À paraître : « Aurore ou crépuscule Résistons ! », la correspondance de Jean Lassalle et d’un citoyen

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Jean Lassalle signe le nouvel ouvrage Aurore ou crépuscule Résistons ! (DR)

Jean Lassalle continue de s’adresser à l’opinion dans un 5e ouvrage*, qui est annoncé dans les librairies pour jeudi 4 juin. Le député des Pyrénées-Atlantiques (groupe Libertés et territoires) s’y entretient par courrier avec un citoyen imaginaire, qui le bombarde de questions. Moyen de recenser les critiques émises à son encontre par les médias… et d’y répondre, en prenant son temps. Vivante, cette correspondance retient à bord les lecteurs qu’elle embarque.

Dans son nouvel ouvrage Aurore ou crépuscule Résistons ! Jean Lassale nous fait croire à la présence du citoyen imaginaire qui lui écrit. Ses interrogations, on les a déjà entendues ou lues dans les médias. La surprise vient qu’elles sont accompagnées… des réponses du député. On réalise qu’ils s’en étaient passés. L’efficacité de ce nouveau livre tient donc aussi à la situation dans laquelle il place le lecteur, qui s’aperçoit qu’il a été assez distrait pour se contenter d’un repas qui se terminait dès après l’entrée et qu’il est sorti de table sans demander son reste. Aurore ou crépuscule Résistons ! veut lui redonner de l’appétit. Pour restaurer… la chose publique.

Alerte avant l’heure sur le risque de pandémie

La crise sanitaire aurait pu donner un coup de vieux à Aurore ou crépuscule Résistons ! En 320 pages publiées pile au moment où la France se déconfine, pas un hasthtag qui va bien -ni #covid-19, ni #masques ou bien #confinement. Sauf qu’on y trouve pointées des carences nationales qui font précisément écho à des manquements constatés pendant la gestion de la crise -le défaut de préparation (risque de pandémie compris), avec, surtout, celui, général, de « prise en considération » des personnes. Sauf encore que l’heure du bilan des deux derniers mois a déjà sonné et que son tintamarre oblige, au-delà des reproches, voire des accusations, à s’enquérir de trouver des boîtes à idées – et Aurore ou crépuscule Résistons ! en est une, qui, à ce seul titre, mérite d’être ouverte. Or, celles-ci entendent déjà exprimer « l’amour de la France » dont on est précisément en train de penser que finalement, il servirait plutôt bien l’entreprise de ressaisissement général auquel, dans la majorité comme dans l’opposition, on aspire, qu’une réhabilitation de l’affection pourrait tomber à point nommé. Avant que la crise sanitaire bouleverse le pays, Jean Lassalle a prévenu : soit le jour se lève soit il s’éteint, ou bien l’aurore pointe ou bien le crépuscule menace.

Mouvement des Gilets jaunes : un feu mal éteint

Reste que, ces dernières années,  l’invitation au battement des cœurs à l’unisson ne prenait tellement plus qu’on a fini par s’épargner de la lancer : à l’heure où tout s’annonce à grands renforts de tambours et trompettes, les rendez-vous désertés sont du plus mauvais effet. En outre, un an durant, les Gilets jaunes ont martelé qu’ils se sentaient invisibles, sans que l’on ait encore compris comment leur mouvement, entamé pour protester contre une augmentation du prix des carburants, s’est aussitôt enkysté, en virant à la fronde, à la jacquerie, qu’importe, en quelque chose d’incontrôlable. Du jour au lendemain, c’est une contestation globale qui les a animés. Il y avait tant de motifs à se fâcher que, toute seule, la colère a servi de facteur de ralliement. Il suffisait de savoir dans quelle ville se rendre pour défiler le samedi, quel rond-point était choisi pour y camper en semaine. Sur un coup de sifflet des réseaux sociaux, sans se ressembler, sans partager les mêmes priorités revendicatives, les Gilets jaunes se sont agrégés avec un naturel déconcertant. Jean Lassalle y a vu la preuve que, si l’on supporte longtemps de passer sous les radars, ce n’est pas pour l’éternité. Certes, les manifestations ont pris fin, mais le député béarnais voit un feu mal éteint. Faute d’attention, il menacerait de repartir. Si, sous le vacarme d’exigences en tous genres, le cri de désespoir des Gilets jaunes a été étouffé, le ver serait resté logé dans le fruit. Au moins Jean Lassalle peut-il rappeler qu’il avait pris la peine d’aller à la rencontre des Gilets jaunes pour sonder la profondeur du sentiment d’abandon dont ils se plaignaient. Sa curiosité l’a exposé à des critiques acerbes : encore un politique qui trouvait une fenêtre pour entrer sur la scène médiatique, encore un qui cherchait la récupération. Non, Monsieur, votre fonction de député ne peut pas vous abaisser à vous intéresser aux bleus à l’âme quand nous nous attelons à combler le déficit des finances publiques.

Le Prix de l’élection présidentielle

Moins de deux points. Moins de deux points aux dernières présidentielles, un score que d’autres candidats traîneraient comme un boulet. Jean Lassalle n’en rougit même pas. Sa popularité est aussi incontestable que ce misérable résultat qui, au passage, ne l’a pas entamée d’un iota. Ce chiffre riquiqui ne serait pas tombé du ciel. Qu’on se rassure, Jean Lassalle ne s’était jamais rêvé en homme providentiel, même si sa campagne avait viré au chemin de croix. En deux stations, elle s’était avérée irrattrapable. Après les parrainages, que les élus reprirent des mains du candidat au milieu du gué, les médias ont, c’est ballot, oublié de l’inviter. C’est aussi simple qu’humiliant. Mais le Béarnais retient surtout qu’il ne pouvait pas en être autrement, le « système » est solidement verrouillé : allez, sans appareil partisan, glouton en argent, prétendre avoir des idées ; les médias aménagent leurs plateaux ou leurs colonnes, dit-il, pour accueillir ceux sur lesquels il est sérieux de parier car ils en ont sous le pied, la course à l’élection est avant tout une affaire de turfistes.

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Le « système » est à l’opposé du modèle

En surutilisant le terme de « système » pour désigner la cause d’à peu près toutes les plaies françaises, Jean Lassalle prend le risque de tendre une passerelle avec le camp des extrêmes, à droite et à gauche. En effet, depuis des années, les partisans de l’excès se gargarisent du mot, avec une régularité d’horloge. Au point qu’ils passent pour ses propriétaires, qui sait même s’ils n’en sont pas les inventeurs. Motif suffisant pour que le député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques l’utilise, histoire de rappeler que « système » reste au pot langagier commun -personne n’a encore annexé un pan du dictionnaire. Motif intéressant car il l’oppose au « modèle » : s’y trouve inversement tout ce qui est à proscrire. Le « système » devient le contenant de ce que le « modèle » ne peut pas comporter, le déversoir de ce qu’il est urgent à ses yeux de jeter par-dessus bord. À la différence du « système » des extrémistes des deux bords, brandi sans plus d’explication comme un épouvantail, Jean Lassalle insiste : c’est d’une organisation dont il s’agit. En évoquant ses mécanismes, il veut légitimer la charge qu’il sonne. L’élu a acté que l’opinion avait intégré le « système » dans ses discours protestataires et qu’il est trop tard pour l’en dissuader. Mieux vaut désormais se bagarrer pour que celle-ci connaisse sa dynamique. D’où le soin mis à corréler les éléments du paysage qu’il étudie.

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Le député des PyrénéesAtlantiques Jean Lassalle, du groupe Libertés et territoires (DR)

La coexistence des convictions et de la modestie

Le lyrisme des premières pages de Aurore ou crépuscule Résistons ! interroge. Tout cela est bien joli, mais a-t-on déjà vu une ode à la France faire une réflexion politique ? Cette attaque textuelle décalée aiguise la curiosité. Puis la cadence s’accélère  peu à peu, le fond programmatique mord progressivement sur la poésie, l’effort stylistique se réoriente sur le choix de punchlines, scansions de l’idéologie. Toutefois, Jean Lassalle ose soumettre des propositions, en faisant trop état de la modestie de son caractère. Entre ses prises de position convaincues et cette attitude posturale, on aura vite fait de lui reprocher le gouffre qui s’ouvre, alors que leur coexistence se tient. Peut-être ce message est-il le plus complexe qu’il veuille faire passer. Ainsi revient-il sur ses coups d’éclats politiques -chanter dans l’hémicycle, faire une grève de la faim, conserver un gilet jaune sur le dos au mépris de l’injonction à l’ôter de Richard Ferrand, qui le sanctionnera d’ailleurs…- que les médias ont tôt fait de qualifier de coups tout-court à l’heure où la notion d’engagement politique tombe en désuétude, où agir avec ses tripes relève de l’incongruité. Le Béarnais en a au demeurant conçu assez de vexation pour s’excuser de son image « pittoresque ». Il reste un fils de berger, un berger lui-même, et qui sait si vouloir siéger parmi les représentants de la Nation n’était pas, certes, un peu gonflé. Reste que l’on comprend qu’il ne fallait pas s’attendre à ce qu’il piétine le bon sens et son corollaire peu diplomate : le souci de l’efficacité. La démonstration lui fait courir le danger d’entretenir le bâchage en règle, de réactiver le dénigrement personnel, déjà tous deux engagés sans frémir. Jusqu’au moment d’ailleurs où l’entreprise de démolition a basculé dans l’insulte, en faisant état de l’aimantation que ses mains auraient eu pour des chutes de reins féminines. En se contentant de nier fermement ce dont on l’accuse, en avançant que l’infamie a somme toute logiquement succédé à la moquerie, Jean Lassalle prête le flanc à un nouveau reproche potentiel : verser dans le complotisme. Sauf que l’on n’en trouve pas la preuve dans ce 5e ouvrage. À la place, des idées tracent un sillon, libre à chacun d’apprécier si elles l’engagent à penser qu’elles peuvent servir l’espoir de voir poindre l’aurore au moment où le crépuscule risque au contraire de s’imposer.

*Aurore ou crépuscules Résistons ! Le Cherche-Midi 319 p. 17,80 €. Dans les librairies jeudi 4 juin 2020.



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