Covid-19 : en Dordogne, les syndicats du bâtiment (très) réservés sur le guide des bonnes pratiques pour les chantiers

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Le président de la FFB24 Christophe Riou et le président de la CAPEB24 Frédéric Liogier estiment que les conditions de la reprise des chantiers ne sont pas réunies (© territoire-magazines.com)

 Maintenant qu’un guide recense les bonnes pratiques pour reprendre les chantiers du bâtiment en pleine épidémie de Covid-19, les présidents des syndicats professionnels de la Dordogne actent qu’ils ont (enfin) connaissance de solutions pour que l’activité économique redémarre… Ce référentiel permet aux artisans et chefs d’entreprises du bâtiment d’apprécier en pleine conscience s’ils peuvent reprendre des chantiers. Sachant que, dans le même temps, à l’unisson, le président de la confédération des artisans et des petites entreprises du bâtiment de la Dordogne Frédéric Liogier (CAPEB 24) et le président de la fédération du bâtiment de la Dordogne Christophe Riou (FFB 24) doutent beaucoup, beaucoup de la faisabilité des préconisations recensées dans ce guide. 

« Un peu compliqué à mettre en œuvre… ». C’est, exprimée avec tact, l’appréciation que porte le président de la CAPEB24 Frédéric Liogier sur l’applicabilité dans la vraie vie des mesures édictées dans le guide des bonnes pratiques pour garantir la sécurité sanitaire des compagnons sur un chantier. Et de citer en exemple, parmi celles-ci, l’autorisation préalable que le chef d’entreprise doit demander aux clients… par téléphone immanquablement. Ou bien encore celui de la désinfection virucide et bactéricide du chantier, exemple peut-être encore plus parlant. « Il faut un produit spécial… qui est, aujourd’hui, en rupture de stock… ». Autre illustration : celle des gants dont les compagnons doivent être équipés. Le président de la FFB24 Christophe Riou vient de l’évoquer, mais mieux vaut deux fois qu’une, histoire que tout le monde palpe la réalité. « Aujourd’hui, le personnel de santé court déjà après les gants… alors nous, comment on fait ? » Total : même point de vue, exactement, entre le président de la CAPEB24 et son homologue à la FFB24, il est « hors de question d’intervenir » si les conditions ne sont pas au carré. D’autant, rappelle Christophe Riou, que c’est bien « le chef d’entreprise qui s’engage, sur l’honneur » pour attester que les conditions sanitaires de réalisation d’un chantier sont réunies –« y compris au plan pénal ». Toutefois, aucun des deux responsables ne veut verser dans le bashing. « Ce guide est un bon signe ». Simplement, tous deux expriment comment il peut être effectivement utile. Et il s’avère que c’est… en attendant. « Il faudra de nombreux mois pour que le bâtiment s’adapte ».

LIRE AUSSI : Covid-19 : le président de la CAPEB Dordogne Frédéric Liogier refuse que ses entreprises soient  « tenues responsables de mettre le pays à terre »

« On va mettre des années et des années à se remettre de cette crise »

« Des chantiers publics ont fait l’objet de fermetures administratives ». C’est la situation du chantier du centre hospitalier de Périgueux, qui n’est pas un cas isolé, dans le périmètre du Grand Périgueux. Christophe Riou ajoute qu’il faut avoir aussi en tête que « beaucoup de fournisseurs sont à l’arrêt », comme Saint-Gobain, un nom qui parle à tous. « Aujourd’hui, il n’y a pas plus de 10% des entreprises du bâtiment qui peuvent travailler ». Pas de quoi l’empêcher de penser que « ça peut évoluer » -dans le bon sens, s’entend. Reste qu’il ne faut pas se mentir. « Aujourd’hui, la situation de nos entreprises est dramatique ». Côté CAPEB 24, on va peut-être plus loin. « On va mettre des années et des années à se remettre de cette crise ». Chefs d’entreprise et salariés sont sur le même radeau bien sûr. En effet, même avec le soutien du dispositif de chômage partiel, les salariés passent d’un revenu net de 1 800 € à 1 400€. Le manque à gagner est substantiel. Et il ne dissipe pas la peur. « Les salariés redoutent de ramener le virus chez eux ».

Pour les dispositifs de soutien, prière d’aller au-delà des messages télé

« Le cautionnement ne va pas suffire pour le financement ». Le secrétaire général de la FFB 24 Christian Monti fait état de l’accompagnement des entreprises par les banques, qui serait, en pratique, à la fois moindre, mais aussi moins automatique que la communication diffusée en boucle à la télévision le laisse penser. Côté CAPEB 24, Frédéric Liogier souligne de son côté qu’il est utile de lire le détail des mesures de soutien annoncées. Ainsi, la prime de solidarité est un dispositif qui exige que « le montant du bénéfice de l’entreprise n’excède pas 60 000 €… en incluant le revenu du chef d’entreprise ». Bref, il faut tout lire.

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Nouvelle-Aquitaine et Dordogne : grande majorité des entreprises sur pause

« La DIRECCTE indique que 85% des entreprises de Nouvelle-Aquitaine sont fermées, et environ 90% en Dordogne ». De son côté, la CAPEB 24 a mené une enquête auprès de ses adhérents (plus de 700) qui lui donne un taux d’arrêt de 92%, sachant que 50% rencontrent des problèmes d’approvisionnement, renchérit la secrétaire générale de la CAPEB 24 Magali Tournier. Côté FFB24, Christophe Riou rappelle qu’avec la CAPEB24, « les deux fédérations représentent environ la moitié des entreprises du bâtiment du département ». En clair, les chiffres qui sont compilés commencent à donner une idée du paysage économique du bâtiment proche de la réalité…

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FFB24 et CAPEB24 raccords sur la priorité de la santé : « Oui à une reprise, mais les conditions ne sont pas réunies »

« On ne fait pas une reprise pour une reprise ». Christophe Riou est encore raccord avec Frédéric Liogier. Et, comme l’avait déjà fait savoir le président de la CAPEB24, le président de la FFB24 martèle à son tour qu’ « un syndicat n’a pas vocation à imposer la marche à suivre ». L’unité des deux fédérations est exceptionnelle, « le prosélytisme pour sa chapelle » est bien, bien loin des préoccupations du moment. C’est donc toujours de concert que présidents Liogier et Riou « incitent à la prudence », en rappelant qu’ils restent en lien avec leurs adhérents. Un message de conclusion pour deux. « Oui à une reprise, mais pas à n’importe quelles conditions, et surtout pas en faisant courir un risque à la santé des compagnons et des clients. Aujourd’hui, elles ne sont pas réunies ». En revanche, bien sûr que c’est « toujours oui » aux chantiers qui répondent à des urgences.

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