Covid-19 et plate-forme TOUS MOBILISÉS : parce que « le milieu du handicap n’est pas organisé pour l’urgence »

plate-forme TOUS MOBILISÉS

(© Engin_Akyurt / pixabay)

Au 7e jour du confinement pour cause de Covid-19, la fédération nationale Grandir ensemble a lancé la plate-forme TOUS MOBILISÉS (1). Objectif : permettre un répit d’urgence, une aide aux courses, une connection à l’entourage, offrir une écoute… aux parents d’enfants handicapés. C’est que, explique le délégué général de la fédération Laurent Thomas, les problèmes liés au confinement sont « immensément majorés » pour ceux-ci. De sorte que… « tout peut arriver ».

« 56% des familles ont au moins un contact hebdomadaire… et 44% n’ont rien. 86% des familles nous disent qu’elles ne savent pas vers qui se tourner… ». Si la fédération nationale Grandir ensemble « accompagne chaque année plus de 1 600 familles » dont un ou plusieurs enfants sont handicapés (accueil -le mercredi, les vacances scolaires- dans des familles d’accueil, des établissements, réseau Passerelles pour mettre sur pied des vacances…), la plate-forme TOUS MOBILISÉS  qu’elle a mise sur pied a un objet différent… sachant que les actions de la vocation première de la fédération continuent d’être assurées. Avec cette plate-forme web, il s’agit d’apporter à ces familles une aide d’urgence pendant la période du confinement car les difficultés que nous rencontrons tous se posent à elles avec une autre acuité…Pour faire tourner TOUS MOBILISÉS, ils sont aujourd’hui 49 bénévoles à s’efforcer de trouver des solutions. Le délégué général de la fédération nationale Grandir ensemble Laurent Thomas fonde l’espoir que la situation paroxystique actuelle « révèle » l’existence de ces familles à l’ensemble de la population. Il veut croire que la crise actuelle ait « peut-être ce seul point positif ».

LIRE AUSSI : Coronavirus : Nadine Angely craint les effets du confinement sur « les enfants placés »… et les assistants familiaux

« Aujourd’hui, l’ensemble du secteur médico-social a éteint la lumière »

« Quand il y a plusieurs enfants auxquels il faut faire faire les devoirs dans un appartement, c’est difficile ». Voilà un exemple de problème que le confinement pose à de nombreux parents. Maintenant, quand un enfant est, autre exemple parlant, autiste, sa famille entre dans une autre catégorie de complexité… Sachant que celle-ci, surtout si elle est monoparentale, ne découvre hélas pas le confinement… Pour Laurent Thomas, quand un enfant autiste de 12 ans est, en temps ordinaire, confié trois demi-journées par semaine à un établissement médico-social, « la mère est quasiment toujours confinée… ». Reste que, aujourd’hui, plus question de compter sur ces trois demi-journées soupapes. « L’ensemble du secteur médico-social a éteint la lumière ».

Avec des enfants qui sont souvent plus vulnérables, les parents ont eu un accès de panique

« Nombre d’établissements sanitaires ont en effet fermé. Ce n’était pas une obligation… ». En tout état de cause, c’est un fait. Conjointement, saisis de peur, « des parents -beaucoup- ont repris leurs enfants ». La peur de la contamination toujours -leurs enfants ont souvent des pathologies associées qui les rendent plus vulnérables- les a même parfois conduits à « renvoyer leurs aides à domicile ». La panique est retombée « au bout de quelques jours ». Mais, côté établissements, il était alors trop tard : ça ne répondait plus. Compte-tenu du « certain nombre » d’établissements à « s’être mis en retrait », quand les parents demandent un « répit d’urgence », les bénévoles de la plate-forme TOUS MOBILISÉS « font appel à des services d’aides à domicile ».

« Le milieu du handicap n’est pas organisé pour l’urgence »

« On est beaucoup sollicités, et de plus en plus, pour des demandes d’aide aux courses ». Voilà ce que peut faire un citoyen pour ces parents en détresse. Un constat rugueux hante Laurent Thomas. « Le milieu du handicap n’est pas organisé pour l’urgence ». Il détaille son appréciation. « La médico-sanitaire n’a rien à voir avec la santé. C’est pourtant un secteur cousin germain… ». Cette demande croissante d’aide aux courses révèle aussi à ses yeux que les parents d’enfants handicapés n’ont pas un seul voisin pour leur apporter un coup de main. Conséquence d’un isolement… de routine.

LIRE AUSSI : Covid-19 et maltraitance : ALMA 24, dédié à la protection des personnes âgées et des personnes adultes handicapées, rouvre ses permanences téléphoniques  

« Juste témoigner un peu d’attention, jouer deux heures avec un enfant… pour que sa mère puisse dormir »

« Il faudrait un parrainage de proximité ». Laurent Thomas plaide pour une veille bienveillante des voisins de ces familles. Entendre des « spécialistes » répéter que « tout le monde ne sait pas s’occuper d’un enfant handicapé » contribue selon lui à l’isolement de leurs parents et il en conçoit un tantinet d’irritation, à la fin. « Un peu d’attention, aider à faire les courses, jouer avec un gamin 2 heures pour que sa mère puisse dormir… », ces soutiens-là, « tout bêtes », ne lui semblent pas réclamer des compétences approfondies en matières de handicap. Un « monde » qui pâtirait de sa « spécialisation », ancienne. Total : on en oublierait que l’on peut « entourer » ces familles.

Ratio hebdomadaire actuel : 400 volontaires et… 1 600 demandes d’aide

« Oui, sur la plate-forme, il existe un espace pour se porter volontaire ». En revanche, impossible pour Laurent Thomas de déterminer les besoins en fonction de la situation géographique. La période est « trop courte » pour faire en sorte que les critères « matchent » entre eux. Aussi, la plate-forme « fait appel à la réserve civique », mais aussi aux associations caritatives ou bien encore sollicite… les mairies. Aujourd’hui, le ratio est, pour une semaine, de 400 personnes volontaires pour 1 600 demandes d’aide en cours de traitement. « On a besoin que des établissements médico-sociaux nous adressent leurs personnels pour les répits d’urgence, on a besoin d’auxiliaires de vie ». Au passage, la fédération fait appel à des bénévoles, qui doivent passer le crible d’un « niveau d’exigence important ». Elle a pu ainsi constituer un réseau. « Ils peuvent travailler de chez eux, avec un numéro de ligne, des outils techniques très simples à installer et à prendre en main ». Las, « ça n’a pas toujours de sens dans l’urgence ». En effet, tout dépend évidemment si le bénévole habite Périgueux ou Lyon…

LIRE AUSSI : Covid-19 : la préfecture de la Dordogne rappelle l’existence du site web « mobilisation citoyenne »

Une application pour faciliter l’implication de l’entourage des parents d’enfants handicapés

« Comment pouvons-nous gérer l’après ? ». La réflexion était déjà en route, relève Laurent Thomas. « Précisément, quand la crise sanitaire s’est déclarée, on se penchait sur la manière dont on pouvait mailler le territoire ». Une application pour chaque famille, destinée à « transmettre les informations propres à l’enfant -points de vigilance, problèmes sa santé… » est en cours de finalisation. « Elle est même conçue avec des tutos en vidéos. Pour installer l’enfant dans un fauteuil par exemple ». De quoi remplacer avantageusement la « fiche enfant » – le terme résonnant maladroitement, il lui a été préféré « Son petit passeport ». Dès que la fédération disposera d’un peu de temps, les dernières mises au point de l’application seront de nouveau d’actualité. De sorte que les parents d’enfants handicapés aient des voisins, par exemple, « qui emmènent le gamin voir un match de foot ».

LIRE AUSSI : Covid-19 et religion : avocat à Périgueux, le citoyen Hervé Benichou plaide pour que la pandémie nous « bascule de l’avoir dans l’être »

« Une mère avec deux enfants autistes a besoin d’un plombier… Aujourd’hui, elle fait comment ? »

« Une mère avec deux enfants autistes a besoin d’un plombier… Aujourd’hui, elle fait comment ? ». Elle attend ? L’attente précisément, les parents d’enfants handicapés y sont rompus : pour inscrire leurs enfants dans un établissement médico-social, pour l’étude de son dossier par les maisons des personnes handicapées (MDPH)…  sans compter qu’ils doivent s’habituer à se voir opposer un « non » à trop de besoins. Aussi, Laurent Thomas entend que, de l’actuelle mise au grand jour du quotidien de ces familles, un maillage territorial naisse. Pour leur offrir « du concret, de la fidélité, dans une relation durable ». Ce seront les critères que devront remplir les volontaires, quand cet épisode d’urgence sera passé.

(1) l’initiative TOUS MOBILISÉS a été mise en place sous l’égide du Secrétariat d’État aux Personnes handicapées, en partenariat et avec le soutien de la fondation de France et de groupes de protection sociale.



Categories: politique

Tags: , , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.