Covid-19 à Ribérac : « Le cinéma n’a jamais été fermé aussi longtemps depuis plus de 30 ans »

Benoît RECADRE

Benoît veille sur les machines du cinéma Max Linder (DR)

À Ribérac aussi, le cinéma Max Linder est frappé d’obligation de fermeture pour cause de covid-19. La mesure s’est appliquée le 14 mars, après la dernière séance. « Jamais » ce lieu, qui fait aimant sur tout le pays ribéracois, n’avait ainsi dû se retirer du quotidien aussi longtemps. « Jamais depuis 31 ans ». Son co-animateur Benoît imagine une réouverture pour les vacances d’été. En attendant, les machines continuent de tourner pour empêcher que les batteries lâchent, et, sur la page Facebook du Max Linder, le jeune homme poste régulièrement des coups de cœur pour maintenir le contact avec les plus fidèles spectateurs, meurtris. Patience… l’équipe « soudée » que le jeune homme forme avec Vincent et Sylvie devrait prochainement révéler une bonne surprise.

« C’est un choc ». Jamais Benoît, co-animateur avec Vincent du cinéma Max Linder à Ribérac, n’avait vu ses 310 places inoccupées aussi longtemps. La crise sanitaire liée à l’épidémie de covid-19 malmène ce fondu de septième art. Son industrie entière a en effet elle aussi stoppé net : les sorties sont retardées, les tournages sont suspendus, sans qu’une date de redémarrage ne soit encore arrêtée. Aux habitants du Ribéracois qui le questionnent régulièrement, Benoît est incapable de dire quand le 4e plus grand cinéma du département de la Dordogne va rouvrir ses portes. Si, pour sa part, il table sur les vacances d’été, il sait aussi que, dans le métier, « les plus pessimistes » redoutent une reprise nettement plus lointaine, autour du 1er septembre. Pas de quoi démobiliser l’équipe qu’il forme avec Vincent et Sylvie, où l’on se répartit déjà la tâche pour le jour J, celui où le Max Linder redeviendra un point de convergence sur le territoire, un espace commun où les émotions s’entrecroisent.

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« Un petit conseil confinement pour faire patienter »

« En attendant la réouverture du cinéma, j’essaie d’alimenter sa page Facebook, en postant régulièrement un petit conseil confinement cinéma ». Pour tempérer l’impatience des spectateurs, qui cherchent… sans relâche, via SMS, Messenger, mail… à ce qu’on leur fixe l’horizon dont ils manquent, Benoît propose régulièrement ses coups de cœur pour éclairer leurs choix VOD, télé…. Il sait s’écarter de ses préférences -« films du patrimoine, films américains indépendants, cinéma d’art et d’essai ». Ce qui compte, c’est qu’avec le public, le lien ne rompe pas. « Après… une comédie de temps en temps, ça fait plaisir… à condition de ne pas tomber dans le genre Christian Clavier : là, ce n’est pas ma came ». Il n’est pas exclu que ses lecteurs l’aient bien compris.

Au cinéma de Ribérac, pas de… relâche, ici, on… tourne 365j/365

« Le cinéma de Ribérac est ouvert 7j/7 et 365 jours par an ». Oui, les 24, 25 et 31 décembre, le 1er janvier aussi, ici, on tourne. À raison de « 15 ou 16 séances hebdomadaires », avec, pendant les congés scolaires, une de plus par jour. « Nous faisons entre 22 000 et 25 000 entrées par an », bref, « quand on retire les scolaires… ça fait pas mal de monde ! ». Sur l’ensemble du public, 40% sont des abonnés. Benoît pronostique que les portes du cinéma municipal rouvriront pour l’été, une période de fréquentation « importante ». Quoi qu’il en soit, le redémarrage passera par la mise en œuvre de consignes sanitaires – une affaire encore floue : sièges laissés vides à dessein ? Désinfection des lieux après chaque séance ? « Si cette dernière mesure était retenue, nous serions contraints de nous contenter d’assurer une seule séance par jour ». En clair, le moteur risquerait bien de ne pas s’emballer avant longtemps. Et, quand bien même les projections reprendraient pour l’été, Benoît ne croit pas à « un retour à la normale » avant septembre, voire octobre. D’autant qu’il est impossible encore de savoir « avec quels films » on repartira. Comment seront distribués, le Mulan de Disney, le dernier Bob l’éponge (« en eaux troubles ») de Tim Hill, le Kaamelott d’Alexandre Astier et les sorties initialement prévues pour juillet ?  À ces déprogrammations, s’ajoute la suspension des tournages. Total : « il pourrait y avoir une pénurie de films ». Au Max Linder, l’équipe va devoir tenter de récupérer ceux à côté desquels le confinement l’a fait passer, notamment le De Gaulle, le La bonne épouse de Martin Provost avec Juliette Binoche et Yolande Moreau… « Encore faut-il que la VOD ne nous ait pas coupé l’herbe sous le pied ». C’est que le visionnage à la maison « cartonne » : sur le marché, Netflix et Disney sont furieusement gloutons. Pourtant, Benoît reste convaincu que « les gens reviendront » parce qu’ « être les uns avec les autres pour voir une projection sur grand écran, ça ne se remplace pas ». Toutefois, il redoute que le public rechigne à l’idée d’aller au cinéma car… « c’est de nouveau s’enfermer ».

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« C’était les 30 ans de Ciné passion… mais on pourrait réussir à rattraper le coup »

Max Linder Ribérac 2

Benoît, seul au milieu d’une salle du cinéma de 310 places… (DR)

« Il n’existe pas vraiment d’assurance pour le manque à gagner ». Il reviendra à la Ville, qui gère le cinéma, de chercher des solutions pour amortir l’impact économique de la fermeture. L’équipe du Max Linder de Ribérac n’est en tout cas pas au chômage partiel. Benoît est ainsi réaffecté à d’autres missions. Par exemple, le vendredi, il contribue désormais à la bonne tenue du marché. Et, si le cinéma est fermé, le co-animateur continue d’entretenir les machines. « Je les fais fonctionner deux fois par semaine pour que les batteries ne lâchent pas ». Le travail avec l’association Ciné passion, qui fédère 12 salles en Dordogne ainsi que le cinéma itinérant, se poursuit également, via des réunions en visio. « C’était l’année des 30 ans de Ciné passion… ». Le confinement a ruiné le projet de grande fête anniversaire. Sauf que -et voilà la bonne nouvelle- un autre est à l’étude pour ne pas laisser cette trentaine passer inaperçue. « On va tenter de faire une fête du cinéma au dernier trimestre de l’année ». La salle de Ribérac, qui se classe en 4e position, « dans un mouchoir de poche » avec son homologue de Terrasson, qui pointe à la 5e place, souffre d’autant de cette mise à l’arrêt qu’elle « a la chance » de bénéficier d’une dynamique avec les initiatives de deux professeurs de l’option cinéma du lycée Arnaut Daniel, « qui s’investissent beaucoup avec l’association des Ciné-passeurs » : les galons ne se sont pas greffés comme ça aux épaules du Max Linder. Benoît tient toutefois à relativiser sa peine. « Même si je suis un passionné, je sais qu’il y a d’autres urgences : qu’est-ce que la question de la réouverture des salles de cinéma pèse quand on sait le travail qu’accomplissent les soignants, celui des associations caritatives, celui des gens qui continuent de travailler ? ». Voilà pour le réglage du trébuchet des tourments. C’est d’ailleurs aux associations Solidarité ribéracoise et Secours populaire local que toutes les confiseries périssables du cinéma municipal ont été données. « Moitié-moitié, pour ne pas faire de jaloux ».



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