Abattoir de Ribérac : pour son directeur Nicolas Jarron, « le confinement bloque la concrétisation des pistes explorées »

abattoir Ribérac

L’abattoir de Ribérac, un outil à sauver (© google map)

Deux coups de grisou ont successivement soufflé l’abattoir de Ribérac. Le 14 février, en pleine campagne des municipales 2020, le principal apporteur d’activité Arcadie annonçait son départ au 1er mai… avant de concéder à le différer au 30 juin. Le 6 avril, au beau milieu du confinement cette fois, Arcadie faisait fi de son engagement et entamait son déménagement. Aujourd’hui, le directeur du site Nicolas Jarron explique être obligé d’ « attendre la fin du confinement » pour espérer voir les pistes explorées se concrétiser : impossible, selon lui, de faire une synthèse maintenant.

L’abattoir de Ribérac suscite de grandes inquiétudes. Après que son principal apporteur d’activité Arcadie a subitement annoncé, le 14 février, au cœur de la campagne des municipales, qu’il s’en allait le 1er mai -façon circulez, il n’y a rien à voir– celui-ci finissait par s’engager à reporter son départ de deux mois. Un sursis dont on savait qu’il restait bien court pour se retourner… mais qui allait pourtant encore être brusquement raccourci. En effet, le 6 avril, Arcadie revenait sur son engagement et entamait aussitôt la préparation de son départ. Cette fois, le deuxième coup de massue tombait en plein confinement. Une situation qui, selon le directeur du site Nicolas Jarron, empêche de faire aboutir les pistes de sauvetage explorées, faute, surtout, de pouvoir les agréger.

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« L’abattoir est fragilisé… avec 300 à 400 exploitations qui gravitaient autour »

« On attend la fin du confinement. Si des pistes sont envisagées, rien n’est signé ». Même l’étude lancée par la direction de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) a « été interrompue » en raison de la situation, signale le directeur de l’abattoir Nicolas Jarron. Face au départ tout à trac de Aquitaine Viande Limousin Périgord (AVLP -filiale de Arcadie actionnaire dans la société d’économie mixte à opération unique de l’abattoirSEMOP), qui « fragilise le site… et la filière, soit 300 à 400 exploitations qui gravitaient autour, dont 250 cheptels dans le seul département de la Dordogne », il n’est pas exclu que les éleveurs entrent au capital. « Leur avis a pu évoluer… et certains étudient la possibilité d’investir dans nos murs ». De la même manière, les artisans bouchers pourraient peser davantage au capital… « sauf qu’au moment où ils n’ont pas d’horizon », impossible de les mobiliser pour un autre sujet que celui du maintien de leur activité. « Des réunions se tiennent par petits groupes, chacun dans son coin. Seule la levée du confinement va nous permettre d’en faire la synthèse ». Celles-ci ont lieu spontanément, après celle du maire de Ribérac Patrice Favard avec le préfet de la Dordogne Frédéric Perissat, à laquelle Nicolas Jarron a été associé, en présence d’autres acteurs, comme le président du Département Germinal Peiro, le président de la chambre départementale d’agriculture  Jean-Philippe Granger. « Des gens pour nous aider, il y en a ». Reste qu’aucune autre concertation n’est à ce jour programmée. « J’ignore si c’est à cause de l’épidémie ou pas ».

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« Des appels contradictoires jusqu’à dire : On arrête tout »

« Le 14 février, AVLP ne m’a pas donné de motif au départ qu’il m’annonçait. Quand, le 6 avril, AVLP est revenu sur sa parole, je n’ai reçu aucun appel, ni courrier de Benoît Gagnepain pour me le signifier ». Des échanges téléphoniques ont pourtant bien eu lieu entre le directeur de l’abattoir et AVLP dans les jours qui ont précédé le 2e coup de grisou. Nicolas Jarron se souvient d’une série de d’annonces contradictoires, laissant bien sûr entendre que AVLP baignait dans l’hésitation. Un mauvais signe, sans que toutefois l’actionnaire en vienne à ce qui :le préoccupait. « Un jour, mon interlocuteur chez AVLP me prévenait qu’ils allaient arrêter le veau, mais continuer le tout-bovin… alors que, la veille, c’était précisément l’inverse… ». Jusqu’à ce que le sens du message finisse par être délivré… de manière notablement lapidaire. Charge au directeur du site  Nicolas Jarron de s’en contenter. « On arrête tout ». Parmi les clients de l’abattoir, « beaucoup n’ont pas été prévenus de ce départ à la va-vite ». Il a fallu que le directeur et son assistante règlent d’urgence les questions de transport à froid -étape assurée par la coopérative Univia– et d’abattage -étape assurée par AVLP.

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« Associer les éleveurs à la réflexion sur l’avenir de l’abattoir, ce serait judicieux, mais je n’ai pas de pouvoir de décision »

« Associer les éleveurs à la réflexion sur l’avenir de l’abattoir, moi, c’est mon souhait, ce serait judicieux… mais ce n’est pas dans mon pouvoir d’en décider ». Nicolas Jarron est donc dans une situation bien inconfortable. « Je ne sais pas ce qui sera fait ». Il souligne alors, comme on s’excuse, qu’il est en fonction depuis un an, même s’il travaille au sein du site depuis une décennie. On aurait rêvé meilleures conditions d’installation dans son poste… « Pour moi, c’est dur ». Le dirigeant se limite donc à tenter de pousser ses avis pour que l’abattoir ait un avenir. À la question de la nature des relations entre la coopérative Univia et AVLP, il répond par un constat. « Je pense qu’elle est de même nature que celle de AVLP et de Arcadie puisque Univia est, comme AVLP, partenaire de Arcadie ».

Le directeur va sur la chaîne d’abattage dès que c’est nécessaire

« Aujourd’hui, avec ma collègue au bureau, on essaie que les éleveurs et les bouchers continuent de travailler ». L’abattoir tourne « au ralenti », certes, mais il tourne, « à demi- tonnage et sur la chaîne d’abattage et en répondant toujours au besoin ». Au total, ce sont donc « 7 à 8 personnes » qui sont actuellement affectées à cette chaîne… dont Nicolas Jarron lui-même, qui la rejoint dès qu’il y a besoin de renfort. « On a activé par principe le dispositif du chômage partiel car la moitié de l’effectif a, ou bien exercé son droit de retrait en raison de son état de santé, ou bien, a dû garder ses enfants ». Toutefois, les conditions sanitaires réglementaires sont mises en place, insiste le directeur : salariés distanciés d’un mètre, passage à une personne à la fois dans les couloirs, gel hydroalcoolique à chaque entrée sur site… Côté équipements de protection, c’est « une couturière » qui a dépanné l’abattoir. « Elle nous a offert ceux qu’elle avait confectionnés ».

« Est-ce « psychoter » que de penser qu’on assiste à une espèce de boycott de l’abattoir de Ribérac ? »

« Des éleveurs ont refusé d’aller faire abattre leurs bêtes à Thiviers après le départ d’AVLP ». Non seulement le déplacement aller était trop chronophage et, pour ceux qui font du veau élevé sous la mère, préjudiciable à la qualité de la viande, mais il leur revenait aussi de prévoir le retour : rapatrier les carcasses à l’abattoir de Ribérac. « Aujourd’hui, des bouchers sont contraints de monter à Thiviers pour aller les chercher ». Sachant que « la société qui assure leur transport ne peut pas toujours… ou ne veut pas ». Des manières qui laissent perplexes. À ce point, il y a même matière à se demander si l’indifférence n’a pas des airs de sabotage. « C’est un peu bizarre… Est-ce « psychoter » que de penser qu’on assiste à une espèce de boycott ? ». Nicolas Jarron veut croire que c’est la mauvaise passe dans laquelle se trouve AVLP qui explique ces étrangetés. « Pourtant, sur l’année 2019, AVLP était bénéficiaire… ».



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