Covid-19 et hôtels-restaurants-cafés : à l’UMIH24 le président Jean-Luc Bousquet « très inquiet » sur le contenu des fiches métier

Jean-Luc BOUSQUT UMIH 24 RECADRE 1

Jean-Luc Bousquet, président général UMIH24 (© DR)

Après les annonces d’hier matin 24 avril, le président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) de Dordogne (UMIH24) Jean-Luc Bousquet a le sentiment que le gouvernement a compris que ce secteur était « le premier » impacté par la crise sanitaire. Reste que si, sur des points notables, la première organisation professionnelle du secteur a été entendue, le compte n’y est encore pas. Sachant qu’en outre, la complexité de l’élaboration de fiches métier qui vont cadrer les conditions sanitaires de la réouverture des entreprises a de quoi « beaucoup inquiéter ». Sachant que, cette saison estivale 2020, elles devront se contenter de « 30% de leur chiffre d’affaires »… si reprise il y a… et pour celles qui n’auront pas déjà baissé le rideau – « 30% au plan national ».

Débriefing par les 12 présidents départementaux de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) de Nouvelle-Aquitaine hier vendredi 24 avril, après les mesures de soutien au secteur annoncées le matin par le gouvernement. Le président de l’UMIH 24 Jean-Luc Bousquet acte que l’annulation des charges que l’UMIH demandait remplace bien leur simple report, initialement prévu. Toutefois, la question des charges fiscales notamment reste en pourparlers, avec celle de l’applicabilité des conditions sanitaires de réouverture -les fiches métier– en cours d’élaboration, sachant que la date de la reprise reste inconnue. En Dordogne, la profession s’impatiente : les trésoreries sonnent dangereusement creux.

« En Dordogne, le moral fléchit un peu plus chaque jour »

« Le moral fléchit un peu plus chaque jour ». Dans les hôtels, les restaurants, les cafés de la Dordogne, on répète à l’envi au président de l’UMIH 24 Jean-Luc Bousquet qu’on est « impatient » de reprendre le travail -sachant que des annulations sont déjà tombées et que, dans le cas des entreprises saisonnières, qui ouvraient à Pâques, « on est dans le vif ». C’est que, depuis le 15 mars, « pas un sou n’est rentré ». Or, dans une profession, où, déjà, « il n’y a pas de trésorerie énorme », il faut attendre la fixation d’une date de reprise avec, parfois, la pression d’un découvert bancaire désormais. En Dordogne, les 1 300 entreprises du secteur, qui comprend quelques bowlings, c’est 500 M€ de chiffre d’affaires par an, sachant que « beaucoup sont saisonnières » –tout se joue donc en 6 mois d’activité. Au plan national, « on pense que 30% des entreprises de la profession vont passer à la trappe ». Si le président Bousquet « comprend parfaitement » que, pour se prononcer sur une date de réouverture, le gouvernement se donne 20 jours pour observer l’évolution de l’épidémie du nouveau coronavirus, il sait que « plus tôt on ouvrira, moins de casse il y aura ». En revanche, impossible de disposer aujourd’hui d’un état des lieux précis des situations entrepreneuriales en Dordogne. « La veille économique est exercée par le tribunal de commerce… qui est à l’arrêt ».

« Pourvu que les discussions sur l’annulation des charges fiscales aboutissent »

« Le gouvernement a compris que nous étions le premier secteur impacté par la crise sanitaire ». Et, si l’on s’autorise à parler d’ « avantage » à ce crash,  Jean-Luc Bousquet constate que « les responsables de la Région et du Département ont pris conscience de l’importance de l’activité des hôtels, restaurants et cafés ». De fait, le gouvernement a acté l’annulation des charges sociales alors qu’il évoquait jusqu’à présent leur report. Toutefois, comme tous ses homologues en France, le président de l’UMIH24 compte bien que les pourparlers engagés sur la question de l’annulation des charges fiscales aboutissent. Jean-Luc Bousquet salue aussi la mesure concernant l’annulation de la taxe de séjour au forfait. Reste un gros morceau aux yeux de l’UMIH. Si l’organisation professionnelle salue le réveil des assurances, qu’elle a travaillées au corps, encore faut-il que sa proposition soit validée. « La perte d’exploitation serait prise en charge pour 1/3 par l’État, pour 1/3 par la profession et pour 1/3 par les assurances à hauteur de 85% de la marge brute ».

« Ignorer la date de réouverture est une incertitude de plus, mais je comprends que le gouvernement se donne un temps d’observation »

« Honnêtement, je comprends que le gouvernement se donne une période pour observer l’évolution de l’épidémie, après le déconfinement pour arrêter la date de la réouverture de nos entreprises ». Celle-ci sera de 20 jours après la réouverture des écoles, qui fera elle-même suite au début de la levée du confinement, le 11 mai. Il est donc trop tôt, aux yeux du président Bousquet, pour en déduire que les hôtels, restaurants et café rouvriront fin juin : tout dépendra s’il s’est ou pas formé entretemps de nouveaux clusters. En tout état de cause, « le principe du recours au chômage partiel à la réouverture est acquis ». C’est-à-dire que la mesure va permettre que « les employés perçoivent un revenu complet, même s’il correspond simplement pour moitié à des heures effectivement travaillées ».

« Zéro recette… mais des impôts qui continuent de courir »

« Sur la question des impôts nationaux et des impôts locaux, l’UMIH demande à ce que tout le monde joue le jeu ». C’est que le temps où les hôtels, restaurants et cafés restent fermés, la taxe foncière, la taxe sur les ordures ménagères, la taxe sur les surfaces commerciales, le droit de terrasse, la redevance télévisuelle pèsent toujours…

LIRE AUSSI : Covid-19 et économie : le courtier Gaël Gros analyse vos réponses à « une chute du 10étage »

« La clientèle ne sera pas au rendez-vous, il faut revoir les règles des prêts garantis par l’État »

« En 2021, l’UMIH pense que les entreprises ne seront toujours pas à l’équilibre ». Celles-ci peuvent avoir recours aux prêts garantis par l’État. Mais la première organisation professionnelle du secteur demande à augmenter la voilure. « Aujourd’hui, on peut emprunter à 0,25% sur 25% du chiffre d’affaires, à hauteur de 1 M€ ». Par exemple, l’entreprise qui atteint ce million de chiffre d’affaires peut emprunter 250 000 €. Sauf que l’UMIH pense que « la clientèle ne sera pas au rendez-vous ». Aussi demande-t-elle à relever le plafond à 2 M€ sur 2 ans, en conservant le taux de 0,25%, sachant que la profession redoute aussi le relèvement future des autres taxes. Par ailleurs, l’UMIH défend l’idée de la mise en place d’un fonds d’investissement réservé au CHRD -pour cafés, hôtels, restaurants, discothèques. Autrement dit, un moyen supplémentaire pour emprunter.

LIRE AUSSI : Covid-19 et économie : obtenir un prêt garanti ? Pas si simple pour les commerçants, selon le CDCF 

« Est-ce aider les entreprises qui allaient mal avant la crise que de les laisser s’endetter ? Pour voir des drames humains ? »

« Il est extrêmement complexe de justifier la question d’un assainissement conjoint du marché ». La région Nouvelle-Aquitaine a en effet choisi d’aider les entreprises qui se portaient plutôt bien avant la crise sanitaire. Jean-Luc Bousquet sait qu’une entreprise est aussi composée de pâte humaine. Et c’est aussi la raison pour laquelle il tranche. « Je sais les dégâts qu’une mauvaise gestion peut faire. Au bout, il y a des drames humains ». Le président de l’UMIH24 « voit des gens qui étaient très mal avant le covid-19 ». Or, si « l’éthique voudrait que l’on sauve tout le monde », autoriser les entreprises qui étaient déjà en difficulté, voire en très grande difficulté à s’endetter revient-il précisément à aider ? Répondre en professionnel, c’est aussi répondre en homme, et « ce n’est facile à dire, mais pour ces entreprises très fragiles, il n’est pas raisonnable d’assurer une ligne de trésorerie à 0,25% ». Non pas parce qu’on le ferait au détriment de celles qui se portaient bien avant la crise sanitaire, non. Simplement parce qu’il vaut beaucoup mieux « savoir s’arrêter » que de se mettre sur le dos des remboursements auxquels on ne pourra tout simplement jamais faire face.

« Dans un hôtel avec piscine, faudra-t-il désinfecter les transats à chaque fois qu’un client l’aura occupé ? »

« Je suis très inquiet sur les fiches métier qui sont en cours d’élaboration ». Non pas que Jean-Luc Bousquet remette en cause le principe de rouvrir les établissements en respectant des consignes sanitaires, mais, comme le secteur du bâtiment avec le guide des bonnes pratiques pour redémarrer les chantiers, il se demande comment, en étant « très contraignantes », elles seront applicables. Faudra-t-il qu’un restaurant de 100 places soit autorisé à rouvrir à condition qu’il se contente de 25 ? Dans un hôtel avec piscine, faudra-t-il désinfecter les transats à chaque fois qu’un client l’aura occupé ? Son inquiétude tient aussi au fait que ceux qui élaborent ces fiches métier le font… à Paris. Certes, « théoriquement, les représentants des syndicats de la profession sont associés à leur préparation… ». Sauf que, sur le terrain, les présidents départementaux de l’UMIH « ont fait leur petites enquêtes » et ils peinent à voir comment ces fiches métier pourront prendre en cause le cas de tous les établissements – par exemple celui qui a une petite cuisine comme celui qui en a une grande. Le projet établi sera soumis fin de semaine prochaine au président national de l’UMIH Roland Héguy et à l’ensemble des représentants départementaux. « Les négociations avec les syndicats de salariés ont commencé -exceptés la CGT et FO, qui ne signent plus rien depuis un moment ». La rédaction de ces fiches métier mobilise trois ministères : Santé, Économie, Travail.

« État, collectivités, banques font le job et il va payer… mais le chômage va se creuser »

« Cette saison estivale 2020, je crois qu’on sera à 30% de notre chiffre d’affaires… si l’on repart ». Oui, le président de l’UMIH 24 a vu circuler l’idée qui consistait à repousser les vacances à septembre : du bavardage, voilà tout. « Sans parler politique, on ne peut en revanche pas dire que l’on n’est pas accompagnés ». Bien sûr que, « sur le terrain, c’est plus compliqué » : malgré les mesures déjà prises par le gouvernement, il faudra faire avec « un salarié sur deux au chômage partiel ». Reste que « l’État, les collectivités, les banques font le job ». Aussi, « avec les mesures que l’UMIH demande encore, notamment sur les pertes d’exploitation, on va sauver le plus grand nombre des entreprises ». En revanche, le nombre de chômeurs a fortement augmenté et, au regard des prévisions pour l’été 2020, « on ne pourra pas embaucher des saisonniers comme d’habitude ».



Catégories :politique

Tags:, , , ,

Vous souhaitez laisser déposer un commentaire ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :