Vézac : un habitant se dit « trahi » en voyant la pose de conteneurs à déchets à deux pas de sa maison  

Le chantier d’installation des conteneurs à déchets (DR)

Jean-Pierre Souletis est un personnage en Dordogne. À Vezac, où il habite l’ancienne gare de Vézac-Beynac, il assiste ce mercredi 13 mai à un ballet de camions, venus pour les besoins d’un chantier destiné à installer des conteneurs à déchets… « à moins de 20 mètres » de chez lui. Il avait pourtant compris lundi 11 mai qu’il était annulé, après sa rencontre avec -notamment- le maire Jean-Claude Castagnau et le conseiller municipal Christian Robles, pressenti pour lui succéder. Alors que Jean-Pierre Souletis était exceptionnellement absent de son domicile mardi 12 mai, ce dernier est venu « vers midi » remettre à son épouse un courrier annonçant le démarrage des travaux. Dès l’après-midi, l’implantation de trois conteneurs à déchets commençait. Aujourd’hui, la cadence lui a paru s’accélérer.

Dans le cadre de la convention de groupement entre la commune de Vézac et le SICTOM du Périgord Noir, actée le 29 janvier dernier, Jean-Pierre Souletis a eu confirmation que trois bornes de pré-collecte des déchets allaient être enterrées « à moins de 20 m » de son habitation, sise dans l’ancienne gare de Vézac-Beynac. Quand il avait eu connaissance du projet de la municipalité pour aménager des emplacements destinés à la réorganisation de la collecte des déchets, cet habitant bien connu de la Dordogne, dont il est un personnage, avait adressé, le 8 janvier, un courrier au maire Jean-Claude Castagnau. Il y faisait part de son « indignation » face aux « méthodes de la commune » et signalait qu’aucune information n’avait été portée à la connaissance des habitants de son quartier. Il demandait aussi à ce que l’on entende ses « propositions », car la concertation lui paraissait hautement préférable au conflit. « Je n’ai jamais eu de réponse à ma lettre ». En revanche, jeudi 6 mai, l’élu Christian Robles, attendu pour occuper les fonctions de premier magistrat en remplacement de Jean-Claude Castagnau, « est venu apporter » à Jean-Pierre Souletis la copie des documents attestant que le projet suivait son cours. L’intéressé a alors demandé un rendez-vous au maire.

« On m’a reproché d’avoir taquiné une tête de liste aux élections »

« Après un moment de tension, le ton s’est apaisé et je suis ressorti rassuré de l’entretien avec le maire et l’élu qui devrait prendre la relève ». Cette rencontre a eu lieu lundi 11 mai, le matin. Jean-Pierre Souletis, qui était accompagné d’un ami pour le soutenir dans sa démarche, rapporte qu’il était d’autant plus content d’avoir décroché ce rendez-vous qu’il avait finalement été entendu. « Je m’étais engagé à prendre les frais de surélévation des fils qui gênent des manœuvres de camions sur le lieu actuel des poubelles. C’était une épine en moins pour la municipalité ». Autrement dit, Jean-Pierre Souletis certifie avoir dit qu’il était prêt à payer de sa poche l’aménagement du lieu où les poubelles se trouvent aujourd’hui, au lieu-dit La Prade… pour qu’elles y restent. En sortant de la mairie, il « remercie » ses interlocuteurs -le maire Jean-Claude Castagnau, Christian Robles, sa « future adjointe » Sylvie Delbary, mettant la petite humiliation d’un sermon qu’on lui aurait servi « devant témoins » dans sa poche, avec son mouchoir par-dessus. « Christian Robles m’a surtout reproché de l’avoir taquiné aux élections ». Pourtant, la décision d’installer les conteneurs en face du domicile de Jean-Pierre Souletis sera maintenue, après une réunion téléphonique de quelques élus… et futurs élus. « Le nouveau conseil municipal a voté ». Le maire de la commune Jean-Claude Castagnau reste en fonction « jusqu’au 25 mai », date de l’installation de la nouvelle assemblée municipale, mais il explique que, depuis le confinement, il travaille avec la nouvelle équipe. « Toute la liste est passée au 1er tour », ajoute-t-il.

Le maire Jean-Claude Castagnau dit qu’il va « chercher une solution »

« J’ai proposé une solution à Jean-Pierre Souletis ». En tout état de cause, le maire Jean-Claude Castagnau lui indique lors de ce rendez-vous de lundi qu’il va « se renseigner, le jour même ». Quand il est arrivé au rendez-vous, celui-ci était déjà sur place. Oui, dit-il, la discussion engagée avec Christian Robles est alors « vive ». Avant même d’annoncer qu’il allait « tenter de trouver » un emplacement alternatif aux conteneurs, le premier magistrat s’efforce avant tout de calmer le jeu. Il n’a pas le souvenir d’avoir entendu des « reproches » à l’égard de Jean-Pierre Souletis, tout en ajoutant que « peut-être, avant (lui)… » -son arrivée s’entend. C’est après cette rencontre que le « conseil municipal » va se tenir.

Qui décide dans ce conseil municipal où siègent élus, futurs élus ? « Ah, là… »

« Le maire a demandé à ce que l’on change d’emplacement ». La 2e adjointe Sylvianne Quaillet confirme la volonté affichée par le premier magistrat en conseil municipal téléphonique. Et, comme lui, elle indique qu’une impossibilité s’est invitée. « Les positionner près du stade était impossible car c’est une zone inondable. Là où les anciennes poubelles étaient, il y a une ligne téléphonique. On a dit au maire que c’était compliqué ». Elle-même « propose d’annuler ou bien de trouver un autre lieu » puisque cette zone ne convient pas. Le maire intervient de nouveau. « Il n’y a pas d’autre endroit… ». C’est alors que d’ « autres élus et futurs élus » avancent qu’ « on ne revient pas sur une décision prise ». Un des « futurs élus » qui participent à ce conseil municipal défend également ce point de vue, sans pour autant faire partie de l’équipe encore en fonction. Mais qui décide à cette assemblée mêlant deux équipes ? « Ah, là… ». À ce jour, l’adjointe convient qu’elle « n’a toujours pas compris qui est convoqué ou pas » aux conseils municipaux depuis le confinement. En tout état de cause, elle juge que « placer les conteneurs devant chez Jean-Pierre Souletis, ce n’est pas choisir un endroit stratégique ». Et de rappeler que le lieu est « ravissant, presque historique, intact, et que Jean-Pierre Souletis entretient la végétation ». En tout état de cause, la majorité de ce conseil municipal à six, dont deux « futurs élus » sans mandat en cours, décide que le dossier est clos : les conteneurs seront positionnés devant le domicile de Jean-Pierre Souletis.

Vézac emplacement actuel

Emplacement actuel des poubelles à Vézac (DR)

« En aucun cas je n’ai reproché quoi que ce soit à Jean-Pierre Souletis. Je n’ai fait qu’émettre des hypothèses »

« J’étais au rendez-vous avec Jean-Pierre Souletis lundi, comme simple élu ». Christian Robles est catégorique : des insultes, il n’en a pas été proféré. Il se trouve que Jean-Pierre Souletis… n’en a pas fait état non plus : il parle de « reproches ». Non,de reproches, pas davantage. « En aucun cas je ne lui ai reproché quoi que ce soit ». En revanche, l’élu rapporte « avoir émis des hypothèses, sans accuser personne ».  Une chose enfin : il n’a « plus d’estime » pour Jean-Pierre Souletis. En résumé, la page est tournée.

« J’ai attendu la nuit pour rentrer chez moi, pour ne pas voir les travaux déjà réalisés »

« Je rentre tardivement à dessein pour éviter de voir le trou qui a été creusé cet après-midi ». Hier mardi 12 mai, Jean-Pierre Souletis a été averti par son épouse que les travaux avaient été engagés. Il a voulu laisser la nuit dissimuler la preuve qu’on l’avait « trahi ». S’il n’a alors pas encore pris connaissance du courrier qui a été remis à sa femme Michèle, son contenu ne fait pas de doute. « De ce côté de la maison, les bruits remontent ». Sans parler des odeurs peu plaisantes que les poubelles à toute proximité sont susceptibles de dégager. En outre, qui rêve d’avoir face à sa porte des conteneurs à déchets ? « Ma maison va automatiquement subir une décote de 30 à 40% ».

Vézac chantier

Pas trace de panneau de signalisation du chantier (DR)

Des travaux menés en urgence (sans panneau de signalisation, déjà)

« J’ai le regret de vous informer que l’implantation des conteneurs est maintenue (…) Je tiens à vous rassurer sur le fait que les poubelles enterrées présentent beaucoup moins de nuisances (odeurs, bruits) que les poubelles traditionnelles ». Le courrier du maire, daté du 11 mai et remis en mains propres le lendemain à Mme Souletis par l’élu Christian Robles précise que l’entrepreneur sera sur place le lendemain… date à laquelle… on est déjà, et les travaux vont en effet commencer. La lettre du premier magistrat se conclut par un remerciement anticipé : Jean-Pierre Souletis est prié de libérer le terrain sur lequel il a stocké son bois -en prévision de l’hiver, explique l’intéressé. Ce petit service, il n’a, sans surprise, pas eu le temps de le rendre. « Le bois a été dégagé à la va-vite pour creuser ». Aujourd’hui mercredi 13 mai, « les pelles sont en grand renfort ». Sans qu’un seul panneau de signalisation de chantier soit posé, sans balisage de travaux menés sur la voie publique, sans affichage d’un arrêté de circulation ni de permission de voirie. Les équipements de protection individuelle manquent aux ouvriers… avec le masque sanitaire en cette période de déconfinement encadré par la réglementation. Manifestement, il y avait urgence à installer ces trois conteneurs juste devant la maison de cet habitant de Vezac, village de moins de 600 habitants, où l’on compte environ 45 habitants au km2.



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