Covid-19  : Dr Alain Godart : « les médecins généralistes s’inquiètent du sous-emploi de leurs compétences »

Dr Alain Godart

Dr Alain Godart, médecin généraliste à Boulazac-Isle-Manoire, représentant MG France en Dordogne (DR)

Alain Godart est médecin généraliste près de Périgueux. Depuis le jour 1 du confinement, son cabinet de Boulazac-Isle-Manoire, s’est notablement vidé. En pleine épidémie de Covid-19, il tourne « au quart ou au tiers de son activité habituelle » – soit le niveau moyen, au plan national, du ralentissement. Pourtant, « les généralistes travaillent beaucoup » : entretiens au téléphone avec leurs patients, réponses aux « alertes » Covid-19, et « nombreuses » téléconsultations … sans qu’elles soient systématiquement facturées. Une compensation de la perte de leurs chiffres d’affaires est en cours de négociation avec l’Assurance maladie, mais pour celui qui, avec le Dr Gérard Bossevain de Creysse, représente le syndicat MG France en Dordogne, « ce n’est pas la première priorité » des généralistes. Le « sous-emploi » actuel de leurs compétences les tourmente autrement. Il s’inscrirait dans la tendance à concentrer les soins à l’hôpital.

« Dans cette période d’épidémie de Covid-19, paradoxalement, on s’inquiète plutôt de notre sous-activité et du sous-emploi de nos compétences ». Si le ministre des solidarités et de la Santé Olivier Véran a, mercredi 1er avril, déclaré au Sénat que des négociations étaient engagées avec l’Assurance maladie autour d’une compensation de leur perte de chiffres d’affaires, « ce n’est pas notre première priorité », insiste le Dr Alain Godart, médecin à Boulazac-Isle-Manoire, également représentant du syndicat MG France en Dordogne, avec le Dr Gérard Bossevain de Creysse.

« On observe une baisse de trois quarts, deux tiers de l’activité… mais on ne jardine pas ! »

« Quand la phase 3 a été déclenchée, on s’est tous documentés sur la téléconsultation, les personnels autorisés ou pas à travailler, le moyen de trouver des masques, des lunettes, du gel hydro-alcoolique ». Il se trouve qu’en Dordogne, les généralistes ont eu un peu de temps pour se préparer à l’épidémie : aujourd’hui toujours, « notre département paraît plutôt épargné par le Covid-19, en comparaison de territoires comme la Meurthe-et-Moselle ». Mais, dès le confinement décrété, les patients ont été invités à différer leurs consultations de routine. Total, « nous sommes à un quart ou à un tiers de l’activité habituelle ». Toutefois, précise le Dr Godart, merci de ne pas en déduire que « les généralistes jardinent ».

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« Quand j’ai vu un patient Covid-19, je change tous mes vêtements. C’est vraiment du bricolage »

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Le 16 mars, il restait des masques périmés au Dr Godart… (DR)

« Nous faisons beaucoup de téléconsultations, sans toutes les facturer ». Déjà, pour nombre de généralistes, « la téléconsultation, c’est nouveau ». Le Dr Godart lui-même a dû « apprendre à facturer ». Le plus délicat reste toutefois d’apprécier le moment à partir duquel la réponse du médecin devient une consultation. Est-ce que délivrer un arrêt de travail en fait une ? Et délivrer une ordonnance demandée par téléphone ? « On n’a cependant pas supprimé complètement les visites à domicile »… sauf qu’en cas de suspicion de Covid-19, les généralistes se sont vus priés de ne pas se déplacer. Conjointement, « c’est vrai qu’on est sous-équipés ». Pas de charlotte, pas de sur-blouse… « Quand j’ai vu un patient contaminé au Covid-19, je me change de pied en cap pour laver mes vêtements. C’est vraiment du bricolage ». Pourtant, le Dr Godard s’estime privilégié : au déclenchement de la phase 3, il lui restait des masques périmés, des lunettes qui dataient de la crise du virus H1N1. Pour le gel hydro-alcoolique, il s’est « fait dépanner ». Les médecins qui avaient, le 16 mars, renouvelé leurs stocks de masques et de charlottes sont, ajoute le Dr Godart, « minoritaires ».

« Les actes directs très ralentis aux Urgences »

« Depuis le 16 mars, en Dordogne, les services d’urgences sont vides ». Attention, ce sont des « actes directs » dont le médecin boulazacois parle. Si la population a été invitée à différer ses consultations de routine chez les médecins généralistes, elle a en effet aussi été invitée à éviter, sauf motif sérieux, d’engorger les services d’urgences. « Aujourd’hui, on s’y réunit pour déterminer si la vague épidémique arrive ».

« Pour assurer la régulation des officines qui vont surveiller les patients Covid-19 à domicile, on préfère des étudiants à des généralistes »

« L’impression d’être sous-utilisés nous rend plus perplexes que la chute des chiffres d’affaires de nos cabinets ». La perplexité n’est au demeurant pas propre aux généralistes de la Dordogne. Qu’on leur préfère aujourd’hui des étudiants pour assurer les régulations qui sont en train de se mettre en place –au CHU de Bordeaux pour la Dordogne– pour surveiller les personnes contaminées par le Covid-19 à leurs domiciles renforce leur sentiment d’être « incompris » par l’hôpital public. « Nous, nos patients, on les connaît ». Sans compter que « ces officines, c’est très coûteux ». Toutefois, localement, les généralistes se fédèrent pour monter au front de l’épidémie malgré tout. « Dans le Grand Périgueux, on va tenter de monter un centre de diagnostic ». Le dispositif est destiné à faire face à un potentiel afflux de patients Covid-19. Il permettrait d’évaluer le degré de gravité de la maladie, pour décider de la nécessité d’une hospitalisation.

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« Le conseil scientifique n’a qu’un seul défaut : il ne nous connaît pas »

« La prise en charge de la communication est relativement bonne. Côté information, c’est à peu près cohérent ». Le mérite en reviendrait surtout à la qualité du conseil scientifique qui entoure le Président de la République Emmanuel Macron. « Ce conseil n’a qu’un seul défaut : il ne nous connaît pas ». C’est que si l’on prie la population de ne pas se rendre chez les généralistes, dans le même temps, on lui dit « allez chez votre pharmacien ! ». Pour le Dr Godart, « il y a un loupé ». De nouveau, celui-ci le considère dans l’air du temps, qui voit « la médecine administrée » prendre une part grandissante. Un choix qui, à l’heure où le manque de médecins est patent, pourrait accentuer leur déficit, en décourageant des vocations chez les jeunes gens. Et puis des dégâts collatéraux à « la frappe chirurgicale » contre l’épidémie risquent d’être à déplorer. Ils pourraient concerner les patients qui étaient en cours d’évaluation chez leurs généralistes. Pour décider d’un traitement, après le constat d’une hypertension, après la mise à jour d’une addiction… Ce dernier cas conduit le Dr Godart à rappeler qu’ « une consultation ne suffit pas, il en faut plusieurs pour comprendre un nouveau patient ».



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