Coronavirus : Nadine Angely craint les effets du confinement sur les « enfants placés »… et les assistants familiaux

confinement enfants placés

Le confinement, épreuve supplémentaire pour les « enfants placés » et les assistants familiaux qui les accueillent (© 84 images / Pixabay)

Nadine Angely est la présidente de l’association indépendante Hors Saison adhérente de la fédération nationale des assistants familiaux (FNAF) Hors Saison fédère 150 assistants familiaux. Ceux-ci ont vocation à accueillir à leurs domiciles des enfants, des jeunes gens, de 0 à 21 ans, qui sont en détresse. Nadine redoute les effets du confinement, que la lutte contre la propagation de l’épidémie de coronavirus impose, sur des enfants placés, notablement fragiles… sachant que les assistants familiaux peuvent, comme l’ensemble de la population, être contaminés. Même si, « avec le Département qui fait de l’aide à l’enfance sa priorité », la présidente de Hors saison estime que les assistants familiaux sont « bien lotis en Dordogne ».

Nadine Angely

Nadine Angely (DR).

« Là, il fait beau, je ne vois pas encore d’excès de tension… mais, à partir de ce dimanche 22 mars 2020, on annonce de la pluie… ». S’il est impossible, pour Nadine Angely, d’envisager de cloîtrer 24h/24 les enfants (des sorties dérogatoires sont au demeurant admises), reste que les averses réduiraient la durée de leur oxygénation. Dans cette période de confinement pour cause d’épidémie de Covid-19, la météo est un élément de contexte qui prend de l’importance quand on accueille des enfants en détresse.

« Ils ont été retirés à leurs familles -parfois parce qu’ils ont subi des maltraitances de toutes sortes; ou bien parce que leurs parents ont des capacités intellectuelles carencées ; ou bien encore parce que ces enfants présentent des troubles du comportement ».

Il peut s’agir d’enfants « très violents », au point qu’ils sont « presque déscolarisés ».

Or, l’hypothèse du surgissement de scénarios complexes lui paraît inévitable. « Cette population va nous poser des problèmes ».

 

« Des enfants surexposés au risque de dépression, les derniers liens parentaux rompus »

« Moi aussi, j’ai des enfants compliqués… ». Nadine Angely est dans le cas de nombre d’assistants familiaux -assistantes familiales souvent tant la profession est féminisée : elle accueille des enfants placés chez elle, où elle a aussi les siens. Mais sa situation présente encore une autre particularité depuis que le confinement a été décrété. « La jeune fille de vingt ans qui vient chez nous une fois tous les 15 jours depuis 12 ans… ne vient plus ». Nadine sait que la jeune fille, clouée en fauteuil roulant, « n’a donc plus de lien avec personne en dehors des professionnels de son centre d’accueil ». Ces jeunes gens et ces enfants fragilisés sont surexposés à un danger supplémentaire : la dépression. Ce n’est pas tout. « Pour les tout-petits, un lien parental est parfois maintenu ». Changer les couches par exemple peut rester un moment de contact. Or, celui-ci, qu’on s’escrime à préserver, est rompu, le temps du confinement.

Les assistants familiaux menacés d’épuisement pendant le confinement

« Les enfants hyperactifs dorment peu ». L’épreuve du confinement va inévitablement se durcir pour les assistants familiaux qui peuvent alors être mobilisés… dès 4 h du matin. Marelle, ballon, karaoké, dessin… « il faut les occuper ! ». Sauf qu’avec des gamins hyperactifs, le changement incessant d’activité est incontournable. « Ils sont incapables de se concentrer au-delà de 10 mn ». L’épuisement menace plus sérieusement les assistants familiaux pendant le confinement.

« Le téléphone mobile ne suffira pas à tous les enfants… et alors, ça va péter ! »

« Il y aussi les enfants qui fuguent ». Sauf qu’en revenant dans leur famille d’accueil, ils deviennent aujourd’hui susceptibles de la contaminer. En admettant qu’ils ne fuguent pas pendant le confinement, Nadine Angely doute fort que leurs téléphones mobiles suffisent à les faire… s’évader, précisément. « Et alors, ça va péter ! ». Conjointement, l’expérience lui a appris qu’ « il y a(vait) des parents procéduriers ». En temps ordinaire, les assistants familiaux sont alors tenus « responsables de tout » – des résultats scolaires de l’enfant accueilli qui dévissent, en premier- Nadine connaît le schéma par cœur. Mais aujourd’hui, elle tend le dos : et si un incident lié à la période hors normes que nous traversons advenait ?

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« À un gamin submergé par ses angoisses, évitons de parler du virus »

« À Périgueux, à Bergerac, toutes les familles d’accueil ne disposent pas de parcs ». Enfants à soi ou enfants accueillis, le problème se pose, certes, de manière identique… tant que les enfants accueillis ne souffrent pas de fragilités spécifiques. « Moi, mon gamin, il a des angoisses qui le submergent ». Nadine a observé que « parler du virus » déclenchait chez lui des paniques irrépressibles. « À ces enfants-là, il faut éviter de faire écouter télé, radio qui évoquent le coronavirus toute la journée ». Au risque, sinon, que « ça dérape », via une décompensation psychotique ou bien un accès de violence.

« Il y a des assistantes familiales qui sont seules… »

« Nous avons aussi des collègues qui sont seules… ». En cas d’hospitalisation d’un assistant familial, il va donc falloir déplacer l’enfant -si « la Dordogne ne manque pas du tout de lits », c’est une épreuve de plus pour le gamin. Si, en faisant des courses, c’est lui qui est contaminé, il introduira le virus dans le lieu de vie commun. « Comment le confiner ? ». Nadine Angely soupire. « On a anticipé les risques sismiques, les risques liés au gaz carbonique… pas cette situation. Quand la crise sanitaire sera derrière nous, il faudra nécessairement en tirer les leçons ».

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« Les assistants familiaux ne sont ni professeurs, ni a fortiori professeurs en tout »

« Et en plus, nous devons faire faire les devoirs aux enfants ? ». Premier obstacle à surmonter : les assistants familiaux « ne sont pas forcément doués en math, en physique… », leur métier n’est ni professeurs, ni, a fortiori, professeurs en tout. Sachant que certains peuvent en outre se retrouver avec « trois enfants de différents niveaux ». En effet, il arrive que les deux conjoints soient assistants familiaux et qu’ensemble, ils accueillent cinq enfants placés. Ah, pour rappel : cinq enfants… auxquels ceux du couple s’ajoutent.

« Il y a des enfants qui sont des terreurs, il ne faut pas se leurrer »

« Parmi nos assistants familiaux, il y en a qui débutent ». Ceux-ci -celles-ci car ce sont donc souvent des femmes- ont commencé à exercer leur métier en février dernier. « Elles vont être les premières mises en difficulté ». Logique, dès lors qu’ « elles ne maîtriseront pas » encore les codes d’expression « d’un enfant qui, jusqu’à présent, était à l’école ». En clair : l’assistante familiale et l’enfant ne se connaissent pas encore. Or, « il y a des enfants qui sont des terreurs, il ne faut pas se leurrer ». Nadine Angely cite notamment « les enfants-rois », une royauté qui, à ses yeux, est « une forme de maltraitance ». Ces enfants à qui l’on a appris qu’ils étaient en droit d’ « avoir tout, tout de suite » sont, à la moindre résistance, au vu de l’expérience de Nadine, en mesure de sur-réagir. « Tu m’as dis non ? Je te flingue ! ». Attention, c’est parce qu’elle sait que le métier d’assistant familial est diablement utile, qu’il peut sauver des destins mal engagés qu’elle en parle sans circonlocution. Nadine retient que le métier permet à « huit enfants sur dix de s’en sortir ». D’aucuns décrochent « un petit CAP », d’autres sont pris en charge par les Papillons Blancs, d’autres encore deviennent de « bons pères ou mères de famille » et c’est une victoire.

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« Je suis en lien quotidien avec le Département, la machine fonctionne »

« Des relais devaient s’opérer. Entre nous, on devait tourner… ». Toutefois, l’épreuve de réalité montre déjà les limites de cette solution dans une crise sanitaire inédite, Nadine vient d’égrener les multiples questions susceptibles de se poser, au fil du temps du confinement. Il en reste une, encore : « On ne travaille pas de la même manière avec tous les publics ». Autrement dit, on ne passe pas comme ça de difficultés à d’autres. Pas de quoi pour autant faire oublier à la présidente de l’association Hors Saison, également élue à la commission consultative paritaire départementale du conseil départemental de la Dordogne, les éléments qui donnent matière à faire face, ceux qui la convainquent que la profession a des atouts pour tenir la période délicate de confinement (dont elle croit qu’elle durera « au moins » jusqu’en juin). « La plupart d’entre nous ont de grandes maisons car nos enfants, qui ont grandi, sont partis ». En outre, en cas d’avarie, des lits, le territoire départemental en a aujourd’hui « beaucoup, beaucoup en réserve ». Le Département de la Dordogne a d’ores et déjà constitué « des groupes de familles, pour qu’elles puissent se parler ». Ses équipes de psychologues sont aussi sur le front. « Moi, je suis en lien quotidien avec le Département, avec les référents de secteur, les équipes du centre hospitalier de Vauclaire… la machine fonctionne ». Il y a toujours « des téléphones mobiles de permanence ouverts ».



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