Déviation de Beynac : « La justice administrative penche pour les châtelains », dit Germinal Peiro… Colère à l’ASVD

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Germinal Peiro (© Territoire Magazines)

« Il n’y a pas que Beynac dans la vie ». C’est ce que le président du Département de la Dordogne Germinal Peiro a déclaré lundi 6 janvier 2020 au micro de France Bleu Périgord. Reste que l’affaire de la déviation, à laquelle, le 10 décembre dernier, la cour d’appel administrative de Bordeaux a donné un coup d’arrêt décisif, continue d’occuper encore assez le Département… Si Germinal Peiro a en effet de nouveau déclaré à la radio que « la procédure judiciaire n’(était) pas finie »- il a également annoncé que la collectivité avait entamé « le processus de démolition » du chantier. En avançant conjointement les appréciations qui, à ses yeux, fondent la collectivité à continuer de défendre le projet de contournement. De quoi faire bondir le président de l’association Sauvons la Vallée de la Dordogne (ASVD) Philippe d’Eaubonne.

Dans l’affaire de la déviation de Beynac, « La procédure judiciaire n’est pas finie ». Le président du Département de la Dordogne Germinal Peiro a réaffirmé au micro de France Bleu Périgord lundi 6 janvier 2020 que la collectivité allait saisir le conseil d’État pour contester la décision rendue par la cour d’appel administrative de Bordeaux, le 10 décembre dernier. Celle-ci enjoint le Département à démolir le chantier de la déviation. Conjointement, l’élu a livré son analyse de cette décision, tout en annonçant que « le processus de démolition » du chantier était engagé. Analyse qui, sur le fond et dans sa forme, a de nouveau faire bondir le président de l’association Sauvons la Vallée de la Dordogne Philippe d’Eaubonne.

À propos des « châtelains » de Castelnaud et de Fayrac

« La décision rendue revient à privilégier des intérêts particuliers sur l’intérêt du Périgord ». C’est ce que le président Peiro a déclaré en substance, avant de sonner la charge contre le propriétaire du château de Castelnaud, « fils de… ». Philippe d’Eaubonne pointe que le président Peiro aurait aussi pu préciser qu’ « il était allé avec lui à l’école communale de Beynac… mais aussi que leurs pères respectifs avaient été tous deux maires de leurs communes, Beynac et Vézac ». Le président de l’ASVD s’étonne aussi que Germinal Peiro ait « oublié » que le fameux propriétaire du château de Castelnaud « a enrichi la commune en créant des emplois à l’année et en participant notablement à développer le tourisme, ce qui représente un apport de richesse pour la région ».

LIRE AUSSI : Déviation de Beynac : ce qui s’est dit à l’audience de la cour administrative d’appel de Bordeaux

Même remarque concernant le propriétaire du château de Fayrac, à qui le président Peiro a reproché d’être l’autre « principal opposant » au projet de contournement de Beynac. Philippe d’Eaubonne se demande pourquoi le président du Département de la Dordogne n’a pas parlé des avis des visiteurs des Journées du Patrimoine, « qui ont souligné la qualité de l’entretien du monument », mais aussi des « emplois créés, des investissement réalisés, du choix de faire travailler des artisans locaux pour l’entretien d’un site historique ».

Par ailleurs, le président de l’ASVD, qui se souvient d’un tacle de Germinal Peiro à Stéphane Bern à propos de la Vallée de l’Homme, rappelle que Santiago n’est pas situé au Texas, comme le président du Département l’a dit.

Et si on parlait jusqu’au bout des « dix rejets du tribunal administratif de Bordeaux »?

« Le président Peiro évoque dix rejets du tribunal administratif de Bordeaux ». Sauf que le leader de l’ASVD aurait voulu que l’élu précise que « ces procédures étaient liées à des demandes de suspension de travaux sur un seul dossier… dont le conseil d’État a constaté qu’il contenait des illégalités criantes ». Et de rappeler que l’institution suprême avait « suspendu l’arrêté du préfet Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc, renvoyé vers la cours administrative… qui a, par deux fois, annulé ledit arrêté ».

Les ministères ? « Ils demandent de respecter la décision de justice »

« C’est l’État qui est attaqué, pas le Département ». Contre cette autre assertion de Germinal Peiro, Philippe d’Eaubonne s’insurge encore. « Le président du Département oublie de dire que les ministères lui ont demandé des moratoires et lui demandent de respecter la décision de justice ». Quant à la lettre du Premier Ministre dont Germinal Peiro a encore fait état au micro de France Bleu Périgord, elle « est le résultat d’appuis ». Le président de l’ASVD se souvient à ce sujet avoir entendu le président Peiro déclarer : « Alain Juppé a lui-même écrit à Édouard Philippe ».

Le président Peiro a évoqué la venue en Dordogne du Président de la République Emmanuel Macron, qu’il a située en 2019.  « Non, c’était en 2018 ». C’est François Hollande qui s’est rendu en Dordogne en 2019, pour soutenir, en qualité d’ « ami », le projet de déviation cher à Germinal Peiro.

« Pourquoi avoir coulé le radier la veille de la décision du conseil d’État ? »

« 60% des travaux ont été réalisés ». Cette appréciation de l’état d’avancement des travaux fait s’étrangler Philippe d’Eaubonne, qui maintient que « c’est 25% » et que « l’étude » qui l’a établi est consultable. Et de s’interroger. « Pourquoi la commande des tabliers de pont n’a-t-elle pas été suspendue à la décision du conseil d’État ? Pourquoi le radier de passage sous voie SNCF a-t-il été coulé en pleines vacances de Noël 2018, à partir de 5h du matin jusque tard le soir… la veille de la décision de suspension des travaux par le conseil d’État ? »- soit le 27 décembre 2018, quand l’institution se prononçait le 28 décembre 2018.

LIRE AUSSI : Déviation de Beynac et argent public : pour Noël Mamère, « il va falloir que la chambre régionale des comptes se mêle de ce qui la regarde »

Philippe d’Eaubonne estime que, plutôt que d’en appeler à la lutte des classes, il faudrait s’attarder sur la question de savoir pourquoi que les associations opposées au projet de déviation de Beynac sont contraintes de s’adresser à la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) pour obtenir des documents publics afférents. Mais aussi sur celle de la manière dont ont été constituées « les commissions représentatives » auxquelles le président Peiro a souvent fait référence.

Des « difficultés administratives » pour démolir le chantier ? « C’est faux », réplique l’ASVD

Germinal Peiro a encore listé au micro de France Bleu Périgord toutes les difficultés administratives que la remise en état du site posait. Philippe d’Eaubonne s’étrangle. « C’est faux. Les études sont réalisées, un appel d’offres par lot doit s’ouvrir pour éviter tout débordement budgétaire ». Avant de déplorer que « le silence soit la seule réponse à la proposition de collaboration des associations d’opposants au projet ».

Le chef de fil de l’ASVD souligne enfin « une contradiction » du président du Département de la Dordogne. « Comment Germinal Peiro peut-il affirmer à la fois que la collectivité va commencer à exécuter la décision de justice et que la remise en état du site ne sera pas réalisée sous son mandat ? ».

LIRE AUSSI : l’ASVD et la SEPANSO 24 contestent ferme les propos de Germinal Peiro

La main tendue des associations d’opposants au projet de déviation de Beynac

Toutefois, le président de l’ASVD rappelle que la proposition des associations d’opposants de reprendre le dialogue pour aborder avec le Département la démolition du chantier reste d’actualité.

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