Déviation de Beynac : les opposants révèlent « les chiffres qui ont convaincu la justice»

Jean-Louis Gros et Philippe d'Eaubonne

L’architecte Jean-Pierre Legros et le président de l’ASVD Philippe d’Eaubonne.

Exaspérés par l’information du Département de la Dordogne qu’ils jugent « tronquée », les opposants au projet de déviation de Beynac ont décidé de révéler des documents maîtres. Mesures du trafic dans Beynac, estimation du coût de la démolition du chantier, mais aussi résultats d’une enquête de notoriété du projet de contournement dans le département. Bref, le président de l’association Sauvons la Vallée de la Dordogne (ASVD) Philippe d’Eaubonne et l’architecte expérimenté Jean-Pierre Legros ont « sorti les chiffres qui ont convaincu la justice administrative ».

 

 

 

 

« Les informations tronquées, ça suffit ! ». Les opposants au projet de contournement de Beynac ont décidé de faire des révélations. Ils ont « sorti les chiffres » qui, ont-ils insisté, « leur ont permis d’emporter la bataille juridique » face au Département de la Dordogne. Documents à l’appui, le président de l’association Sauvons la Vallée de la Dordogne (ASVD) et l’architecte reconnu par ses pairs Jean-Pierre Legros ont radicalement contredit le président du Département Germinal Peiro. Sur la mesure du trafic dans la traverse de Beynac. Sur l’estimation du coût de la démolition du chantier. Le binôme a également mis sur la table une enquête de notoriété du projet en Dordogne.

340 poids-lourds par jour à passer dans Beynac ? « Non ! 131 hors saison et 88 en été »

« Non, il n’y a pas 340 poids-lourds par jour à emprunter la traverse de Beynac ». Les opposants au projet de contournement de Beynac ont commandé une enquête au cabinet Provence Comptage Routier (PCR) spécialisé dans la mesure du trafic routier. Celui-ci a procédé à deux reprises au comptage des véhicules dans les deux sens de la circulation et à leur identification -poids-lourds, véhicules légers, véhicules utilitaires moyens, autobus, engins agricoles, camping-cars et caravanes- : hors saison (janvier 2019) et en saison estivale (août 2018), « une semaine à chaque fois ».

Résultats du comptage de cette semaine de janvier 2019 – 22 janvier au 28 janvier : « Le nombre moyen de poids-lourds à traverser Beynac est de 67 dans un sens, et de 64 dans l’autre; celui des camping-cars et caravanes, de 2 et 3 selon le sens; de véhicules utilitaires moyens de 38 et 44; d’autobus, de 10 et 10; d’engins agricole,s de 2 et 2 ».

Résultats du comptage de cette semaine d’août 2018 -du vendredi 03 au jeudi 09 : « Le nombre moyen de poids-lourds à traverser Beynac est de 43 dans un sens, et de 45 dans l’autre; celui des camping-cars et caravanes, de 92 et 100 selon le sens; de véhicules utilitaires moyens de 94 et 94; d’autobus de 25 et 23; et de zéro engin agricole dans les deux sens ».

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Un projet inopportun : les camping-cars de l’été n’ont aucun motif d’éviter Beynac… qu’ils viennent visiter

Une des intentions initiales que le Département de la Dordogne revendique dans ce projet de déviation de Beynac est qu’il y a trop de circulation. « Or, ce sont les camping-cars dont le nombre augmente en période estivale. Quand ce ne sont pas ceux-ci qui emprunteraient la déviation qui a été envisagée ! Et c’est d’ailleurs ce que la justice a dit… ».

Les opposants ont tenu à préciser que la caméra électronique de PCR avait été placée « dans le virage de Beynac ». La vidéo a ensuite été examinée, véhicule par véhicule. « PCR a compté plaque d’immatriculation par plaque d’immatriculation ». Au passage, Philippe d’Eaubonne a souligné que si le Département avait déclaré avoir lui aussi procédé à un comptage, « ses compteurs étaient à l’extérieur de Beynac. L’un d’eux était même positionné à Castels ». Or, c’est, selon le président de l’ASVD, nier le biais des « bords de fuite », autrement dit compter comme « traversants » les véhicules qui stoppent aux deux entrées du village médiéval, avant de faire demi-tour.

Beynac entrée hauteur

« Celui qui se rend à son travail est ralenti dans Beynac de… 35 secondes »

« Les ralentissements dans Beynac ? J’en ai assez d’entendre n’importe quoi ! ». Les opposants ont également commandé une évaluation de leur durée. « Au total, dans une journée complète -9h-18h, il y a 19 mn de ralentissements dans Beynac et, au maximum, le conducteur est freiné 6,7 minutes ». Sachant que cette allure d’escargot s’impose à des heures de « points de charge » : 10h ou 11h du matin. « Celui qui se rend au travail est ralenti 35 secondes… ».

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« Non ! Les opposants au projet de déviation de Beynac ne bloquent pas celle de Sarlat ! »

Des points de « blocage de la circulation », il y en aurait des plus prégnants que dans Beynac. L’architecte Jean-Pierre Legros relève que « sur le pont de Castelnaud, deux poids-lourds ne peuvent pas se croiser ». Mais il y aurait, au plan de la fluidité de la circulation, plus « névralgique » encore, selon l’architecte. À Sarlat, devant le lycée Pré de Cordy. « Là, le 2tronçon de la déviation attend pour des motifs que je ne m’explique pas… Si un poids-lourd casse les freins… ». Occasion d’apporter une autre « précision » que Philippe d’Eaubonne ne laisse pas passer. « Contrairement à ce que prétend le président Germinal Peiro, ce ne sont pas les opposants à la déviation de Beynac qui bloquent celle de Sarlat… ».

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Les « chiffres du marché » pour étayer le projet de démolition des opposants

« Il n’y a pas besoin d’un nouvel arrêté préfectoral pour démolir le chantier : il y a une décision de justice, elle est exécutoire. Il n’y a pas besoin de permis de démolir ». L’architecte Jean-Pierre Legros a réalisé une étude très détaillée pour procéder à « l’effacement visuel complet de toutes les altérations occasionnées par les travaux (…) avec projet de démolition des ouvrages exécutés et remise à l’état d’origine de tous les espaces naturels environnants ». Pour estimer le coût de cette démolition et remise en état, qui devra s’opérer de Monrecours à Vézac, il a utilisé « les chiffres du marché auprès d’entrepreneurs… qui ne sont pas des philanthropes ». Mais exit donc « les experts d’on ne sait quoi ».

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« Ce n’est pas Bouygues le patron ! C’est le Département !« 

« Ce n’est pas à Bouygues de s’autoproclamer démolisseur du chantier. Un démolisseur n’est pas un bâtisseur. Or, on a le sentiment que le vrai patron, c’est Bouygues et non le Département ». Le coût avancé pour la démolition du chantier par le président du Département Germinal Peiro a fait « monter au créneau, en qualité de professionnel » l’architecte Legros. Les chiffres auxquels celui qui est aussi écologue a aboutis « vont dans le sens de l’économie des dépenses, ce qui est l’intérêt des Périgourdins ». Jean-Pierre Legros insiste sur le niveau de détail de l’étude qu’il a réalisée. « J’ai même cubé la poussière que les travaux de démolition vont dégager ». Et sur sa préoccupation que « tout soit récupéré ». La « re-végétalisation », il l’a aussi envisagée. Total de la facture : 3,16 M€ HT. Compte-tenu du fait que le Département peut bénéficier du fonds de compensation de la TVA, l’architecte Legros préfère que l’on retienne la somme de 4 M€ TTC.

Jean-Pierre Legros

« Le président Germinal Peiro a lancé le chiffre de 16 M€ pour la démolition. Bouygues a été obligé de le justifier ». C’est Jean-Pierre Legros qui a produit un mémoire qui conteste pied à pied celui du défenseur du constructeur Me Christophe Cabanes, qui présentait les calculs de son client.

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Mais l’architecte a également dressé « un certificat d’évaluation de l’avancement des travaux sur l’ensemble du projet ». Il est donc « sûr » que le chantier est à 25% de la réalisation envisagée. De quoi encore battre en brèche le pourcentage de 50% avancé par le président du Département de la Dordogne Germinal Peiro.

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Beynac vue

Que pensent les Périgourdins du projet de déviation de Beynac ?

« On a beaucoup entendu dire que les Périgourdins étaient pour la déviation de Beynac ». Total : les opposants ont aussi commandé, en septembre 2018, une enquête de notoriété du projet de déviation, au cabinet QUOTAS (1). Celle-ci, dont le résultat a été rendu en octobre 2018, a déjà établi qu’en Dordogne, « il y avait 49% d’inactifs ». De quoi faire penser à Philippe d’Eaubonne qu’il serait temps de « relancer la machine ». En clair : « changer ». De « politique de développement économique du département », s’entend.

Le cabinet QUOTAS conclut à « une bonne notoriété du projet de déviation routière de Beynac, connu par les 2/3 de la population de la Dordogne » et que « plus de la moitié de la population souhaite que le Premier Ministre décide l’arrêt des travaux ».

(1) échantillon de 505 habitants représentatifs de la Dordogne selon la méthode des quotas par sexe, âge, CSP et taille d’agglomération.

Philippe d'Eaubonne

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