Covid-19 : le président de la CAPEB Frédéric Liogier refuse que ses entreprises soient « tenues responsables de mettre le pays à terre »

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Le président de la CAPEB Dordogne Frédéric Liogier.

Épineux, aux yeux du président de la confédération de l’artisanat et des petites entreprises de DordogneCAPEB 24Frédéric Liogier, de recommander à ses adhérents de continuer d’assurer les chantiers -les déclarations du ministre du Travail Muriel Pénicaud sur LCI ont été fort mal reçues- quand, de son côté, le Président de la République a solennellement annoncé aux Français que la crise sanitaire du Covid-19 était grave. Épineux… pour exprimer avec pudeur que c’est en réalité… impossible. De la « cohérence » entre Chef de l’État et ses ministres, c’est ce que Frédéric Liogier, avec le président de la fédération française du bâtiment en Dordogne (FFB24) Christophe Riou ont demandé ce vendredi 20 mars 2020 au préfet de la Dordogne Frédéric Perissat.

 

« Ce n’est pas moi qui ai dit Chers Français, Françaises, la situation est grave… ». Sauf que conjointement, « on nous demande d’aller travailler ». Derrière le pronom impersonnel que le président de la CAPEB de la Dordogne Frédéric Liogier utilise, il y a, ces tout derniers temps, au moins un ministre que l’on se risque à reconnaître. En effet, l’invitation pressante à maintenir la machine économique en fonctionnement est devenue inflammable quand le ministre du Travail Muriel Penicaud a eu l’idée de commenter les réactions de syndicats professionnels à l’antenne de LCI. Le président de la fédération du bâtiment nationale FFB Jacques Chanut allait, en réponse, lui adresser dare-dare une lettre ouverte, et il y a mis toute la vexation que les professionnels en avait conçue. Partout sur le territoire français. En Dordogne, entre la CAPEB24 et la FFB24, la protection des artisans et des ouvriers contre la menace du Covid-19 ne laisse pas la place à la moindre discordance. Entre les positions des présidents Frédéric Liogier et Christophe Riou, il n’y a pas la place d’une feuille de papier à cigarette.

« Dire au préfet Frédéric Perissat que nous avons été un peu agacés par l’incohérence des discours au sommet de l’État »

« Nous voulons dire au préfet que nous avons été un peu agacés par l’incohérence des discours, selon que c’était le Président Emmanuel Macron qui parlait ou bien ses ministres ». Frédéric Liogier détaille : ce message, avec Christophe Riou, il l’a porté à la connaissance du préfet Perissat, lors d’une réunion (à distance, Covid-19 oblige) ce vendredi 20 mars 2020.

« Si les activités essentielles -secteur alimentaire, ramassage des ordures ménagères…-  continuent, je constate aujourd’hui Un, que les clients refusent de nous faire entrer chez eux, Deux, que tous les Français et donc nombre de salariés, doivent rester confinés ». Techniquement, et c’est peu dire, les conditions actuelles ne s’emboîtent pas. Que l’on prenne la réalité à l’endroit ou à l’envers. Ainsi, Frédéric Liogier revient sur l’idée évoquée d’une décharge que l’artisan ferait signer par son client. « Mais quel client signerait ? ». En clair, qui admettrait de dégager toute responsabilité -pénale, civile- à l’entreprise, à l’artisan qui, en travaillant chez lui, l’aurait contaminé ?

Pas d’arrangements possibles avec une seule catégorie de personnes au travail 

« Pour ma part, j’ai suspendu l’activité de mon entreprise ». Impensable, pour le président Liogier de surexposer ses employés à la menace d’une contamination. Si le confinement est la mesure incontournable pour freiner l’expansion de l’épidémie… et mettre toutes les chances de son côté pour échapper au Covid-19, elle est valable pour l’ensemble des personnes que leur travail amène à avoir des contacts. La santé passe avant tout et celle des artisans, des ouvriers, des chefs d’entreprises en charge d’effectuer un chantier, vaut exactement celle de tout autre professionnel. Un message sur la situation sanitaire de la population est clair quand il ne supporte pas d’arrangements, au nom du sauvetage de l’économie. Au micro de France Bleu, mercredi 18 mars, Frédéric Liogier a ainsi rappelé que ce n’était pas, en tout état de cause, avec des professionnels malades qu’une entreprise pourrait assurer son activité.

« Le chômage partiel s’applique pour toutes les professions »

« Je crois que ça va être compliqué… ». Avant la tenue du rendez-vous avec le préfet de la Dordogne, le président Liogier ne cachait pas son anxiété. Au chapitre du manque de cohérence entre les discours prononcés depuis le sommet de l’État, en effet. « Nous ne sommes pas forcément d’accord avec ce que nous avons entendu ». Mais comment pourrait-il en être autrement ? Le préfet est le représentant de l’État. En revanche, ce dernier « a pris note » du flou des informations portant sur l’accès au chômage partiel. Surtout, il a garanti à ses interlocuteurs que les entreprises de leurs secteurs avaient accès à cette solution. Restaient à exposer les autres questions, qui se posaient dans la vraie vie.

« La difficulté de l’approvisionnement semble levée »

« Le gouvernement veut qu’on retourne travailler ? Oui, pourquoi pas… mais comment faire face aux problèmes d’approvisionnement, d’acceptation des clients des chantiers, du respect des consignes sanitaires sur un chantier ? ». À la question de l’approvisionnement, le préfet Perissat a répondu que « des plates-formes de négoce étaient déjà positionnées pour la semaine prochaine ». Cette difficulté-là semble donc levée.

« Vis-à-vis des clients, à vous de faire de la pédagogie »

« À vous de faire de la pédagogie ». C’est, en substance, ce que le préfet Perissat a indiqué au sujet du problème de l’acceptation des clients, rapporte Frédéric Liogier. Toutefois, le représentant de l’État a dans le même temps appris à ses interlocuteurs qu’ « un protocole était en cours de rédaction ». Celui-ci est destiné à édicter les conditions auxquelles un chantier pourrait se poursuivre. Le document devrait être « prêt » mardi 24 mars 2020 –« prêt » implique-t-il « validé », sachant que le décret concernant le chômage partiel tarde ? Mystère à ce jour. « En attendant, on nous explique que c’est sous la responsabilité du chef d’entreprise qu’un chantier s’effectue ». Frédéric Liogier se montre cependant ouvert : « si l’on arrive à mettre en place ces conditions de sécurisation d’un chantier… »… un pas vers l’avant est fait, en somme. Mais il souligne que ledit protocole doit balayer une kyrielle de questions. « Faut-il nettoyer tous les jours les bungalows de chantier ? Faut-il acheter des outils neufs, sachant qu’ils passent de main en main ?…  ». En tout état de cause, une chose est sûre : « s’il y a un pépin, il ne faut pas que ça retombe sur le patron ».

« Nous sommes prêts à faire de la pédagogie. Nous ne voulons plus nous entendre reprocher de mettre le pays par terre »

« Certes, ce protocole n’empêchera pas le chômage partiel ». En effet, inutile de s’imaginer qu’il puisse prévoir des conditions sanitaires compatibles avec la situation d’un EHPAD ou avec celle d’une cliente attendant un enfant. Mais, oui, en avant pour la pédagogie. « Nous allons en faire avec les salariés. Pour marteler qu’il faudra passer de l’état de confinement à l’état de travail… avant le retour à l’état de confinement ». C’est qu’il est hors de question « de s’entendre reprocher de mettre le pays par terre ». Frédéric Liogier souligne qu’aujourd’hui, face à des entreprises qui « ne savent pas comment faire », il compte sur ce protocole annoncé pour les éclairer.

La permanence téléphonique CAPEB en surchauffe

« Actuellement, la CAPEB Dordogne compte 720, 730 adhérents et elle assure une permanence téléphonique de 9h à 18h… y compris le week-end car il y a toujours des renvois d’appels programmés vers des mobiles ». Une mobilisation naturelle qui permet de constater que « les banques, ça marche bien ». Au passage, le président Liogier glisse qu’il encourage ses adhérents perplexes à opter pour un report de leurs échéances à 6 mois, d’emblée, car, sur ce choix-là, ils pourront revenir, quand un butoir à 3 mois reste un pari éventuellement risqué.



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