Abattoir de Ribérac : Philippe Chotard : « réfléchir avec les éleveurs, les bouchers, c’est le gage de la solution la mieux adaptée »

Philippe Chotard

Philippe Chotard (© territoire-magazines.com)

Après le nouveau changement de pied de l’entreprise Arcadie, l’abattoir de Ribérac doit compter sur une solution encore plus urgente qu’elle ne l’était depuis le 14 février, jour où l’actionnaire ruthénois a annoncé qu’il retirait son activité du site local, qu’il préférait soudain transférer à celui de Thiviers. Au tour de Philippe Chotard, candidat à la tête de la liste Agir pour Ribérac aux municipales 2020, dont la crise sanitaire Covid-19 a différé le déroulement, de s’exprimer. Pour sortir l’abattoir de l’ornière, il estime qu’ « avant tout », les acteurs de terrain -éleveurs, artisans bouchers- doivent peser. L’abattoir a des atouts connus, il propose de les compléter. Sans se priver de demander ce qui a, jusqu’à maintenant mi-avril, été fait pour sauver la structure, mais aussi ce qui a été envisagé pour la dette que va laisser Arcadie, sachant que la subvention de la Région ne lui paraît pas près d’arriver.

« Germinal Peiro a essayé d’utiliser son autorité de président du Département ». Initiative à laquelle Philippe Chotard ne voit rien à redire. Qu’importe si c’est, comme Patrice Favard l’a indiqué, à une réunion à la préfecture de la Dordogne que l’entreprise Arcadie, « poussée dans les cordes » a fini par accorder le fameux « délai supplémentaire » de 2 mois. Qu’importe même que son engagement « oral » ait été acté dans le compte-rendu du rendez-vous, « ce n’est pas un document contractuel ». Philippe Chotard retient qu’ « on a travaillé à la confiance » et que le style était inapproprié avec Arcadie. « On avait déjà péché par excès de confiance » avec le principe du en avant pour que les investissements dans l’abattoir soient publics et que les bénéfices reviennent à l’entreprise privée… « sans aucune contrepartie ». Pourtant « le contrat, c’est la loi des affaires. C’est lui qui vaut ». Quoiqu’en dise le maire de Ribérac Patrice Favard, qui avait répliqué à Philippe Chotard que, dans ce domaine, « ça ne se pass(ait) pas comme ça ». Le problème qui se pose n’est d’ailleurs pas propre à Ribérac, souligne Philippe Chotard. « Des abattoirs municipaux dans ce cas, il y en a d’autres ». La parole donnée ne suffit pas, surtout quand la confiance fait justement défaut. « Je n’en veux à personne. Il faut travailler pour trouver une solution, en se demandant quel abattoir on veut pour Ribérac ». Au lieu de s’écharper pour des peccadilles, comme d’aucuns l’ont fait.

« Il faut travailler avec les acteurs de terrain -éleveurs, artisans bouchers- de sorte qu’on ait la structure la mieux adaptée. C’est une question d’état d’esprit » 

« De toutes les manières, l’échéance du départ d’Arcadie était proche. Alors quelles initiatives concrètes ont été prises jusqu’à maintenant pour chercher à compenser les apports perdus ? ». Sachant que la perte égale 1 000 tonnes… Philippe Chotard se demande si des éleveurs ont été contactés, si l’on a regardé du côté des autres petits abattoirs, comme celui de Chalais « dont Ribérac pourrait récupérer une partie de l’activité », si l’on s’est rapproché des bouchers, dont les collègues pourraient envoyer abattre leurs bêtes sur le site de Ribérac… « Je suis persuadé que la difficulté de beaucoup de petits abattoirs tient au fait qu’on ne réserve pas une place aux professionnels des filières viande et élevage. Au contraire, il faut les impliquer davantage ». Conjointement, Philippe Chotard a une certitude : la commune ne peut pas porter seule l’abattoir. En termes de charge de la dette, d’investissement et tout simplement de gestion, la seule ville de Ribérac est dans l’impossibilité d’assumer. « Il ne s’agit pas pour autant de désengager la commune ». Alors, oui à l’élargissement à l’intercommunalité, prôné par Nicolas Platon. « Mais avant tout, ce sont les acteurs de terrain -éleveurs, artisans bouchers- qui doivent peser ». Si « le public a toute sa place dans le tour de table », il doit s’ouvrir à « ceux qui connaissent l’activité mieux que quiconque ». Surtout, Philippe Chotard veut que l’on remette le raisonnement qui a prévalu jusqu’ici à l’endroit. « Le débat sur la structure juridique doit être la résultante d’un travail collectif qui intègre ces acteurs ». Pour s’assurer que la solution juridique mais aussi financière, sera la « mieux adaptée ». Au total, c’est bien affaire d’ « état d’esprit ».

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« Garantir la traçabilité de la viande, c’est une vraie carte à jouer »

« L’abattoir de Ribérac est respectueux des animaux ». Cette « qualité éthique » est un atout indéniable aux yeux de Philippe Chotard. Continuons dans ce sens, en évitant les transports aux animaux, ce qui préserve dans le même temps la qualité de la viande, mais en s’appuyant aussi sur la structure pour développer les circuits courts. Sans oublier de « garantir la traçabilité » de la viande. À l’heure où l’exigence des consommateurs s’accroît, « c’est une vraie carte à jouer », y compris pour les éleveurs dans la fixation de leurs prix.

« Le rapport annuel de la Cour des comptes, une lecture opportune… »

« On serait bien inspiré de lire le rapport de la Cour des comptes ». Il n’a pas échappé à Philippe Chotard que, dans son rapport annuel 2020, un tome était consacré aux abattoirs municipaux. Même si « la logique financière ne suffit certes pas ». Il y a en effet bien sûr d’autres éléments à prendre en compte, comme la situation locale, la traçabilité de la viande, le bien-être animal. Reste que l’institution de la rue de Cambon fait notamment état (page 19) de « la place réservée aux professionnels », en pointant « les abattoirs publics tombés sous la coupe de grandes entreprises ». Nulle intention, chez Philippe Chotard, de « blâmer les élus locaux dans leurs efforts », mais, ils se sont précisément concentrés sur une seule entreprise dominante… « qui fait comme elle veut ». Aujourd’hui, Arcadie « choisit de partir… sans préavis et sans indemnités ». Scénario connu ailleurs, las. Que l’on ne compte pas pour autant sur Philippe Chotard pour « aller chercher des responsables ». Même si, la faiblesse de l’apport d’Arcadie au capital, que Nicolas Platon a soulignée, révélant son montant, pose bien également question. Pour Philippe Chotard, un montage qui n’est pas conçu de sorte qu’un apporteur ait lui-même intérêt à ce que l’outil soit pérenne a de quoi… surprendre.

« Que prévoit-on pour récupérer la dette que Arcadie va laisser ? »

« En tout cas, il va y avoir une dette liée au départ d’Arcadie ». Or, Philippe Chotard a le sentiment prégnant que la Région n’apportera pas la subvention de 80 000 € qu’elle a votée car, juridiquement, la SEMOP (société d’économie mixte à opération unique) n’est pas au carré. Des interrogations notables ont en effet la vie dure. « Il semble que tous les actionnaires n’aient pas libéré leur part de capital… Est-on donc toujours en régie municipale ? ». En tout état de cause, toute la dette d’Arcadie va incomber à la commune qui a souhaité ou bien une régie municipale ou bien la SEMOP dans laquelle elle est seule. Bref, « comment va-t-on la récupérer ? » À cet effet, « que prévoit-on ? Que va faire le Département ? ». Des réponses sont à dégager en urgence, si l’on tient à la survie de l’abattoir. Or, il semble à Philippe Chotard qu’ « il n’est pas trop tard ».



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