéracoise : « ici, la polémique est un jeu ». Sachant qu’au plan national, si « le gouvernement a fait des bêtises », qu’on ne compte pas sur lui pour le critiquer.  « Qui n’en aurait pas fait ? Je serai le dernier à lui jeter la pierre, sans pour autant avoir aucune accointance politique avec lui ».

« À l’école des sous-officiers, j’ai appris que la chaîne de commandement devait être réduite »

« J’ai fait l’école des sous-officiers et j’ai appris que la chaîne de commandement devait être réduite ». Le maire Patrice Favard, qui, comme tous ses homologues de France, a vu ses pouvoir étendus pour organiser le confinement et le déconfinement, dans un contexte où, de surcroît, les messages du gouvernement évoluaient, cette concentration de la décision est apparue comme la traduction de la réactivité et de l’adaptation qui étaient nécessaires à une meilleure efficacité dans le travail. Pour autant, il se défend d’avoir exercé le pouvoir en solitaire. Oui, le candidat Philippe Chotard, qui emmène la liste Agir pour Ribérac, a bien, au nom de son équipe, fait des propositions pour affronter le confinement, dès que celui-ci a été mis en place. « Le soir-même », Patrice Favard lui adressait un SMS pour que son interlocuteur lui communique sa liste de volontaires. « Je n’ai pas eu de réponse ».

« En présentiel, si une réunion ne permet pas de trancher une question en 1h30, elle ne le sera pas davantage en 2h30 »

« Des dizaines de fois par jour, j’ai été en liaison audio avec les chefs de service de la Ville ». Le plan de continuité d’activité a constitué « une réponse » -à cet effet, Patrice Favard « remercie l’ensemble des personnels administratifs communaux qui se sont mobilisés ». Avec la communauté de communes du Pays ribéracois (CCPR) aussi, le premier magistrat a participé à « quelques réunions en visio’ ». Il retient d’ailleurs que « le télétravail, ça fonctionne ». Sans que ces modes d’échanges puissent toujours remplacer des rencontres réelles, il estime qu’ « ils permettent d’aller plus directement au but ». D’autant qu’ils rendent les attitudes posturales « plus compliquées ». Lui-même a toujours tenté de limiter les réunions « en présentiel » à une durée de 1h30, en vertu du principe que « ce qui n’a pas été tranché en 1h30 ne le sera pas en 2h30 ». Au total, le télétravail lui a appris qu’ « il y avait moins de déperdition ».

« Moi, je reste dans l’administration ; mes concurrents sont dans la campagne. Chacun ses priorités »

« La sortie de crise correspond à la préparation du 2nd tour. Moi, je reste dans l’administration et mes concurrents, dans la campagne, c’est une question de priorité ». Patrice Favard « assume » ce choix, même s’il lui gloutonnera encore du temps, comme pendant le confinement. Période pendant laquelle « Nicolas Platon (qui conduit la liste Ribérac, l’avenir avec vous) et Philippe Chotard n’avaient que ça à faire ». À voir leurs posts Facebook, « Nicolas Platon s’est découvert une vocation de tailleur » quand « Philippe Chotard montrait ses deux colistiers médecins généralistes équipés d’un masque ». Non seulement l’un et l’autre devaient s’occuper, mais avec peu de choses, comprend-on.  « On a raté deux marchés : c’est le seul domaine dans lequel le Premier Ministre ne s’est pas exprimé ». Avec les services de la Ville, Patrice Favard a questionné la préfecture. Fin mai, il n’avait pas connaissance du plan de reprise de l’activité. Fin mai toujours, « le problème de l’école maternelle » l’absorbait. Il cherchait à ce qu’ « au plan administratif, le député (Jean-Pierre Cubertafon -MoDem) intervienne ». Avec les services de la Ville, il s’est rapproché des cafés et des restaurants pour qu’ils puissent étendre leurs terrasses. Bref, Patrice Favard le répète : pour lui, « la campagne commencera plus tard ».

« J’ai actionné tous les canaux d’informations. Désolé, mais il n’y a plus de signaux de fumée pour communiquer »

« Il y a eu beaucoup de critiques à propos de la distribution des masques ». Mais l’information est pourtant passée, maintient-il. Parce que, sans possibilité de contact physique, « le taux de pénétration des outils numériques a augmenté» – Whatsapp, Skype, Facebook… « Les posts ont été vus à peu près 10 000 fois », sachant que, conjointement, les panneaux d’affichage ont servi, qu’il y a eu l’affichage dans les commerces, l’expédition de communiqués de presse. « Désolé, mais il n’y a plus de pigeon voyageur, ni de signaux de fumée ». Et 2 800 masques ont bien été distribués. Sans que Patrice Favard s’étonne : il a en tête qu’une personne informée égale trois personnes touchées. « La Ville a commandé 2 000 masques ». La responsabilité du retard de leur livraison ne lui revient pas. « Ils ont été bloqués à la douane ». En tout état de cause, il a « actionné » un ensemble d’environ 15 couturières bénévoles, qui se sont mise au travail avec du matériel fourni par le Département. « Leurs masques ont été distribués ». Patrice Favard a d’ailleurs accueilli, le premier jour de la distribution, la conseillère départementale Nicole Gervaise. « Avec le nettoyage des rues à l’eau de javel, je me suis fait allumer ». Patrice Favard soutient qu’il a agi en fonction des avis dont il disposait. « Quand les agences régionales de santé (ARS) en ont changé, j’ai arrêté l’opération ». Une opération qu’il avait en outre entreprise précautionneusement. « La concentration en eau de javel était à 1% ». Pour le maire candidat à sa succession, c’était alors « facile de dire : il y a des politiciens irresponsables ». Aussi, il les interpelle aujourd’hui. « Sauf que les gars, vous étiez au courant ? ».

« Au marché, les exposants ont été sélectionnés en fonction de leur proximité de Ribérac. Certes, certains ont pu passer les mailles du filet »

« Quand on a ouvert les marchés, il n’y avait pas de limite, j’ai tablé sur 35 emplacements ». Le lendemain, une note de la préfecture est arrivée, il a fallu « s’adapter ». Patrice Favard pointe que « bon nombre de communes de Dordogne ont ouvert leurs marchés la dernière semaine (du confinement) ». À Ribérac, « en temps ordinaire, il y a globalement 50 emplacements ». Les exposants ont été sélectionnés sur la base de leur localisation géographique. Par ordre décroissant, ceux de Ribérac étaient prioritaires, puis ceux de la CCPR, puis ceux qui se situent dans un rayon de 40 à 50 km autour de Ribérac. Oui, Patrice Favard convient que « certains ont pu passer à travers les mailles du filet ». Dans un deuxième temps, il a relancé le marché non-alimentaire. Sauf qu’ici, le rendez-vous se tient en milieu ouvert. Il a par conséquent dû acheter des barrières et mobiliser du personnel.

« Philippe Chotard avec ses colistiers et le sénateur Cazeau, Nicolas Platon avec ses colistiers et en riant… le 8 mai, on était à des années-lumière du devoir de mémoire »

« J’ai toujours été légitimiste. Quand il y a des consignes, je les respecte. Ça ne fait pas de moi un citoyen béni oui-oui ». Alors « les histoires d’invitation » du 8 mai, pour Patrice Favard, « c’est du pipeau ». Au demeurant, personne ne s’y serait trompé. Il rapporte avoir reçu une première note de la préfecture, restreignant la présence à la cérémonie à « 4, 5 personnes »… avant qu’une deuxième ne lui parvienne, indiquant cette fois « 2, 3 personnes ». Patrice Favard a fixé la commémoration à 17 h parce que le 8 mai était un vendredi, jour de marché, lui laissant craindre, en maintenant le rendez-vous le matin, la formation d’un attroupement contraire aux règles sanitaires. « L’opposition municipale avait été d’accord… puis elle a oublié qu’elle l’avait été ». Toujours est-il qu’à 17h, Patrice Favard a compté « trois personnes de l’autre côté de la route ». Le candidat à sa succession a choisi d’être accompagné devant le monument aux morts par deux présidents d’associations d’Anciens combattants. À un élu d’opposition qui voulait se joindre à eux, il a dit non pour ne pas enfreindre les consignes sanitaires. En revanche, il a invité ledit opposant à venir, en se tenant à distance. Ce n’était manifestement pas la réponse attendue. « Il irait au rassemblement de Nicolas Platon, venu avec beaucoup de colistiers ». Les « rires » du groupe lui ont au demeurant paru peu appropriés à un hommage. « Que le sénateur Bernard Cazeau dépose une gerbe, très bien… mais il était entouré des colistiers de Philippe Chotard ». Dans les deux cas, Patrice Favard retient qu’on était « à des années-lumière du devoir de mémoire ». Autant dire l’injustice qu’on lui fait en lui reprochant de « faire de la politique », lui.

« Si des décisions non urgentes avaient dû être prises, on aurait pu me reprocher de ne pas réunir le conseil municipal, mais il n’y en a pas eu »

« Sur le conseil municipal, on peut aller pinailler, mais avec la loi d’urgence sanitaire, j’avais plus de pouvoirs ». Si des décisions « hors urgence » avaient dû être prises, les deux concurrents auraient pu protester… mais il n’y en a pas eu. Patrice Favard s’est donc limité à « questionner ses services ». Et quand il a exonéré cafés et restaurants de redevance terrasse, « l’opposition municipale s’est associée à la décision : on n’avait donc pas besoin d’un conseil municipal ». Plus généralement, quoi qu’on en ait dit, rapporte Patrice Favard, il « n’a pas voté seul le budget ». Il n’a pas davantage « voté arbitrairement les subventions des associations ». Avec le report du second tour, « on a jusqu’au 31 juillet pour voter le budget ». C’est dire s’il pourrait « le faire voter avant les élections ». Sauf qu’il ne le fera pas. « Il sera voté après le 2ndtour ». De sorte qu’il soit examiné par la nouvelle équipe. Qui sait, au passage, si la chambre régionale des comptes n’aura pas rendu public son rapport d’observations définitives -la question lui a été posée, une réponse prochaine a été annoncée. « Avant, j’étais un menteur, un usurpateur, maintenant, je suis un dictateur qui ne consulte personne ». Or, Patrice Favard précise qu’il a travaillé avec l’adjointe aux affaires scolaires pour la reprise de l’école, avec l’adjoint au commerce pour la reprise du marché. « Je ne vais pas citer De Gaulle : je n’ai pas son âge, mais ce n’est pas à 53 ans que je vais devenir dictateur » (De Gaulle en avait 67). Ce dimanche 07 juin, Patrice Favard annonce un Facebook live « Finances » demain lundi, à 18h30, sans commentaire.

« Il y a 4 pistes intéressantes pour l’abattoir, les contacts avec les professionnels sont avancés »

« J’ai eu une ou deux réunions avec le préfet et les apporteurs au sujet de l’abattoir ». Le sujet ne serait donc pas tombé aux oubliettes, comme ses concurrents le prétendent. « Paradoxalement, on a augmenté le tonnage car certains apporteurs ne vont plus travailler avec Thiviers ». Si, bien sûr, l’abattoir n’a pas retrouvé le niveau d’activité du temps de la présence d’Arcadie, Patrice Favard voit dans cette reprise un signe encourageant pour le site. Il fait d’ailleurs état de « 4 pistes intéressantes », en s’interdisant toutefois de « citer des noms ». Toujours est-il qu’il annonce que « les contacts avec les professionnels sont avancés ». Il a notamment fait une réunion « avec un groupement qui se propose de fédérer les apporteurs locaux ». Réunion à laquelle le président de la CCPR Didier Bazinet assistait, précise-t-il. « On cherche des solutions sur les transports, sur l’évolution de l’activité. Je n’ai pas attendu les leçons de Nicolas Platon surtout, ni celles de Philippe Chotard ». En 2014, Patrice Favard a choisi « d’essayer de (se) battre » plutôt que de fermer l’abattoir, qui rencontrait d’ « extrêmes difficultés depuis 2010 ». Autrement dit, « Messieurs Platon et Chotard, les leçons… non, pas de votre part ! ».

« Je ne suis certes pas le financeur du pôle santé, mais, je suis, avec les financeurs, à l’initiative du projet »

« Aujourd’hui, j’entends une polémique autour du pôle santé, une réalisation qui ne résout rien ». Mais Patrice Favard acte que ses deux concurrents « se félicitent quand même de son existence… tout en prônant une nouvelle structure financée avec de l’argent public ». Patrice Favard, qui indique « être intervenu plusieurs fois » auprès la préfecture pour que la commission de sécurité finisse par passer, « note » aussi que « le Département a vendu le bâtiment à Éric Viller (l’investisseur-coordinateur) pour une dernière extension ». Aussi, il lui semble utile de rappeler que c’est dans son bureau de maire que « la décision de construire ce pôle santé a été prise, le 16 septembre 2018 ». S’il n’est « certes pas le financeur », il est « avec les financeurs, à l’initiative du projet ». Pour Nicolas Platon et Philippe Chotard, « ça dérange, je comprends ! ». Patrice Favard juge qu’il « a eu le mérite de faire qu’en six ans, un pôle santé sorte de terre alors que rien n’était fait depuis longtemps ». Le contraste entre l’inaction et l’action embarrasse ses deux adversaires et « c’est normal ». Un post Facebook d’un colisitier de Philippe Chotard l’a sidéré. « Le Dr Picard a avancé qu’il ne (pouvait) pas être reçu par les agents de la mairie : on est dans le mensonge le plus complet ». Patrice Favard maintient, lui, avoir reçu le médecin « à plusieurs reprises », dont une, fin 2018. « Il m’a menacé de fermer le cabinet médical si je ne le rachetais pas ».

« Je redoute une baisse des ressources des collectivités après cette crise sanitaire. Mon programme sera donc revu, même si cette préoccupation est peu flashy »

« On va revoir notre programme après cette crise sanitaire. Je redoute une baisse des rentrées fiscales, même si je n’en ai pas la certitude ». Par précaution, Patrice Favard s’apprête donc à passer son programme au crible d’ « une vision plus pessimiste » des ressources des collectivités. Au risque de baisser en attractivité ? Certainement, dit-il. « C’est moins flashy, c’est moins sexy… » que ce que ses concurrents peuvent proposer aux électeurs. Mais à l’entendre, c’est le prix qu’il se sent dans l’obligation de payer pour se montrer responsable.

« Au second tour, il faut que les gens aillent voter »

« Le jour du vote, on conservera les masques -même si ce n’est pas obligatoire, et il y aura des stylos à usage unique : il faut que les gens aillent voter ». Les maques qui ont été commandés sont arrivés. En qualité de maire, Patrice Favard rappelle qu’il avait été déjà très vigilant au 1er tour, le 15 mars. « Limiter le nombre de personnes à 100 pour le dépouillement, ça ne m’a pas amusé. Philippe Chotard a fait un scandale, mais il n’a saisi personne ». Patrice Favard sait que son autre concurrent contestait aussi cette limitation mais qu’il s’est montré « plus réservé » : il a, dit-il, préféré regarder faire Philippe Chotard. « Il est plus prudent ».



Categories: municipales2020

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.