Reprise : les hôteliers ulcérés de la bienveillance témoignée aux seuls loueurs particuliers

Jean-Luc BOUSQUT UMIH 24 RECADRE 1

Jean-Luc Bousquet, président de l’UMIH 24, a eu la charge d’écrire la colère des professionnels du HCR de Nouvelle-Aquitaine (DR)

En Nouvelle-Aquitaine, les professionnels du secteur hôtels-restaurants-cafés sont en colère. Très en colère. Alors que, malgré la pré-annonce du Premier ministre Édouard Philippe hier, affinant l’horizon des possibles, ils attendent la fin du mois de mai pour savoir quand rouvrir leurs établissements aux touristes, les particuliers sont autorisés à louer leurs hébergements type chambre d’hôtes depuis le début du déconfinement, lundi 11 mai… sans avoir, au demeurant, jamais cessé leur activité, pointent-ils. Le président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) en Dordogne Jean-Luc Bousquet a été désigné pour rédiger un courrier qui récapitule les motifs du ras-le-bol des professionnels… chauffés depuis trop longtemps par les grâces faites exclusivement à ces particuliers. Du secrétaire d’État au Tourisme aux présidents de conseils départementaux, en passant par le préfet de Région, l’UMIH de Nouvelle-Aquitaine a fait de tous les décideurs que la région compte les destinataires de son ire.

« Tout le monde est à la course de sa fiche métier… c’est à qui élaborera la meilleure ». À cette galopade-là, le président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) de la Dordogne Jean-Luc Bousquet ne participera pas. « Ce n’est pas mon truc ». À ses yeux, les fiches métier méritent mieux qu’une surenchère, façon foire aux idées ; et elles doivent être pensées en concertation. « À l’UMIH, on y travaille avec les syndicats ouvriers et elles feront l’objet d’une triple validation des ministères concernés : Santé, Travail, Économie ». Des « chaînes hôtelières » peuvent toujours prétendre qu’elles « ont mis au point » LA feuille de route sanitaire qui va permettre la réouverture des établissements du secteur HCR (hôtels-restaurants-cafés) aux touristes, à l’UMIH24 comme dans toutes les autres fédérations départementales de Nouvelle-Aquitaine, on s’en remet exclusivement à la voie officielle et il se trouve que c’est son feu vert qui, seul, fera autorité. En attendant, le rapport de 26 pages produit, semaine dernière, par des parlementaires de la majorité, qui liste 150 propositions Pour un tourisme à réinventer, est bien loin d’impressionner la profession : des éléments de langage ne font pas une réflexion.

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« Les  chambres d’hôtes non professionnelles mangent le pain des hôtels »

« De toute manière, on est confinés au moins jusqu’à fin mai… donc on a encore le temps de s’appliquer à l’élaboration des fiches métier ». À ce stade, pour ce qui des hôtels, la DIRECCTE en a publié deux : une pour les employés d’étage, une pour les réceptionnistes. « Elles sont minimalistes… », sachant qu’il en existe une 3e qui porte sur la restauration collective et la vente à emporter. Or, de plus, dans le secteur hôtelier, « les deux fiches laissent des brèches ». Par ailleurs, le ministère du Travail tient compte exclusivement des salariés, alors que, dans les établissements du secteur HCR, il s’agit de « garantir la sécurité sanitaire de deux publics à la fois : les salariés et les clients ». Or, selon la formule consacrée, les acteurs du tourisme sont aujourd’hui, de fait, un ensemble composite… et chacun n’est précisément pas logé à la même enseigne. Total : « c’est explosif ! ». Les grâces faites aux seuls AirBnB, Abritel, Le Bon coin, gîtes et chambres d’hôtes paraissent incompréhensibles. Que des propriétaires, pour leur retraite et/ou leurs vacances, exploitent un gîte avec chambre d’hôtes… et ils « mangent le pain de l’hôtel voisin ». Mécaniquement, en somme. « Ce sont des propriétaires individuels ». Un statut qui les exonère de la quasi-totalité des taxes imposées aux hôteliers.  En outre, pour peu que leur bien soit une résidence principale, les voilà assurés de garder pour eux-seuls la plus-value qu’ils ont tout lieu d’espérer sur l’hypothétique fonds de commerce, en cas de vente.

« 28 830 annonces en Dordogne, sachant que chacune propose plusieurs hébergements »

« Quand on est hôtelier sur un territoire, on paie des impôts et c’est bien naturel… mais on contribue à la vie de la cité… ». En Dordogne, propriétaires répertoriés chez AirBnB, propriétaires indépendants de chambres d’hôtes et de gîtes tous confondus, ce sont… 28 830 annonces d’offres d’hébergement qui ont été recensées « à l’instant T »- le logiciel Trackeet permet ce comptage. Sachant qu’une annonce peut contenir plusieurs offres. « Il faut multiplier par 1,5 ou 2, voire plus ». En posant un coefficient multiplicateur de 2, voilà donc presque 60 000 solutions d’hébergement concurrentes aux professionnels dans le seul département de la Dordogne… Pour la Nouvelle-Aquitaine, le nombre des annonces hébergées par la seule plate-forme AirBnB grimpe à 252 000, soit, après application du même coefficient multiplicateur, un effectif d’environ 500 000 solutions d’hébergement alternatives à celles de la filière HCR.

« Pour les hébergements de type chambres d’hôtes, il y a des lois… mais l’État ne les applique pas »

« Quand les chambres d’hôtes sont apparues en milieu rural, elles ont été présentées comme l’opportunité de faire un complément de revenu aux exploitants agricoles. Là, je comprenais ». Sauf que, dans un deuxième temps, la tournure de l’affaire a changé. « On a vu arriver des investisseurs ». Quel qu’ait été leur braquet. C’était l’épouse d’un notable qui, comme on se met au macramé, cherchait à combler son ennui, en tenant un gîte. « Moi, quand j’ai un salarié, je le déclare. Sinon, c’est du travail dissimulé ; et quand j’ai une activité commerciale, je la déclare aussi -sinon, c’est de l’activité dissimulée. Il y a des lois… mais l’État ne les applique pas ».

« En Dordogne, on a soutenu les propriétaires des chambres d’hôtes… et on s’en mord les doigts »

« Peu à peu, les paysans ne louaient plus et on a déploré une pénurie de logements permanents ». Ensuite, la location de ces hébergements non professionnels reste notamment exemptée de TVA. En Dordogne, le Département, qui voyait d’un très bon œil le fleurissement des chambres d’hôtes pour doper son attractivité, s’est même chargé de mettre en place une centrale de réservation via le service Loisirs Accueil (SLA) de son comité du tourisme (CDT). Au moins a-t-elle boosté le concept. « Tout le monde s’est mis à faire des chambres d’hôtes ». Quand la vague décilla les yeux de la collectivité… elle était montée bien trop haut. « Avec les gîtes, qui, en outre, bénéficiaient de subventions, la centrale de réservation du CDT engrangeait des retombées dont le montant sonnant et trébuchant était non seulement très important… mais aussi absolument incomparable avec celui engrangé avec les hôtels ». Las de tirer la sonnette d’alarme, Jean-Luc Bousquet avait cessé de siéger au conseil d’administration du CDT. « Payer des impôts, je suis tout à fait d’accord, et sans motif corporatiste… » mais, pour le dire simplement, le professionnel se sent depuis trop longtemps un peu seul sur ce coup…

La sollicitude de AirBnB qui dispense de curiosité

« AirBnB se charge de la collecte de la taxe de séjour, au prétexte de soulager les maires, en s’occupant lui-même de tout ». On retient que la commune récupère le produit de la taxe de séjour, qui est en moyenne de 1€ par nuitée –« un montant qui représente… peanut’s dans les comptes d’un établissement hôtelier ». On se félicite de la sollicitude de AirBnB. Mais, de son côté, Jean-Luc Bousquet voit « un écran de fumée » car il comprend qu’on perd tout moyen de contrôle du montant récolté. « Aujourd’hui que le déconfinement s’opère pas à pas, un hôtel peut être ouvert, en proposant les prestations d’hébergement et de room service, à condition de se référer aux fiches métier ». Reste que « fiche ou pas fiche », les chefs d’entreprises du secteur HCR « doivent protéger leurs salariés ». Or, c’est l’imprécision qui, dans la vraie vie, fait encore la loi. « A-t-on une obligation de moyens ou bien a-t-on une obligation de résultat ? ». Le président Bousquet pointe aujourd’hui une analogie entre la situation des professionnels du secteur HCR et celle des maires : « leur responsabilité, aux uns et aux autres, est engagée ». Même si l’intervention du Sénat a obligé l’Assemblée à amender la loi.  À l’UMIH de Nouvelle-Aquitaine, la soupape de la cocotte a cette fois sauté.

« Comment croire à un contrôle du respect des dispositions sanitaires… chez des particuliers ? »

« Les présidents départementaux de l’UMIH Nouvelle-Aquitaine adressent ce vendredi 15 mai un courrier au secrétaire d’État au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, au préfet de Région, aux préfets des territoires de la Nouvelle-Aquitaine, au président de la Région, à l’ensemble des présidents des conseils départementaux, à tous les députés et sénateurs de Nouvelle-Aquitaine et à l’ensemble des présidents de ses chambres de commerce ». La soupape a en effet sauté lundi 4 mai, sous l’effet de l’annonce des maires de Nouvelle-Aquitaine, qui « voulaient que les locations ré-ouvrent avec des mesures sanitaires bien éloignées de celles qui vont s’imposer aux professionnels »… quand, en tout état de cause, les hôtels, restaurants et cafés attendront jusqu’à fin mai qu’on leur fixe une date de reprise de leur activité touristique. Et,pour tout arranger, dans les hébergements type chambre d’hôtes, comment croire que le respect de l’application des mesures sanitaires sera contrôlé puisque ces locations relèvent du domaine privé ? « On n’entre pas chez les gens comme ça ! » Entre les propriétaires de locations et les entreprises du secteur HCR, décidément, la partition imposée diffère énormément. « Nous, au nom de la sécurité des personnes, on va respecter les normes et c’est juste ». Le président de l’UMIH 24 Jean-Luc Bousquet est l’auteur du courrier récapitulant les motifs de la colère de la profession, portée par l’ensemble de ses homologues de la région Nouvelle-Aquitaine. « Concurrence déloyale », « économies parallèles »… un chat y est appelé un chat.



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