Accident : la victime éprouvée, le témoin… bien davantage

 Ce fut la météo qui se mêla de la trajectoire de Violette Poirier. En descendant l’escalier qui menait à son jardin, son pied ripa sur l’avant-dernière marche, il y en avait six et elle le répétait assez souvent, le chiffre quatre lui portait malchance.

Il avait plu pour ainsi dire tout l’automne. Sur la pierre qui ne séchait plus, les averses avaient semé une mousse grasse, on l’aurait presque récupérée pour la manger en salade.

Ce matin-là, Violette chaussait des savates, réduisant la probabilité de déraper, tout bien considéré. Reste que son exploration du champ des possibles s’avéra incomplète : elle perdit pied.

Témoin exclusif

Son vol plané l’avait choquée. Témoin exclusif de la scène, Gaston Planchard lui-même s’était dit que sa sidération était bien naturelle. Derrière sa fenêtre, Gaston avait donc tout vu. C’est vrai qu’il était posté là toute la sainte journée depuis qu’il avait perdu son épouse, on ne savait pas depuis quand, ce garçon avait le culte du secret. Toujours est-il que dans le quartier, on ne trouvait pas ça « normal », que de bizarrerie, que de bizarrerie. Assez en tout cas pour qu’à l’occasion de l’accident, on en déduise que Gaston en pinçait pour Violette Poirier et pourquoi pas après tout, il n’avait pas l’air plus baisant que sa voisine, ces deux-là étaient comme qui dirait faits pour aller ensemble. Et si l’on voulait bien prendre la peine de réfléchir, on avait toujours connu Gaston Planchard célibataire, d’ici qu’il ait fait inscrire sur sa boîte aux lettres Monsieur Gaston veuf Planchard pour faire diversion, il n’y avait pas loin.

À un certain âge, se retrouver par terre a des airs de répétition générale

D’ailleurs, Gaston Planchard s’était rendu sur les lieux du drame, on aurait dit qu’il guettait l’occasion d’engager la conversation avec Violette Poirier. Celle-ci avait quatre-vingts ans et, à quatre-vingts ans, se retrouver par terre, c’était comme une répétition générale. Si elle était tombée à peine plus lourdement, elle se serait enfoncée dans la terre meuble, il avait tant plu. Mais sa frêle constitution lui avait fait éviter le pire… le pire si l’on veut, car en recouvrant ses esprits, se retrouver devant Gaston Planchard n’avait pas été une bonne surprise. Violette Poirier lui avait passé un savon, nom de Dieu, qu’est-ce qu’il foutait là, sa place n’était-elle pas derrière sa fenêtre ?

Gaston Planchard confondu

Gaston avait mal reçu cette volée de bois vert, il en avait fait un arrêt cardiaque, comme quoi, il avait bien initialement saisi une opportunité : c’est par le cœur qu’il avait calenché. Comme si souffrir atrocement de la jambe droite et, dans une moindre mesure, de la hanche du même côté ne suffisait pas, Violette Poirier s’était trouvée douloureusement immobilisée en compagnie du cadavre d’un sale type. Il lui avait semblé que Gaston sentait déjà mauvais, malgré l’absence de soleil, bref, d’une petite explication solide. A moins que -quand l’idée avait traversé l’esprit éprouvé de Violette, il était autour de seize heures – à moins que, vivant, Gaston n’ait pas été bien soigneux.



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