Ribérac et covid-19 : à la librairie L’arbre à palabres, un profond sentiment d’« abandon »

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Marcel Giovanetti et Jean-Yves Boucher, les libraires de L’arbre à palabres, à Ribérac (© DR)

À Ribérac, Marcel Giovanetti et Jean-Yves Boucher démontrent qu’une librairie a toute sa place en milieu rural. Certes, la résistance économique de L’arbre à palabres a tenu à la passion des deux libraires. Ils ont en tout cas gagné leur place dans le paysage quotidien des Ribéracois. Aujourd’hui, la crise sanitaire liée au coronavirus les replonge dans l’épreuve. Marcel Giovanetti témoigne des difficultés à surmonter. Et l’idée naît qu’il y a peut-être moyen d’aider L’arbre à palabres à rester bien campé dans le cœur de la cité.

« On est tous dans la m… On est tous abandonnés ». Marcel Giovanetti tient, avec Jean-Yves Boucher, la librairie L’arbre à palabres qui est un pilier dans le paysage de Ribérac, une ancre dans le quotidien des habitants. « Même France 2 et France culture nous ont oubliés… ».

Marel Giovanetti a le sentiment douloureux que « tout ce qui est culture fait l’objet d’une destruction ». Il en conçoit une telle peine qu’il se demande s’il n’y a pas « une stratégie » en route. Devoir fermer L’arbre à palabres pour se confiner quand d’autres commerces considérés « essentiels » restent ouverts… et vendent dans le même temps des livres, en seconde intention, voilà ce que Marcel Giovanetti ne s’explique pas. Que les livres soient d’emblée exclus de la catégorie des produits dont on ne peut se passer le sidère. Il a appelé la préfecture de la Dordogne pour être au moins autorisé à effectuer des livraisons. On lui a répondu non.

« La solution du gouvernement, c’est du surendettement »

« Le gouvernement nous ment ». Le soutien mis en place pour que les entreprises passent le cap de deux mois de chiffre d’affaires fichus par terre (a minima) n’en est pas un véritablement, aux yeux de Marcel. Dès l’instant que « la solution, c’est du surendettement ». Son « impression » se renforce : la culture fait décidément l’objet d’une « volonté de suppression ». Certes, le libraire acte que les deux banques avec lesquelles, avec Jean-Yves, ils travaillent, les ont « suivis ». Occasion de saluer leur adhésion -les prêts demandés ont été octroyés- et le travail de leur comptable, qui a su prendre en charge « le bazar administratif compliqué ». Une professionnelle qui, de plus, « en prend plein la tête » en étant l’oreille de la détresse de Marcel, mais qui s’escrime toutefois à l’ « apaiser »… et y parvient. Reste que la réalité est têtue. « On a emprunté 40 000 €… et 15 000 € sont déjà allés aux fournisseurs ». Par ailleurs, la société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia) n’envisagerait toujours pas de reporter la contribution des libraires au droit de prêt. « C’est 7 à 800 € par an ».

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« Le temps du confinement est aussi celui de l’écrémage dans le carnet de contacts »

« On va faire notre maximum pour tenir ». Les mails qui arrivent à L’arbre à palabres sont, à chaque fois, un encouragement à tenir bon. « Mais on aurait lâché prise si Benoît n’avait pas été là ». Pourtant, Marcel sait que l’arrêt des projections affecte durement le co-responsable du cinéma municipal Max Linder. Côté médiathèque municipale aussi, au demeurant, sa responsable Natacha a cru qu’un drive pourrait être mis en place… avant de devoir oublier l’idée. Le libraire retient que Benoît reste présent, en appui. « Le temps du confinement est aussi celui de l’écrémage… ». Aux plans familial, amical ou simplement relationnel, Marcel Giovanetti a constaté que, de son carnet, il pouvait extraire quelques contacts : ils n’ont pas eu l’idée de faire signe, ils n’y ont plus leur place.

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Pourquoi ne pas envisager des bons d’achats ?

[caption id="attachment_1672" align="aligncenter" width="700"]Larbrapalabres2 L’auteur Geneviève Calleros en dédicace à L’arbre à palabres (© DR)[/caption]

« J’espère que l’on va retravailler le 11 mai… ». Marcel et Jean-Yves sont plus que prêts pour rouvrir à cette date, en respectant à la lettre les conditions de sécurité sanitaire, ça va de soi. C’est qu’il faut urgemment rentrer de la trésorerie. Mais Marcel ne croit pas à un redémarrage instantané de l’activité de la librairie. Il faudra au préalable que la chaîne du livre reparte. Savoir que L’arbre à palabres a « des clients fidèles » est un motif de réassurance. Les deux libraires sont pressés d’entendre à nouveau la manifestation de leur attachement à la librairie. « À titre perso, je suis si stressé que j’ai perdu 3 kg ». De réconfort, Marcel Giovanetti a grand besoin. « Avec le mal qu’on s’est donné pour que la librairie passe en catégorie 2… ». En se hissant dans cette classe, L’arbre à palabres a gagné en crédibilité professionnelle – il bénéficie ainsi des services de presse. Les libraires ont aussi voulu « travailler avec tous les éditeurs », même si, quand ils sont petits, ils entament sérieusement le bénéfice. Il faut notamment payer d’avance les commandes… quand ce n’est pas la livraison. Mais c’est précisément un choix… de professionnels. L’arbre à palabres entend donc bien surmonter la période post-crise, annoncée difficile. Qui sait si la librairie ne va pas envisager de proposer des bons d’achats, de sorte que les clients puissent s’engager fermement à acheter des livres, en apportant tout de suite un peu de trésorerie. En effet, pourquoi ne pas anticiper par exemple son budget cadeaux de Noël dès la réouverture du magasin ? D’autant que, le 11 mai, celui que l’on consacre aux livres n’aura pas été dépensé deux mois durant. À voir, non ?

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