Covid-19 et économie : le courtier Gaël Gros analyse vos réponses à « une chute du 10e étage »

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Gaël Gros courtier en crédit
Gaël Gros est courtier en crédit, au sein de sa société CEPP (© DR)

Gaël Gros est courtier en crédit en Nouvelle-Aquitaine. Sa société CEPP (pour Crédits entreprises professionnels particuliers) située près de Périgueux (Dordogne) a un pied à Bordeaux (Gironde). Ce « facilitateur de crédits » témoigne de l’impact de la crise sanitaire sur ses clients. Il observe que les particuliers semblent plutôt épargnés par le climat d’incertitude qui s’est installé… quand, aujourd’hui, parmi les professionnels, les chefs d’entreprise, avant tout, révisent leurs prévisionnels de trésorerie.

« Un courtier est un facilitateur de crédits ». Avec l’impact de la crise économique liée à la crise sanitaire du coronavirus, Gaël Gros, qui a une expérience bancaire de plus de 10 ans, occupe un poste d’observation stratégique. Sa qualité d’administrateur à la chambre nationale des conseils intermédiaires en opérations de banque (CNCIOB), branche associative d’un millier de spécialistes du crédit, créée en 2011 par la chambre nationale des conseils-experts financiers (CNCEF), lui permet en outre d’affiner son analyse. Enfin, dans le paysage soudain bouleversé de l’économie, entre… sa propre entreprise. « Chaque année, j’enregistrais une croissance de 30 à 40%. Là, c’est un coup d’arrêt ». De fait, « 80% des demandes téléphoniques » se sont brusquement évaporées : « tout le monde est aux abris ». Reste que « les projets ne se sont pas éteints ». Et Gaël Gros a ouvert de « nouveaux dossiers »… pendant le confinement. « Les particuliers ne sont pas aujourd’hui forcément très inquiets ». En tout état de cause, pas au point de remettre en cause leurs projets. Certes, d’aucuns les ont annulés, mais ils sont extrêmement peu – pour sa part, Gaël Gros en compte… deux.

« Les solutions offertes aux professionnels, c’est vraiment… de la dette »

« Les professionnels, eux, manifestent plus d’inquiétude sur l’avenir ». C’est, explique le courtier, que « les solutions, c’est vraiment… de la dette » -que le client s’adresse à sa banque pour obtenir un prêt garanti ou qu’il se tourne directement vers la BPI (pour banque publique d’investissement). Or, souligne Gaël Gros, le recours à ce dispositif de secours « va absorber de la capacité de remboursement ». Pour les entreprises qui n’avaient pas capitalisé, il va falloir « amortir »… et « dans la durée ». De quoi freiner leur développement, reporter leurs investissements. D’autant que « si, en Allemagne, on annule les charges, en France, on les diffère ». C’est bien un coup de grisou qui souffle les entreprises. « Ça met un coup derrière la tête… ». Surtout qu’on ignore quand le moment de la reprise va sonner. Et, même en faisant le pari que la demande ne s’affaissera pas, il y a des structures qui n’en ont pas fini avec la réplique du crash lié au confinement. À l’image du tourisme, secteur économique central en Dordogne : restaurants et hôtels vont devoir faire… sans le chiffre d’affaire qui les fait vivre pour l’année. Alors, certes, ils n’auront pas non plus à payer les salaires des extra’, ni les charges courantes… mais « les plus fragiles » vont-ils résister ?  « Ce qu’il se passe est inédit ».

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Prêts garantis par l’État : les banques « assez compréhensives »… mais seules à décider

« Les banques jouent le jeu, mais ce sont elles qui décident ». Elles seules en effet ont le pouvoir d’accorder… ou pas un prêt garanti par l’État. Pour Gaël Gros, « elles sont assez compréhensives », les banquiers sont « dans leur rôle », tout comme la BPI. Ceux-ci ont trouvé le temps de répondre au courtier, en charge du financement de nouveaux projets. « J’ai quelques dossiers de reprise de commerce ou de rachat d’associés. Ils m’ont donné leur accord ». En revanche, prière d’attendre que « le rush » soit passé pour les traiter. Gaël Gros retient surtout que ses interlocuteurs n’ont pas émis de nouvelles réserves, signes de crispation. Au responsable de CEPP, les professionnels demandent conseil  pour déterminer combien ils peuvent emprunter. L’heure est nécessairement à réviser les prévisionnels de trésorerie… et c’est inévitablement, dans le même temps, celle de la mesure des dégâts. « Je crois que des entreprises ont repris leur activité cette semaine ». Si Gaël Gros « ne lit pas dans une boule de cristal », il observe que, « chez les artisans, les chantiers ont été majoritairement décalés ; peu ont été annulés ». En tout état de cause, il faut prendre le temps de mettre en place les mesures du guide des bonnes pratiques, quand on a le moyen de les appliquer. Le cas des nouveaux chantiers inquiète bien davantage Gaël Gros, qui redoute qu’on se demande si c’est bien le moment de les engager.

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« Les banques ont beaucoup, beaucoup prêté depuis 2 ans… elles pourraient être plus regardantes sur le montant des apports personnels »

« Je pense que l’immobilier va faire figure de valeur refuge ». D’autant que les prix devraient un peu baisser, après s’être « récemment » un peu envolés. « À Périgueux, des maisons à vendre à 500 000 €, il y en avait pas mal ». Toutefois, après que l’autorité bancaire européenne (ABE) a, le 1er janvier 2020, appelé les banques à respecter la règle du tiers d’endettement, « on peut s’attendre à une augmentation des taux, pour limiter leur risque ». Ensuite, Gaël Gros croit que les banquiers « seront surtout plus regardants » sur les montants des apports personnels, pour les particuliers comme pour les entreprises. C’est que « ces deux dernières années, ils ont beaucoup prêté, beaucoup… ». Et « au-delà de la barre des 33%… qui remontait parfois jusqu’à 40% » : ce qui comptait pour elles, c’était « le reste-à-vivre ».

« Là, on est tombé du 10e étage… mais on investit toujours en plein confinement »

« Les gens ne peuvent plus visiter les biens, les chefs d’entreprise sont polarisés sur le moyen de financer leur perte de chiffre d’affaires… Là, on est tombé du 10e étage ». Mais les nouveaux dossiers d’investissement que Gaël Gros a reçus, en plein confinement, lui donnent matière à penser que les acteurs économiques ne sont pas tous K.O. Il a ainsi enregistré de l’investissement locatif, de l’investissement mixte, l’achat d’une boulangerie, des achats de parts sociales dans le négoce et l’artisanat, et même… la création d’un commerce dans la capitale de la Dordogne.

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