Covid-19  : Floran Vadillo : « Dans la sortie de crise, le gouvernement a déjà perdu sa crédibilité »

Floran Vadillo

Floran Vadillo, président de l’métairie (DR)

Floran Vadillo, bien connu en Dordogne où il occupe la fonction de directeur de campagne de la candidate PS Delphine Labails à la mairie de Périgueux, préside le think tank parisien ancré à gauche L’Hétairie. Il livre son analyse de la gestion de la crise sanitaire liée au covid-19 par le gouvernement Macron. Malgré son effort à intégrer des nuances, expérience d’ancien conseiller ministériel oblige, les reproches qu’il émet sont, selon son propre terme, « durs ».

« On peut comprendre que le gouvernement fasse preuve d’approximation car la crise est inédite… mais pas qu’il occulte des décisions qui s’imposent ». Floran Vadillo n’est ainsi pas de ceux que les messages contradictoires sur le port des masques ulcèrent au motif qu’ils ont été dictés à l’aulne de critères de gestion de stocks. Ce tangage est bien sûr regrettable, mais il reste à ses yeux « compréhensible ». S’il convient qu’ « on aurait pu se préparer », il retient qu’aucune crise sanitaire de cette ampleur n’était jamais advenue. Bref, sans histoire derrière soi, pas de modèle sous la main. En revanche, c’est « ce qui n’est pas fait » qui lui pose autrement question, comme le dépistage massif de la population, tout bonnement « éconduit ».

« Tenue du 1er tour le dimanche, confinement décrété le lundi, un enchaînement gravissime »

« Maintenir le 1er tour des municipales le dimanche et décréter le confinement le lundi soir, c’est gravissime ». Et quelle que soit l’explication qui puisse être avancée. Pareil enchaînement trahit en effet ou bien « un maquillage de la réalité » ou bien de la « précipitation ». Le gouvernement a en tout cas faire comprendre d’emblée qu’il était « incapable de gérer » et Floran Vadillo pronostique des « conséquences dévastatrices à ses décisions ». Oui, on avait des assesseurs qui, le jour du 1er tour du scrutin, avaient enfilé des gants. Oui, les électeurs étaient invités à passer leurs mains au gel hydroalcoolique. De quoi faire s’étrangler le président du think tank L’Hétairie. « C’est juste une blague ! ». En réalité, « la prise de risque a été tout à fait dramatique ».

LIRE AUSSI : Covid-19 et laboratoires : en Dordogne, le Dr Doermann décrit le dépistage sous contraintes

« La haute technicité des sujets, leur caractère anxiogène et, en droite ligne, StopCovid… ça assomme la critique »

« Je reproche au gouvernement à la fois de naviguer à vue et d’être incapable du moindre repositionnement dans la gestion de cette crise alors que, objectivement, des erreurs sont commises ». Difficile d’attendre des chaînes d’informations en continu, focalisées sur la pandémie de covid-19, qu’elles les soulignent : elles adoptent un positionnement qui est « plutôt favorable » au gouvernement. À leur décharge, Floran Vadillo pointe « le défaut d’experts disponibles » puisque ces derniers sont mobilisés par la lutte contre ce nouveau coronavirus. « La course à l’abaissement du temps de cerveau disponible touche même les sites web des titres de presse écrite nationale… qui indiquent le temps de lecture de leurs papiers ». De fait, « comment communiquer ? », sachant que les sujets que la crise sanitaire soulève sont « hautement techniques » et inévitablement « anxiogènes ». C’est dans ce contexte que « StopCovid s’inscrit », l’application de traçage que le gouvernement veut utiliser pour le déconfinement. « Ça assomme la critique ». Hier 28 avril, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé le report du débat devant l’Assemblée de cette mesure d’accompagnement numérique.

« Dans la sortie de crise, le gouvernement a déjà perdu sa crédibilité »

« Dans le même temps, on assiste à la multiplication des fausses informations et au fleurissement des sites web complotistes ». De quoi démontrer, selon Floran Vadillo, qu’il existe « un problème de loyauté de l’information ». À ce sujet, la communication du gouvernement, qui reflète qu’ « il hésite, voire qu’il ment, sciemment ou pas » n’arrange rien du tout. « Face à une incertitude, on constate que l’on cherche à recourir à la rationalité ». Sauf que la gestion de la crise, le plan de continuité d’activité de l’État (destiné notamment à maintenir la chaîne des approvisionnements), le repositionnement de la gestion de crise et la communication sont défaillants. Quant au « conseil scientifique, c’est un échec ». En envisageant aujourd’hui le déconfinement, le gouvernement « ne donne pas envie aux parents de mettre leurs enfants à l’école ». De sorte qu’ils seront empêchés d’aller travailler : si la mesure visait la reprise, eh bien c’est raté, le télétravail est parti pour durer. Sur la ligne d’arrivée, la sortie de crise, « le gouvernement a déjà perdu sa crédibilité ».

LIRE AUSSI : Covid-19 : le témoignage sans fard de Stéphanie, infirmière libérale en Dordogne

« Des idées sont lancées, mais on les enfile comme des perles » 

« Une crise révèle la personnalité d’un homme ». Floran Vadillo a été, auprès du ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, responsable de la cellule de crise pendant les prises d’otages. Il a listé les réactions humaines à ces situations extrêmes : celle de la froideur, voire excessive, qui favorise un « retard à l’allumage » ; celle de l’impassibilité, qui permet une adaptation ; celle de l’excitation, qui « peut faire émerger des idées nouvelles, mais qu’il faut veiller à pondérer »… ou bien, quand elle tourne à la surexcitation, qui conduit à de « l’agitation pure ». Or, dans le gouvernement, il relève que les deux formes d’excitation cohabitent. « Des idées sont lancées, mais on les enfile comme on enfile des perles ». En effet, la commande des respirateurs qui font l’objet d’une bronca chez nombre médecins réanimateurs qui les disent inutiles, voire dangereux dans le traitement des malades covid-19, a été « la solution la moins adéquate ». Toutefois, Floran Vadillo juge que, face à la pénurie de ces matériels, l’intention était de mettre la main sur une « solution immédiate ». Alors qu’il se sait « dur avec le gouvernement », il estime que « ce ne sera pas pire que rien » et, surtout, il reste convaincu que l’idée d’ « être utile » a prévalu.

« Ce gouvernement gère la crise sanitaire en mode opération commando, comme Emmanuel Macron l’a fait pour sa campagne »

« Ce gouvernement gère la crise sanitaire en mode opération commando ». L’opération commando qui a caractérisé la campagne que le candidat Emmanuel Macron a menée, en 2017. Au sein du think tank de L’Hétairie que préside Floran Vadillo, on s’était penché sur cette singularité, et elle avait fait l’objet d’une « note ». Aujourd’hui, sur les conséquences du maintien de ce mode opératoire, Floran Vadillo est implacable. « Le gouvernement s’est affranchi des précautions, ce qui conduit à ce que Emmanuel Macron décide seul dans son bureau ». La question de la mise au point du processus qui amène à une prise de décision rationnelle… ne se pose même pas.

« Jeunesse et compétence, ça ne marche pas. Le risque RN menace, mais peut-être va-t-on se souvenir des vieux routiers républicains de la politique »

« Maintenant, les Français vont réfléchir. Or, force de constater jeunesse et compétence, ça ne marche pas ». Jeunesse et compétence, les deux arcs-boutants idéologiques de la campagne du candidat Macron, sont, pour Floran Vadillo, étrillés par l’épreuve des faits. Surtout que, plus tôt, le Président de la République a été d’ « une telle maladresse » pendant la crise  des Gilets jaunes, qu’il a boosté les discours du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI). Il n’est au demeurant pas étonnant que « Macron choisisse Marine Le Pen comme adversaire pour 2022 : il sait qu’elle n’est pas à sa taille ». Reste que, côté opposition républicaine, en dehors du terrain de la critique, on ne semble guère s’aventurer à faire des propositions alternatives… « En effet, à droite comme à gauche, on ne trouve pas de discours construit ». Avec, à la clé, oui, le risque d’ouvrir « un boulevard au RN ». Non pas, selon le président de l’Hétairie, qu’il n’y ait pas de « talents, à gauche comme à droite » capables d’ « échafauder des plans utiles ». Mais l’opposition n’est « pas audible quand elle bâtit », que ce soit au parlement ou dans les médias. À voir encore la récente affaire Benalla : si elle est au contraire devenue audible, c’était parce qu’elle se situait « dans la critique ». Au total, Floran Vadillo est sûr que « les faits ne donnent jamais raison aux alternatives ». C’est d’ailleurs pourquoi il a fondé le think tank L’Hétairie, où l’on se donne le temps de produire des idées. L’absence de retour politique n’empêche pas qu’on poursuive le travail : ses membres entendent éviter la « regrettable foire aux idées » qui accompagne chaque scrutin, à 6 mois de leur échéance. Déjà, le think tank se félicite d’en voir reprises, au gré d’ « une fenêtre » dans l’actualité -c’est le cas de sa note sur la marche au sujet des transports en commun.

« Outre-Atlantique, les ravages d’une communication habile »

Toutefois, Floran Vadillo tempère ce scénario catastrophe. « Les vieux routiers de la politique vont peut-être revenir ». Outre-Atlantique, l’âge de Joe Biden n’est pas du tout au centre des préoccupations des électeurs. Qui sait si « l’expérience ne va pas incarner la réassurance et être préférée à l’inconnu ? ». Reste qu’aux États-Unis, le socle électoral de Donald Trump ne s’érode pas : « il continue à agiter les codes qui parlent à sa base ». Fort, parallèlement, d’ « une armature néo-conservatrice », Trump apparaît comme « un communicant extrêmement habile ». Total : « le rouleau compresseur néo-conservateur étatsunien est un cas d’école et Trump, en activant l’outil numérique et l’opinion, est le symptôme d’un nouvel ordre mondial ». Ses tweets postés de manière compulsive donnent matière à s’interroger sur une pratique qui concerne la France : l’impulsivité des réactions politiques.

« Aujourd’hui, le politique n’a plus le choix du calendrier ; en revanche, il reste maître de sa communication »

« Je suis surpris par l’impulsivité des réactions politiques ». Il est en outre, selon Floran Vadillo, trop tard pour la déplorer : désormais, « c’est un fait ». Révolu, le temps où le Président François Mitterrand s’offrait le luxe d’attendre deux mois pour démissionner le ministre de la Défense Charles Hernu, alors même que le scandale du Rainbow Warrior occupait tout l’été 1985. « Aujourd’hui, le politique n’a plus le choix du calendrier ; en revanche, il reste maître de sa communication ». La pression des réseaux sociaux, des citoyens, des chaînes d’informations en continu, il doit la subir. D’où la nécessité d’être « exigeant » sur sa communication -un seul impératif a cours : elle doit « être impeccable ». En clair, quand on est aux affaires, il faut « savoir médiatiser la décision politique ». Or, face à la crise sanitaire actuelle, le gouvernement rate la marche. L’opinion a de quoi s’alarmer : qu’en sera-t-il à la prochaine, de quelque nature qu’elle soit ? -la menace terroriste par exemple continue de peser. « La perte de confiance dans l’État » va être une plaie ouverte dans l’opinion française.

LIRE AUSSI : Covid-19 et hôtels-restaurants-cafés : à l’UMIH24, le président Jean-Luc Bousquet « très inquiet » sur le contenu des fiches métier

« L’addition de la crise économique sera payée par les plus précaires »

« Ce sont les plus précaires qui vont payer la crise économique liée à la crise sanitaire ». L’ampleur du désastre économique plonge le pays dans l’inconnu. La question qui occupe avant tout Floran Vadillo est celle des « amortisseurs sociaux ». Au passage, il souligne que réforme de l’assurance chômage et réforme des retraites ont été suspendues. En tout état de cause, « on aura un déficit de l’assurance chômage impossible à combler ».



Catégories :politique

Tags:, , , , ,

Vous souhaitez laisser déposer un commentaire ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :