Le projet MasKaDom naît parce qu’en réalité, nous ne savons rien des masques que nous portons

MasKaDom

Sur le degré de protection de nos masques, nous ne savons… rien (© Mircealancu_pixabay)

Trois médecins dont les compétences sont reconnues par leurs pairs ont constaté que les citoyens portent des masques dont ils ne savent pas comment ils les protègent du nouveau coronavirus. En effet, l’AFNOR agence française de normalisation– a mis en ligne des recommandations… qui passent abusivement pour des normes. Or, l’ignorance dans laquelle se trouve… confinée la population l’expose à des risques importants-tant au plan sanitaire qu’au plan de la sécurité juridique. Le projet MasKaDom vise à constituer un ensemble de préconisations fondées sur des références scientifiques rigoureuses pour que les citoyens se préservent de ces deux fléaux. À ceux-ci de prendre en main leur destin, en se mobilisant pour finir de financer les coûts incompressibles de l’élaboration de ce guide fait pour eux. Pour mémoire, 10 000 dons de 5 € égalent la somme manquante.

« « Seul le masque nous sauve » : cette… incantation m’a alerté ». Le docteur Jan-Cedric Hansen s’étonne alors qu’elle serve de conclusion à un débat sur lequel il a vu « tout le monde se branch(er) » -une véritable curiosité en soi. Le genre FFP2 fera long feu, mille excuses mais il est très pénible à porter, décidément, un masque chirurgical sera tout de même préférable. En tout état de cause, le pouvoir protecteur du masque ne souffre pas de discussion, quand, pourtant, seuls, distanciation physique et lavage des mains constituent des moyens incontestables de se protéger du nouveau coronavirus. Le Dr Hansen comprend que l’avis qui s’impose se fonde exclusivement sur des « sentiments » –se sentir en sécurité, se sentir confortable avec ce nouvel et sacro-saint équipement qui enveloppe nez et bouche. La médecine de catastrophe est un de ses champs de compétences, elle lui offre un premier angle pour comprendre ce qui est en train de se passer. « Je sais qu’en médecine désorganisée, période notoirement turbulente qui s’accompagne d’une inflation de l’information, la doxa prend le pas sur le discours scientifique ». Le médecin appartient également au groupe d’experts auquel l’Union européenne fait appel en matière de risques NRBC -comme nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. « Or, nous sommes bien dans une crise biologique, en présence d’une attaque qui concerne tout le monde ». Autrement dit, impensable de considérer l’équipement de protection individuel comme un gadget. Au contraire, « il doit être proportionné au risque », ce dernier se mesurant à l’aulne des situations dans lesquelles on se trouve. Sauf qu’à ce jour, chacun d’entre nous claironne que « son masque est génial », sans avancer en quoi… faute de connaître les critères qui permettraient de l’établir.

« Le masque va lui-même accumuler du risque et va devenir un objet contaminant »

« Tout le monde a envie d’agir, d’aider ». En effet, nombre d’entre nous se sont mis dare-dare à confectionner des masques pour les distribuer à leur entourage. Sachant qu’il est soudainement exclu d’envisager l’existence sans cette protection. Au point qu’aujourd’hui, on le porte « alors qu’on est seul et en plein air… alors qu’il est réellement utile quand on est dans un espace clos non ventilé ». Passons sur cette surutilisation absurde pour retenir qu’en tout état de cause, on ne s’en passe plus. « Dès lors, il doit répondre à des caractéristiques et on doit connaître sa durée d’utilisation ». Force est de constater que la question du temps pendant lequel on peut le porter n’est toujours pas un sujet. Pourtant, « le masque va lui-même accumuler du risque et va devenir un objet contaminant ». Dès qu’on le met et qu’on l’ôte… Bref, il y a matière à dire. Les chaînes d’informations en continu le comprennent aussitôt et le Dr Hansen est invité à faire le tour de leurs plateaux pour rappeler que, si « le masque est devenu un talisman », cette haute qualité ne nous exonère pas d’exiger qu’il nous protège pour de bon. Ce « discours innovant » entre alors dans la lumière. Sauf qu’il s’agit aussi d’« un discours de raison ». Or, le genre va mal au contexte désorganisé, et, en effet, on ne l’entendra pas. Le médecin entreprend alors de faire en sorte que nous puissions « fabriquer des talismans qui soient, en plus, efficaces ». Quand, aujourd’hui, on nous indique simplement qu’il y en a des « bien » et d’autres non, et circulez, il n’y a rien à voir.

« Il est urgent de dépasser les avis des experts… et d’obtenir des données scientifiques »

« J’ai proposé au Dr Henri Julien et au Dr Bénédicte Helfer, qui sont mes deux interlocuteurs naturels, de tester les différents modèles qui circulent sur Internet et d’établir un référentiel pour ce masque qu’on a tous envie de faire, au regard de l’usage qu’on en a ». Le citoyen saura ainsi, par exemple, combien de fois il pourra le laver, sachant que si « la lessive tue le virus, on peut se demander si elle ne tue pas le masque avec ». L’initiative MasKaDom naît. Le Dr Bénédicte Helfer, qui appartient à l’institut de maîtrise des risques (IMdR) devient son chef de projet. L’entremêlement de la démarche citoyenne et de la démarche scientifique l’enthousiasme. « Nous produisons des connaissances et nous les mettons à disposition du grand public ». À ce jour, avec ses collaborateurs, elle a recensé sur le web « une vingtaine de tutoriels qui correspondent à une vingtaine de masques différents ». MasKaDom veut « évaluer ces tutos pour caractériser la qualité du support ». Objectif suivant : caractériser les modèles de masques -canard, 2 plis, 3 plis… et sans pliage, avant d’évaluer les tissus -simple, complexe, multicouches. Dans la vraie vie, le citoyen le pioche dans son quotidien : il prend un drap de lit ou une serviette de bain pour y tailler son masque. « Mais toutes les serviettes éponge, par exemple, ne se valent pas ». L’équipe de MasKaDom a déjà fait tester les tissus par la DGA qui les avait listés. « Sur les 9, il y en a eu 3 notamment -des multicouches- qui ont été écartés parce qu’ils empêchaient de respirer… ». De la même manière, on entend, on lit constamment que la durée de vie d’un masque est de 4 heures. « Mais d’où ça sort ? ». En clair, le Dr Helfer juge inévitablement urgent de se pencher scien-ti-fi-que-ment sur cette mesure, variable selon les tissus. « Avec un masque, on ne se protège pas, mais on protège autrui, auquel on épargne des projections de gouttelettes ». Sauf qu’ « en se collant un masque 4 heures sur le visage, on est en droit de se demander si l’on ne stocke pas des virus et des bactéries… dont on peut être curieux de savoir ce qu’ils et elles vont devenir ». Le team MasKaDom met donc en place des analyses de microbiologie pour le savoir. « L’idée, c’est qu’il faut laver son masque la veille avant de le porter, plutôt que de l’exhumer de 10 jours de placard dans son armoire ». Pour rappel, cet équipement de protection se pose pile poil sur les entrées des poumons : le nez, la bouche. Si l’on prend les choses avec le sérieux que mérite le risque de contamination, il est également impératif de procéder à des tests sur les lavages. « Notre équipe s’intéresse donc à l’évolution des qualités initiales du masque après les différents process de nettoyage ». Il s’agit cette fois de déterminer à partir de quel nombre de cycles de lavage celles-ci peuvent être affectées. « En suivant les préconisations de l’AFNOR, y a-t-il un moment à partir duquel les bactéries, le SARS-CoV-2 ou encore le coronavirus E229 passent ? ». On sait déjà que pour des questions électrostatiques, des bactéries accrochent. « L’ANSM -agence du médicament et des produits de santé- indique qu’on lave son masque en enclenchant un cycle à 60°C, d’une durée de 30 mn au minimum… mais, pour ma part, je n’ai trouvé aucune donnée scientifique sur ces chiffres ». Sachant qu’initialement, l’agence évoquait « un palier de 30 mn à 60°C ». Le Dr Helfer s’est remis à chercher l’apport scientifique qui expliquait la modulation langagière… en vain. Total : rien qui soit tangible, neutre pour s’autoriser à penser que « les machines à laver montent réellement à 60°C de température ; et si tant est qu’elles les atteignent, on ignore pendant combien de temps ». Pareille confusion justifie que « le projet MasKaDom teste aussi ces caractéristiques ». Les avis d’experts, personne n’en manque… cette fois, ce sont bien des connaissances scientifiques que l’initiative MasKaDom entend apporter. Même traitement pour le nombre de lavages sur lesquels seuls les fameux experts émettent des avis. « Entre évaluer ce nombre quand les masques sont neufs et quand ils ont été portés, il y a une différence… ». Laver un masque qui a été porté, c’est prendre en compte la charge en bactéries, en champignons, en virus… (qui font partie de notre environnement naturel) qu’il a accumulés. Mais ce n’est pas encore tout ce qu’une démarche scientifique exige… « Nous testons le colmatage et la congruence ». Tout simplement parce que porter un masque 4 heures durant, c’est créer un dépôt de bactéries mortes –« un slime -ou biofilm » – dont une partie va rester campée là. Reste encore la question de la congruence avec le visage -son adaptation. Mal pensée, et le masque « fuite ». Toujours soucieuse de produire de la connaissance scientifique, l’équipe de MasKaDom tient à « faire de l’inter-comparabilité entre les données et les laboratoires ». C’est qu’il faut impérativement déterminer si les résultats obtenus sont reproductibles.

« Les connaissances scientifiques doivent s’affranchir des intérêts financiers »

« Aujourd’hui, nous savons que plus de 80% des articles scientifiques publiés véhiculent de fausses informations ou des exagérations ou bien font état de résultats qui ne sont précisément pas reproductibles ». Le Dr Bénédicte Helfer est catégorique : « les connaissances doivent être assujetties le moins possible aux intérêts financiers ». Le référentiel que MasKaDom entend élaborer est destiné à éclairer le grand public, qui disposera de données sûres qu’on aura pris soin de vulgariser pour qu’il se les approprie. Selon son âge, selon qu’on lave à la machine ou à la main, selon qu’on met un masque 1, 2 ou 3 fois par jour -si c’est plusieurs fois, on devra prévoir un sac de transport pour les équipements propres, un autre pour les équipements sales. L’ « expertise citoyenne » pointe à l’horizon du projet MasKaDom

« Animé de bienveillance, j’ai distribué des masques… mais si un bénéficiaire meurt du SARS-CoV-2, je suis le seul responsable »

« Quand je distribue à des amis des masques que j’ai confectionnés sans me poser de questions sur la sécurité qu’ils offraient, je suis bienveillant ». Pourtant, explique le Dr Jan-Cedric Hansen, le scenario peut basculer dans le drame… et la bienveillance initiale ne plus rien peser du tout. En effet, si un de mes bénéficiaires est contaminé et qu’il meurt du SARS-CoV-2, ses ayant-droits peuvent toujours toquer à la porte de son assureur, il ne leur ouvrira pas. Il expliquera qu’à la place d’un aléa, c’est une mauvaise protection qui a causé la contamination de la victime. S’il est direct, il rappellera que cette dernière « s’est protégée avec rien ». Voilà comment « on va venir chercher ma petite personne ». Mon assureur, que j’appellerai illico enfoncera le clou. Lui, il retiendra que j’ai exposé mon malheureux ami au risque. Malgré mes véhémentes protestations. « Mais j’ai suivi à la lettre les normes AFNOR ! ». Sauf que l’AFNOR n’en a jamais produit… L’agence n’a fait qu’éditer des spécifications. Pour peu que j’aie confectionné tant de masques que, sans y être obligé, je les ai commercialisés, on pourra aussi me reprocher un exercice illégal ou bien de la médecine ou bien de la pharmacie ou encore, plus généralement, d’avoir joué à l’autoentrepreneur qui s’aventure hors des clous. À cette nouvelle charge, va encore s’ajouter celle d’avoir mis en danger autrui, bref, l’accusation suprême : l’intentionnalité. Car « en effet, je n’ai pas pris toutes les précautions requises ». Si j’estime qu’on me témoigne une « injustice totale », je devrai toutefois convenir que « la logique est implacable ». En somme, je suis bel et bien laminé par l’évidence : je suis responsable du drame. Or, le « renforcement de la sécurité juridique » est une des motivations de l’équipe de MasKaDom, et Me Jean-Philippe Carpentier intervient à ce titre dans le projet. Non seulement le conseil recherche donc à mieux protéger les concepteurs de masques d’éventuelles poursuites devant la justice, mais aussi à voir le référentiel s’inscrire « dans un monde d’après, qui protège dans le même temps qu’il responsabilise l’usager ». À ses yeux, dans la démarche MasKaDom, la « responsabilisation » de celui-ci est, demain, capitale. Au point de préfigurer un virage décisif dans l’organisation de notre vie en commun.

« Les citoyens sont invités à prendre leur destin en main »

« Les entreprises et les institutions identifiées comme des soutiens classiques rechignent à abonder notre appel aux dons ». En ayant commencé à commander les masques pour leurs personnels, elles préfèrent éviter de penser qu’elles sont déjà exposées à tomber dans un sacré pétrin. « Sauf qu’une fois qu’on leur a appris qu’elles avaient fait fausse route, refuser de corriger les défauts dont elles ont désormais connaissance, c’est, en cas de pépin, s’assurer de se voir reprocher la fameuse intentionnalité, en ayant fait preuve d’obstination ». Une accusation potentielle à laquelle elles échapperaient dès lors qu’en équipant leurs personnels, elles leur remettraient des masques « qui protègent à 10, 30 ou 250% ». Attention, le référentiel a vocation à déterminer ce pourcentage par rapport au masques chirurgicaux, et non par rapport au SARS-CoV-2. Si ces financiers habituels sont notablement frileux, les citoyens, eux, n’ont aucune bonne raison de l’être. Au contraire, ils sont invités à « prendre leur destin en main ». Histoire de prendre « un risque maîtrisé », c’est-à-dire un risque qu’ils connaissent. Le Dr Bénédicte Helfer insiste. « Notre équipe MasKaDom reste neutre, la science, c’est pour les gens ». Autrement dit, pas question de servir l’intérêt de quelque entreprise commerciale que soit.

« Chacun a sa place dans la vie en commun ; l’expertise citoyenne est légitime »

« Il y a une véritable crise de confiance vis-à-vis de l’expertise ». C’est dire si, pour le Dr Helfer, le stade du désamour des experts est largement dépassé. « Depuis 15 ans, les citoyens ont envie d’autre chose que de leurs avis ». Et ce n’est surtout pas en étant désignés par leurs pairs que lesdits experts auraient quelque chance de renverser la vapeur. « On doit maintenant se préoccuper de savoirs profanes ». C’est-à-dire « laisser une place aux citoyens » dans un domaine qui reste une chasse gardée. Le Dr Helfer appelle à ce bouleversement salvateur. « On met à disposition du grand public des connaissances scientifiques de sorte qu’il développe une expertise citoyenne ». Ce n’est bien sûr pas faire de chacun un scientifique, mais c’est lui reconnaître « une place » dans le monde de la connaissance rigoureuse, aussi. « Avec Jan-Cedric Hansen, nous sommes des citoyens avant d’être des médecins ». L’ambition de mettre en accès libre du savoir au carré pour que la population « non-sachante » le fasse sien est le cœur nucléaire du projet MasKaDom. Ses concepteurs tiennent à encourager l’émergence d’une « expertise citoyenne légitime ». Les personnes qui, comme eux, sont convaincues de cette nécessité, peuvent s’engager dans ce projet participatif ICI.



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